Accueil chaudement amical à Aignan avec cette délectable suerte qui récompense les tôt arrivés, celle des œufs à la ventresca ou carsalada (variantes occitanes pour : tranches salées de poitrine de porc).

11 h – Novillada sans picador de 4 erales du Lartet pour Juan Collado Diaz de l’école taurine de Navas Del Rey et Carlos Domínguez de l’école taurine de Badajoz

Ciel bleu puis s’encombrant de quelques nuages, arène à demi pleine.

Jolis erales, nés en mai 2014 pour les 1er, 2ème et 4ème et en juillet pour le 3ème, donc tous près de 3 ans, tous applaudis à l’entrée en piste, comme à l’arrastre.

Les deux novilleros eurent le grand mérite, en dépit de leur verdeur technique, de se montrer courageux et déterminés devant des novillos trop difficiles pour eux.

Juan Collado Diaz, blanc et or, eut affaire à un premier eral qui balançait une tête à la fois désordonnée et chercheuse. Débordé à la cape, il offrit néanmoins son animal au public. Encore bousculé et subissant un premier accrochage au début du troisième tiers, il parvint cependant, moment technique le plus intéressant de la matinée, à ne pas se résigner, à découvrir que ça passait un peu moins mal à gauche, à s’arrimer sur les deux bords et à aller à mieux. Mais hélas, sourd aux conseillers du callejón, dont Richard Milian, qui le pressaient de tuer, il ne sut pas s’arrêter. Le novillo reprit l’avantage et lui infligea une volterata avec tampon du plat des cornes dans la poitrine qui le laissa K.O. debout si bien qu’il fut conduit à l’infirmerie et que Carlos Domínguez se chargea de tuer à sa place, ce qu’il fit vite et bien.

Revenu en piste, il reçoit le troisième, un beau colorado, par bonnes véroniques en gagnant le centre. L’eral était noble mais fade ce qui permit un travail facile mais sans beaucoup d’émotion. Conclusion par une épée entière un peu en avant et une oreille, la seule de la matinée.

Les péons s’ingénient à faire taper dans les burladeros, le quatrième, vizco de cornes et malcommode. Carlos Domínguez, lie de vin et or, lui présente une cape bien trop brouillonne pour le canaliser. Comme ça devient systématique, la présidence n’impose pas les trois paires de banderilles. Carlos débute, muleta en main par passes hautes et se fait bousculer. L’animal est trop coriace pour lui. Final par deux pinchazos suivi d’une épée profonde en bonne place.

Il accueille le dernier, un très joli noir, par deux afaroladas de rodillas et s’applique du mieux qu’il peut par véroniques et chicuelinas.  Encore des banderilles réduites à deux paires. Carlos veut forcer le succès et débute sa faena par cambios de espalada. Il fait ce qu’il peut pour intéresser le public et enchaîne des bilbainas plus ou moins heureuses. L’eral a tendance à s’éteindre. Final par manoletinas, un pinchazo, une épée verticale et biaisée, une deuxième meilleure, un descabello, le tout sans paniquer... C’est le métier qui rentre.

Présidence placide de Michel Raymond assisté de Pascal Coomans et d’Henri Michel.

 

17 h – Corrida de 3 Gallon et de 3 Camino de Santiago pour Manuel Escribano, Iván Fandiño et Emilio De Justo.

Ciel à la fois bleu et nuageux, température devenant frisquette sur la fin. Arènes à peu près remplies.

Durant le paseillo un moment de recueillement accompagne le deuil du jour, le décès de l’aficionado gimontois bien connu, Jean-Pierre Cacciabue, intervenu subitement durant le repas de midi à la salle des fêtes.

Aucun des taureaux de l’après-midi ne s’illustra au premier tiers. Ils accusèrent de la faiblesse, très marquée chez les Gallon (tous cinqueños), un peu plus discrète chez les Camino de Santiago (tous âgés de 4 ans et 8 mois). Ils présentèrent, en particulier les Camino de Santiago, de petites cornes, parfois vilaines et s’astillant, pratiquement toutes, très facilement.

Manuel Escribano, bleu roi et or, accueille le premier Gallon par de belles véroniques.
Première pique sur laquelle le taureau pousse brièvement un peu, puis, remis en suerte, va prendre avec détermination un semblant de picotazo.
Fandiño alterne par gaoneras.
Aux banderilles, le maestro cloue deux paires par larges sesgos por dentro, loupe son rendez-vous avec le taureau lors de la troisième paire.
À la muleta, l’animal s’éteint très rapidement. Après un court et infructueux essai à gauche, Manuel instrumente à droite par allers et retours puis adopte une fin “incimiste”  pour arracher les dernières charges de l’animal.

Entière en avant et tombée, silence.

Son deuxième, le quatrième sorti, dénommé "Tenero", bas et gras aux petites cornes, est un Camino de Santiago débordant de noblesse. Un régal pour le torero qui le reçoit par larga afarolada de rodillas au fil des barrières.
L’animal échappe à la cuadrilla pour aller prendre tout seul une petite pique puis se prête à un simulacre lors de la seconde rencontre. Manuel Escribano le banderille de poder a poder, puis par un sesgo por fuera un peu outrepassé et enfin par un violín al quiebro qui enthousiasme le public. 
Muleta en main, il débute par cambio de espalda puis "temple" des séries des deux mains dont de superbes naturelles de face. Le taureau se laisse parfaitement conduire mais, en dépit d'une faiblesse latente, conserve jusqu’au bout assez d’allant et de vivacité pour ne pas rendre le jeu monotone et même pour contrarier parfois le lié des passes. Final par manoletinas suivies d’une épée entière efficace. Deux oreilles très fêtées. Le président accorde la vuelta au taureau. Récompense bien trop généreuse pour un animal insignifiant à la pique. Mais il a été noble au troisième tiers et le public était heureux.

Le deuxième taureau de l’après-midi et le premier des Camino de Santiago échoit à Iván Fandiño, bleu marine et or. Ce taureau entre en piste avec des cornes courtes et en pinceaux, très vilaines, pour ne pas dire honteuses.
Fandiño le retient brièvement et sobrement dans sa cape avant qu’il prenne une première pique en faisant tinter l’étrier mais sans pousser et une seconde un petit peu plus sérieuse. Banderilles réduites à deux paires à la demande du maestro.
Le noble taureau donne un peu de jeu et permet une brève faena avec quelques naturelles bien ajustées.
Epée entière efficace.
Une oreille sur demande légèrement minoritaire.
Le taureau est applaudi à l’arrastre, un taureau de bonne composition à qui il ne manquait que des cornes.

Le second de Fandiño, cinquième sorti, est un joli Gallon qui arbore des cornes un peu moins réduites que celles qui ont précédé. Il sort au galop et poursuit une sorte de course folle autour de la piste au point de finir complètement épuisé, de ne pouvoir être piqué, de se contenter de deux molles rencontres avec le peto sans même que la pique soit posée.
Après deux paires de banderilles rapides, Fandiño assure le service minimum et en finit par deux pinchazos et une épée tombée.

Emilio de Justo, blanc et or, donne des véroniques de bonne facture à un Gallon lourd et gras qui a épointé ses cornes dès leurs premiers contacts avec les planches.
Un picotazo suivi d'un simulacre. Deux paires de banderilles.
L’animal est faible. Emilio l’appelle du centre pour donner, muleta à mi-hauteur, des derechazos classiques et appliqués. Il essaye la gauche sans parvenir à intéresser un taureau qui s’éteint très rapidement et que pas même un essai "d’encimisme" ne parviendra à animer.
Un pinchazo parfaitement engagé, un second de la même qualité et, manifestement dépité, Emilio choisit d’en terminer par un efficace bajonazo.

L’ultime taureau, aux cornes toujours modestes, est un Camino de Santiago, appelé "Frascuelo". Emilio de Justo l’entraîne dans des véroniques profondes et "templées", les meilleures de la soirée.
Pique ultralégère suivie d’une rencontre avec le peto, sans pique.
À la muleta, c’est un animal très noble qui parvient à tenir debout et à répèter gentiment. La tauromachie d’Emilio de Justo faite de sobriété et réduite aux suertes fondamentales ne prend pas de relief avec un tel adversaire.
Mais sa conclusion par un superbe volapié, droit et court, dans tout le haut, foudroyant, entraîne la demande majoritaire et l’attribution d’une oreille.

Aimable présidence de Guy Tanguy assisté de Christian Boubenne et de Jacques Rizes.