1 contribution / 0 nouveau(x)
les légendes ne devraient pas finir ainsi

“SZABO“ est chiffon ce matin.

Il a la mine renfrognée des mauvais jours, et au coin de sa lippe pend lamentablement la clope qui s’est éteinte et qu’il n’a pas rallumée.

Il s’appuie sur l’établi, qui devient pour le coup, un tabouret, reposant ses vieux reins de vieux type qui pourtant en a vu d’autres.

Pas de Gouaille ce matin, la radio est en sourdine, et mis à part la vieille boite d’Anchois vide à côté de sa casquette à la Raimu, il n’y a rien du bazar matinal qu’il se trimballe d’habitude.



C’est que l’heure est grave.

Szabo, dans son jeune temps, avait tienté du côté des coquillas à Pedrollen, il était resté là bas plus d’une semaine.

Le soir, il allait jouer aux cartes du côté de “los vecinos“.

Là, un troquet magnifique recevait les taurins du cru, ça parlait toros et toreros.



Lui, arrivait toujours vers 22H30, sa chaise roulante passait la porte aménagée pour lui.

Julio Roblès entrait, et un drôle de silence se faisait jusqu’à ce que l’un ou l’autre pousse qui, un juron, qui une “broma“ une blague…pour casser la gène.

Rejeter le sentiment diffus, ouvrir la porte des conversations.

Julio arborait un sourire, on le voit encore sur les photos accroché au mur dudit bar restaurant.



Julio commandait son picon, et s’installait à la place qui lui était dévolue, et commençait la partie de carte.

Julio Roblès s’était fait cueillir à Béziers par un toro de Cayetano Munoz.

Il était resté paralysé.

Julio avait rendu visite à Christian Montcouquiol, qu’il avait soutenu, lorsque un Miura avait balayé Nimeno II qui ne remarcherait jamais…cela avait duré un temps, celui de remettre Christian en confiance. Mais cela n’avait pas duré éternellement, le temps d’une éclaircie à peine….



Szabo est assis, je le connais, il a rallumé le clope, et la fumée qui semble lui opacifier le visage, lui pique l’œil qu’il essuie fugacement de son gros index de travailleur manuel.

Un torero, même du passé, ça ne “chougne“ pas, ça “transpire de l’œil“…



Julio n’était pas un ami, une connaissance à peine, Nimeño non plus d’ailleurs.

L’un parce qu’il était le plus grand “capeador“ de son époque avec une tauromachie aussi profonde que possible.

L’autre, parce que, malgré son état de “Français“ avait été l’un des plus grands de son époque, à son tour.

C’était du respect.



Szabo à la pensée qui traverse les mers, il “voit“ le corps du Pana allongé au milieu des tuyaux et des seringues, en état de survie.

Il sait, parce que tous les toreros savent et  connaissent les lésions qui peuvent un jour les toucher, que probablement il ne pourra plus jamais toréer, et que sans doute il ne marchera plus…..autant dire….



Szabo secoue la tête, il se souvient de Frascuelo à terre à Céret il y a peu, l’incapacité de réagir.

Le Pana s’est fait soulever, une botte de paille, retombé lourdement à terre, sans un geste de défense.

Ou étaient toutes les vierges et les saints?



Est ce bien raisonnable? ont dit beaucoup.



Tous les toreros à des degrés divers savent le danger, tous savent et certains le revendiquent, mais aucun ne peut croire que celà va lui arriver.



SZABO se secoue, il prend son trousseau de clefs, il va fermer son hangar, garage, capharnaüm, il n’esquissera aucune passe de salon avec son immense chiffon qui lui sert à nettoyer les bougies, l’huile et parfois son visage.

Szabo est triste.

Aussi triste que tous ceux qui ont admiré le Pana, et qui ne peuvent même pas le pleurer, car ni tout à fait mort, ni encore tout à fait vivant.



Les légendes ne devraient pas finir ainsi.



Là haut au sommet des Pyrénées, la neige fond, une nouvelle saison arrive, une autre se termine entre brume et soleil.



CHF