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Ou tu porteras mon deuil.....

….OU TU PORTERAS MON DEUIL…

 

C’était le sept Juillet 1980, je venais d’avoir vingt ans, et ma connaissance de la tauromachie se forgeait maintenant sur le terrain. Je courrais accompagné ou seul, les arènes, le campo, et tout ce qui me parlait de toros, penas, clubs taurins, endroits dédiés.

Ce sept Juillet dans mes bonnes arènes de Dax, se produisait le phénomène qui faisait courir la planète taurine entière, lui donnait le Hoquet, des Hauts le cœur, et parfois des pamoisons insensées. Le certain de l’affaire c’est que Manuel Benito El Cordobes avait rempli les arènes, que la taquilla annonçait un lleno et que d’avoir le précieux billet était une gageure de passer un immense moment d’émotions.

J’avais couru de Morcenx, ou résidaient mes parents maternels, à Dax, ventre à terre, obtenu de longue date le précieux sésame, et je me souviens de l’émotion palpable autour des arènes. Le Dress code actuel blanc et rouge n’existait pas, et il me semble que la majorité du public était plus taurin peut- être qu’aujourd’hui. Les Atanasio Fernandez, la présence de Ruiz Miguel (je ne me souviens pas du 3eme) donnaient un relief particulier a cette course.

Bien sûr, dès son premier toro dans un brouhaha et un chahut indescriptible le Calife iconoclaste déclencha applaudissements et huées. Lui, en bas s’en foutait…une véritable pile électrique, il effectua moult sauts de la grenouille, coups de muletas inappropriés, se fit prendre de volée, et après la rouste eut du mal a tuer son toro, mais ça, il était coutumier du fait.

Je me souviens l’avoir attendu a sa sortie du Splendid, le sourire ravageur, la mèche pendante, hilare, et vivant. El Cordobes, un phénomène unique en son genre qui soulevait les passions et les discussions enflammées dans tous les lieux taurins, les tenants de la tauromachie classique le vomissant, les autres bénissant le ciel de pouvoir assister a des combats de tranchées, et des choses iconoclastes…il le disait d’ailleurs lui-même résumant sa tauromachie a un : Je fais des trucs avec le toro….

Ce weekend à Orthez, je voyais pour la troisième fois de la saison Juan Leal. (Je devrais rajouter je voyais pour la troisième fois se faire prendre Juan Leal) car fauché pour la troisième fois, il généra ce frisson mélange de peur, de rejet, et d’admiration que l’on peut avoir devant un gamin qui se joue la vie, sciemment ou inconsciemment.

Céret, Mont De Marsan, puis Orthez, nous ont procurés ce frisson qui confine à la gêne, dans la mesure ou Juan Leal se fait prendre a chaque fois, raccourcit les charges jusqu’à se situer entre voire sur les cornes. C’est comme si, la limite de ses passes, la non connaissance du toro, ou encore une incompétence totale de l’entourage (impuissance ?) le poussait à ces actions suicidaires. Car on voit bien arriver l’accident, on le pressent, et il arrive. Jusqu’à présent sans incidence grave. Lourdes n’est pas bien loin.

Bien sûr, Comment ne pas louer ce courage au-delà de La raison ? Comment ne pas se sentir mal a l’aise, comme ce jour de Juin à Madrid ou Jose Tomas exécuta un bras de fer avec la mort, sorti en sang, accroché sévèrement par trois fois ? Ou encore l’épée a cuerpo limpio du regretté Ivan Fandino dans ces mêmes arènes de las ventas ? Juan Leal ne bouge pas, y compris quand il est dans le plus mauvais terrain.

Pour avoir croisé le garçon, à Dax un jour de neige, on retient qu’il est poli, charmant, un gosse mignon comme on dit ici pour dire qu’il est agréable posé et bien élevé.  Mais cette tauromachie, incimiste, risquée, et non payante (Il tue mal, mais peut-on tuer bien quand on ne torée pas et ne domine pas son toro, il semble avoir un poignet faible, exécute des redondo sur des toros qui ne faiblissent pas, et mériteraient une tauromachie en ligne ?) l’entraine par le fond. Sa froideur apparente, mais surtout cet air un peu perdu, les regards jetés au callejon, tout cela ne dénote pas une certitude absolue de ce qu’il produit.

De déception en déception, probablement une oreille a Céret pour le courage, deux a Mont de Marsan et probablement une au moins à Orthez, ratées pour cause de défaillance a la mort, Juan pourra-t-il résister encore longtemps moralement et avec le culot qu’il faut. Quelle est sa marge de progression réelle, et qu’adviendra-t-il si par malheur il lui arrive l’accident grave que peuvent laisser penser ses performances actuelles. Que penser de ses motivations réelles, de ses rêves en grand ? De l’usure de se jouer la vie, sentir les chocs et la corne toucher, une fois, deux fois, trois fois sans dommages, pour le moment mais….?

 C’est a tout cela que je pensais ce Dimanche a Orthez, d’autant que le matin Richard Milian couvrait ses petits : le jeune Cissé, et celui que la presse locale appelle (stupidement) le Phénomène, Dorian Canton. Richard Milian le lien avec El Cordobes, son parrain d’alternative, et ces gamins si loin de la capacite d’une alternative accomplie.

Autres temps autres mœurs, le public du 7 Juillet 1980 ne ressemble en rien a celui d’aujourd’hui, Leal n’est pas El Cordobes, même si l’on sent la même envie de triomphe, d’exister au-delà de la mauvaise technique, au-delà des risques pris et encourus…Bien sur que le public du soleil, plus jeune, plus enthousiaste, plus bruyant le soutiendra car le courage est toujours a respecter. Bien sûr que bientôt quarante ans se sont écoulés…et que les temps ont bien changés.

Seuls les toros ont le même Age depuis ces temps lointains.

Mais il me plait d’imaginer que chaque fois qu’il quitte la chambre d’hôtel, veilleuse allumée, il laisse sur le lit le livre a la page ouverte, ou sont écrites ces lignes…relatant les paroles attribuées a Manuel Benitez El Cordobes, alors qu’il quittait le taudis ou il vivait, et s’adressant à sa sœur : Ce soir ou tu auras une maison, ou tu porteras mon deuil….sinon comment comprendre ?

 CHF

Et que dire d'Istres,Arles ou

Et que dire d'Istres,Arles ou ailleurs ! Ce garçon ne torée pas , il se joue la vie .Quant à son entourage , que dire de son "apoderado"(?) Bertho ?  Beaucoup plus photographe qu'apoderado de toreros .Quels conseils peut-il donner ? A moins que d'un commun accord ils aient décidé ce type de tauromachie. Mais alors, grosse responsabilité pour le senor Bertho ! Car on peut malheureusement  prédire à Juan qu'il finira, on ne lui souhaite pas évidemment, comme le premier(?) torero français à mourir dans l'arène .

manolo