DAX – Lundi 13 août 2018

     Corrida de PEDRAZA de YELTES pour Octavio CHACON (rose indien à parements jais et or), remplaçant Rafael RUBIO « RAFAELILLO », blessé, Daniel LUQUE (noir et or) et Emilio DE JUSTO (blanc et argent).

     Lot bien présenté et armé (très) sérieusement, âgé de quatre ans et demi à cinq ans, venant bien au cheval, de loin et souvent en poussant, poursuivant les hommes au 2ème tiers et nobles à différents degrés dans la muleta. Et pourtant, cette course m’a laissé une impression de trompe l’œil, avec un 1er faible, un 2ème très faible, un 3ème manso (con casta il est vrai), les 4ème et 5ème les plus intéressants et plus complets, et un 6ème fade et sans grand intérêt. Quant aux hommes, Chacon a fait preuve de son sérieux et de sa connaissance de la lidia habituels, Luque a connu un « triomphe » quelque peu en trompe l’œil lui aussi et De Justo n’était pas dans un bon jour. Un point positif à relever : dans l’ensemble, la lidia aux deux premiers tiers a été soignée. Bien sûr, tous les arrastres sauf le 6ème furent peu ou prou applaudis.

1er (5 ans, 560 kg) : déjà deux agenouillements avec une mise en suerte par chicuelinas marchées. Le toro pousse en s’arc-boutant sous le cheval ; replacé au centre, la 2ème, légère sur un signe du maestro, est prise en secouant ; applaudissements au picador, correct. La competencia aux quites, Luque par chicuelinas, Chacon par véroniques, demie et revolera, montre des retours secs à droite. Banderilles correctes. A la muleta, le torero cite de loin, muleta en avant et baissant la main progressivement ; naturelles bien conduites avec un retour rapide à la 2ème série. La faena, qui se finit aux planches, est conclue par bernadinas, ¾ de lame bien portée résultant un peu en avant avec choc (au poignet ?) et poursuite et descabello. Avis et salut aux tiers.

2ème(4 ans 10 mois, 565 kg) : sa faiblesse, manifestée dès l’entrée en piste, entraîne une demande de changement qui restera sans effet. Placé deux fois à la raie, le toro prend deux piques en arrière sans grand intérêt ; la 3ème paire de banderilles est risquée. D’abord marginal et main haute, Luque réussit à maintenir debout (pas toujours) un adversaire noble et mobile quoique donnant des coups de tête dans le leurre ; il se centre peu à peu et termine par luquecinas suivies d’une entière tombée portée en se jetant. Oreille pour avoir toréé un quasi-invalide et applaudissements nourris à l’arrastre d’un toro qui a eu le bon goût de « donner » ladite oreille.

3ème (5 ans, 550 kg) : armé veleto et astifino, circonspect face aux capes. La mansedumbre se confirme avec un refilon pris au cheval pas encore en place puis une fuite au toril lors de la mise en suerte ; l’animal « s’allume » à la 1ère pique, d’abord prise tête haute, puis en poussant ; remis en suerte au centre, il vient au galop, contourne le cheval puis pousse sur la corne droite. Pourquoi pas une 3ème pique (ou même une simple « rencontre »), même si le matador a sollicité le changement de tercio ? Attente des hommes aux banderilles, avec un peon malin, qui pose une et une alors que son compère a, lui, planté une paire. De Justo « torée » prudemment, citant main à la hanche, ce qui déclenche quelques sifflets de la fraction des spectateurs pas dupes lors du lancement de la musique ; les naturelles sont un peu plus sincères, mais le retour à droite avec des passes en rond se solde par un avertissement. Nouvelles naturelles, profilées cette fois face à un opposant éteint, bajonazo en avant, puntillero maladroit, silence.

4ème(4 ans et demi, 565 kg) : doté d’un morrillo proéminent, lui aussi commence par fuir les capes puis montre une charge courte, pousse sous la 1ère pique puis vient du centre pour une 2ème, en arrière et courte ; la demande de changement de tiers est accordée après ce qui m’a semblé être un désaccord du palco. Le quite de Chacon montre un attrait du cornu pour les planches. De nouveau seulement quatre banderilles clouées, dont une paire acrobatique. Le torero débute sa faena par statuaires, son toro, noble, venant de loin. Il torée main basse, donnant des naturelles citées de face, et conclut par passes aidées. Quelques difficultés pour cadrer l’animal qui démarre à deux reprises, entière tombée en avant et mort au centre. Avis et oreille méritée. Peut-être que s’il y avait eu trois piques, le mouchoir bleu …

5ème (4 ans 8 mois, 575 kg) : après quatre colorados, un negro liston reçu par véroniques posées et larga. Grosse poussée à la 1ère pique, 2ème encore poussée, 3ème en venant de loin, manquée, posée de côté et ôtée de suite, et ce toro revient de lui-même au cheval. Salut des peones aux banderilles. L’animal démarre au moindre cite, et Luque se montre prudent sur la droite ; serré et désarmé à gauche, il se croise brièvement, tandis que son opposant, peut-être peu convaincu par ce placement sur le voyage, se met à sortir distrait de la passe. Entière portée loyalement qui résulte basse, longue et émouvante agonie au centre, oreille (oui …) et vuelta, elle méritée, pour la dépouille de Holandero.

6ème (4 ans 10 mois, 540 kg) : c’est le premier qui remate aux planches. 1ère pique poussée, quite un peu cafouillé du matador qui finit par se faire dominer, 2ème pique en place mais avec mise en suerte de trop près et quite de Chacon par véroniques genou ployé. De nouveau un changement de tiers à la demande du torero et arrêt des banderilles avec trois palos plantés, après deux passages en faux il est vrai, l’animal coupant le terrain … Entre un toro qui charge sans conviction et un matador qui n’en montre pas beaucoup plus, la faena, sur le voyage, ne suscite qu’une envie, qu’on en voie la fin. Mise à mort dans la même ligne, laborieuse donc, avec deux pinchazos, mete y saca, demi-lame dans l’épaule et six descabellos. Avis et silence.

    Présidence de Bernard Sicet, assisté de Franck Lanati, et de Mathieu Lacoume ; quelques décisions prises lors des changements de tercios ont pu surprendre.

    Même dans cette arène (de 1ère catégorie), la musique joue avant la sortie de l’arrastre. Quant aux alguacilillos en traje de campo et chaquetilla blanche, qu’en dire … ?