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pépé était un salaud

Grand-père était un salaud.

 

 

Dans la famille, on parlait très souvent du mollet de pépé. C’était récurrent lorsque le Dimanche arrivait avec son gigot haricots et son clafoutis aux cerises.

 

Le mollet de grand-père apparaissait généralement vers la fin du repas, au moment ou maman, avant de servir le café, lançait à la cantonade un : “vous avez fini ? Vous ne voulez plus rien ?“ rigolard.

 

Pépé, qui avait un œil qui pleurait toujours un peu de l’œil droit (les gaz moutarde mis en cause) regardait alors avec intensité mon père.

C’était rodé.

Mon père rajoutait alors :“ qui veut une prune“

“Ho, faisait grand-père en haussant les épaules, moi je veux bien“

Alors, maman lui versait une rasade de vieille prune de Souillac qui lui mettait les larmes aux deux yeux.

Pépé était totalement dépendant maintenant de ses enfants, et il ne pouvait plus comme avant faire n’importe quoi.

 

Alors, après un moment, il s’essuyait la moustache et il nous racontait “sa“ guerre, maman partait à la vaisselle, Papa s’allumait sa pipe, et papé racontait.

Il nous disait ses batailles là bas vers l’Est un pays froid et gris. Il nous racontait comment on l’avait obligé de charger des chars, vêtu en rouge, à cheval. Une boucherie.

Son mollet était resté là haut quelque part entre Verdun et le chemin des dames.

Il était pudique pépé, jamais il n’avait voulu montrer son mollet, ou plutôt, l’absence de celui-ci.

Il n’avait jamais dit ; non plus, qu’il avait sauvé la France.

Non, c’était plutôt un type comme un autre, embarqué dans une drôle d’histoire, qui lui échappait.

 

J’avais de l’amour et de l’admiration pour cet homme, jusqu’à il y a peu.

En effet, les attaques incessantes des antis m’ont enfin ouvert les yeux.

C’est en entendant Brigitte Bardot, Jean Henri Servat, et lu une certaine Anne Gallore que je me suis enfin éveillé.

Grand-père était un salaud.

Lui, qui avait travaillé toute sa vie, élevé ses enfants malgré ses misères, attaqué les allemands, à cheval, vêtu de pourpre, qui ne s’était jamais plaint, mais qui m’avait amené aux arènes, m’avait perverti pour la vie.

 

Heureusement, que Renaud, le chanteur qui se meurt, le pauvre, d’alcoolémie dans sa maison du Sud de la France.

Brigitte Bardot du haut de ses quatre vingt ans dont le plus grand mérite aura été sa beauté, et sa capacité à se foutre à poil dans un tas de films, faisant fantasmer des générations de types.

Et Henri Jean Servat, qui a traité l’immense Hemingway de viandard, vous savez, celui qui a écrit “le vieil homme et la mer“ qu’on étudiait il y a encore peu, dans toutes les écoles.

Mais si Henri Jean Servat, l’écrivain, auteur des cultissimes “la légende de Saint Tropez, et “la légende de Cannes“ que l’on n’étudie que chez William le matin…l’ami de Brigitte, en fait. Allez sur le site par curiosité et voyez la première page…royale : http://henryjeanservat.com

Et Anna Gallore que j’imagine amazone, brune piquante, sorte de pétroleuse bouillonnante d’intelligence pratique, sexuellement débridée, dépoitraillée drapeau bleu blanc rouge à la main, debout sur les cadavres des toros de combats tombés aux champs d’horreur. Mais aussi des laboratoires, de la recherche, des chercheurs et autres savants..

Auteur (dit-on “auteure“ ?) du célèbre “j’ai treize envie“ “j’ai encore treize envies“ “j’ai treize envies de plus“ dont les histoires “érotico pornographiques“ me donnent à fantasmer. http://anna-galore.com/L3pdD%20Anna%20Galore.pdf

 

Oui, heureusement que ceux-là (et il y en a d’autres) l’ex actrice de porno, la patineuse oubliée et tant et tant. Heureusement que ceux-là, à la morale absolue m’ont enfin ouvert les yeux : “Pépé était un salaud“

 

J’ose espérer que le monde de l’édition, les chroniqueurs de notre chère télévision, costume Cardin, ouvert au troisième bouton, (bien montrer la virilité du végétarien).

Que tous se ligueront pour défendre les lampistes envoyés au front de la solution finale, élimination radicale des pervers, et autres assassins, aux ongles rougis par le sang des pauvres innocents et qui se retrouvent aux bancs de la justice et de l’infamie.

 

Grand-père était un salaud, lui qui me prenait dans ses bras puissants, m’expliquait les rudiments de vie, m’exhortant à être un type bien, poli, civilisé, et conscient du monde qui m’entoure.

Lui qui m’initia à la tauromachie entre autre, ce monde où l’on meurt pour de vrai, ou le courage est magnifié par la puissance et la fureur sauvage de l’animal.

Où la vie ne tient qu’à un fil, et la mort à la corne de cet animal qui surgit toujours pareil et jamais tout à fait le même. Ou chaque toro tué nous ramène à l’essentiel : notre état pauvrement humain, celui justement décrit chez Hemingway, et raconté par pépé lors des repas de famille. Ce lien inexpugnable transmis et que nous transmettons à ceux que l’on aime. Pour qu’ils voient le monde tel qu’il est, et non pas seulement à travers l’œil des caméras des informations mille fois plus dures et cruelles ou celui de bobos, et de “bisounours “ manipulés.

Inexpugnables, car l’autodafé, promis par certains, ne serait qu’une péripétie d’une histoire qui dure depuis que l’homme est homme : le grand mystère de la vie et de la mort, ou celle-ci n’est pas cachée, dissimulée, ou travestie.

 

J’aimais cet homme, et plus je vois ceux-là, plus j’ai de respect pour lui, au fil du temps.

 

…“Si les enfants voient plus loin que leurs parents, c’est parce qu’ils sont assis sur leurs épaules“ Proverbe Anglais

 

CHF