Maxi Pérez avec Jean-Pierre Hédoin et Patrick Guillaume

Devant une assemblée importante, Maxi Pérez, toujours très heureux de parler de taureaux et encore plus avec des aficionados éclairés qui vivent loin des lieux taurins, se propose d’évoquer chronologiquement la saison 2017 qui, avec 73 corridas "micro en main", a été pour lui la plus intense des quatre au cours desquelles il a commenté des corridas.

Nous retiendrons ici les faits les plus marquants

En Espagne, Olivenza, plaza qui marque le début de la saison, a vu l’heureuse réapparition de Ferrera, la sortie « a hombros » d’El Juli, de Perera et de Roca Rey. A Illescas (Toledo), Morante a réalisé son unique grande faena de la saison et Manzanares a gracié un toro de José Vazquez.

 

Les Fallas ont fourni plusieurs indications dont la tendance préoccupante à gracier des taureaux qui, bien que bons, n’étaient pas exceptionnels (tel ce Domingo Hernandez, toro de « carril », auquel Lopez Simon a donné 70 passes...). Lopez Simon a été en deçà de ses saisons antérieures et cette faena fut le summum de sa saison. Bonne feria aussi des jeunes Ginés Marin et Roca Rey qui a démontré qu’il était un torero d’une dimension supérieure à la normale. Mais le grand triomphateur des Fallas a été El Juli, avec 3 oreilles coupées aux toros de Domingo Hernandez.

 

 A l’inverse des saisons précédentes, à Séville en avrilbeaucoup de toros ont chargé et nombre de toreros ont su répondre au bon niveau des élevages; Pour mémoire: un toro de Torrestrella face à José Garrido, une corrida de Victorino Martin avec Ferrera, Escribano et Ureña, sans doute la plus encastée de la saison pour l'élevage (qui a eu une très belle saison 2017), deux ou trois toros de Jandilla dont l’un face à « El Fandi » qui fit l’une de ses meilleures faenas, injustement appréciée par le palco qui ne l'a ni reconnue ni récompensée.

Deux Victoriano del Rio, l’un pour une belle faena de Sebastián Castella qui a été long à la mort, et l’autre face à Roca Rey qui fut sur le point de sortir par la Porte du Prince et qui a montré qu’il était le torero que l’afición attendait.

Roca Rey - 5 mai - 3è Victoriano del Rio - Photo G. Verdi

Une belle corrida d’El Pilar face auxquels Ferrera fût magistral et démontra qu’il avait atteint un niveau optimum dans sa carrière. Une déception, celle des Miura qui furent si peu Miura, nobles, mous, faibles, face auxquels Pepe Moral sut profiter de l’opportunité qui se présentait à lui, sans pour autant se voir ultérieurement solliciter par Madrid.

Ferrera - 6 mai - 5è El Pilar - Photo G. Verdi

 

San Isidro : avec l'arrivée à Madrid de Simon Casas associé à Nautalia, société non taurine, le changement d’empresa laissait espérer de grandes modifications d’orientation. En réalité, malgré un beau démarrage (novillada de Fuente Ymbro, corrida de Victorino Martin aux Rameaux, et le mano a mano Curro Diaz-Jose Garrido à Pâques, la révolution tant annoncée et attendue n’a pas eu lieu ! Sur 32 courses, il y eut de tout :  de bonnes corridas, d’autres moins bonnes, certaines après-midis avec les arènes pleines, d’autres non. Les résultats sont similaires aux années antérieures : 18 oreilles contre 16 en 2016 ; trois sorties à hombros, Ginés Marin, le seul à avoir coupé les 2 oreilles d’un même toro, Enrique Ponce et Juan del Alamo.

Ginés Marin - 26 mai - 6è Alcurrucen - Photo © G. Verdi

Deux grands toros, tous deux d’Alcurrucen, celui de Ginés Marin et celui de Juan del Alamo à qui, très injustement, la présidence n’a octroyé qu’une seule oreille alors que sa faena en méritait deux. Trente toros au moins ont chargé : un lot très homogène de Jandilla dont "Hebreo" face à Castella, deux lots extraordinaires, celui de la Beneficiencia et celui de la Culture, course qui aurait été montée pour permettre à Morante d'être à la San Isidro.  

Castella - 26 mai - Hebreo de Jandilla - Photo © G. Verdi

 

 A Pamplona, place incontournable et indispensable à la fiesta même si le comportement du public y est singulier, trois toreros ont marqué la féria : Cayetano qui n’y était jamais venu, est sorti à hombros ainsi que Ginés Marin, triomphateur du cycle. Antonio Ferrera aurait également pu sortir par la grande porte si, après une excellente faena devant un Cuvillo, il n’avait pas échoué à la mort. A noter également une corrida de Miura face à laquelle Rafaelillo, Castaño et Ruben Pinar se sont particulièrement distingués.

 

Azpeitia, « un petit Pampelune », est une feria très importante dans la mesure où elle est d’abord tournée vers l’aficionado. Le choix des cartels et des élevages se fait fondamentalement en fonction de l’intérêt de la Fiesta et il est de coutume à Azpeitia, de tenir compte du résultat des élevages pour "répéter" ceux qui ont donné satisfaction. Parmi les élevages présents cette année, on trouvait ceux de Fuente Ymbro, Ana Romero, Cuadri. 

 

San Sebastián : après 2016, saison particulière où José Tomas avait toréé, la feria 2017 a connu deux après-midis avec des arènes d’Illumbe presque pleines. Le bon jeu fourni par l’élevage El Parralejo, pour la première fois en corrida de toros, est à noter ainsi que le succès de Luis David Adame face à ces toros. En revanche, très mauvais lot de Zalduendo pour Morante qui, le lendemain au Puerto de Santa Maria, furieux du choix déplorable de leur veedor, a décidé de rompre avec ses apoderados mexicains et de se retirer momentanément. Ce même jour, El Juli, avec lequel il partageait l'affiche, avait coupé 5 oreilles et une queue à des toros sélectionnés par son propre veedor !

 

Bilbao : deux lectures importantes, le toro et le public. Le toro de Bilbao, tout en restant sérieux, a baissé par rapport aux saisons antérieures. On dirait que les toros y ont été choisis plus en fonction de ceux qui allaient les toréer que de l’attente des aficionados. Par ailleurs, la faible présence du public est très préoccupante. Bilbao, vivant sur sa certitude d’être LA feria de référence, n’a fait aucun effort d’imagination pour promouvoir la vente ou ajuster les prix des entrées et cela se ressent année après année. Il y a eu une très légère amélioration de la participation due aux cartels mais aucune journée de « no hay billetes » !

Enrique Ponce - 25 août - Victoriano del Rio - Photo © G. Verdi

D’un point de vue artistique, le lot de Torrestrella, bien encasté, se détache de l’ensemble de la feria, au même titre que l’hégémonie d’Enrique Ponce qui, pour la sixième fois de sa carrière, est sorti par la grande porte de Vista Alegre et la participation de Diego Urdiales qui, à Bilbao, est presque toujours bon alors qu’ailleurs il se montre capable de susciter à la fois l’enthousiasme et la déception du public selon les réponses qu’il apporte aux attentes de celui-ci. Urdiales est un torero classique qui n’arrive pas à franchir ce petit pas qui le ferait passer au stade de figura.

Diego Urdiales - 23 août - Victorino Martin - Photo © G. Verdi

 

Albacete : à l’inverse de Bilbao, les gérants (les Lozano) ont fait le choix de mobiliser le public avec des tarifs attractifs. Le toro d’Albacete est un toro sérieux avec une caste bien supérieure à celle des toros des autres ferias de septembre comme Valladolid, Salamanca, Murcia... Albacete est assurément plus exigeante pour les toreros que ses homologues de septembre mais comme elle est devenue une place de référence, tous font un effort pour y aller ce qui contribue à maintenir cette feria à un haut niveau artistique.

 

Logroño : arène comparable à Albacete mais depuis que les arènes ont été rénovées et couvertes, le toro et le public ont changé : les animaux sont moins imposants et le public moins dur, voire moins "antipathique". Il s’y est passé un événement marquant - et plutôt positif - : le public avait demandé l’indulto d’un toro de Victorino Martin et Victorino fils, considérant qu’il ne fallait pas contribuer à l’inflation des indultos, le refusa bien qu’il ait jugé l’exemplaire très bon ; un geste qui lui fait honneur.

 

Sevilla, feria de San Miguel : alternatives de deux sévillans, Pablo Aguado et Rafael Serna et surtout réveil de Talavante qui n’a pas fait une mauvaise saison mais dont le parcours a été bien en deçà de ce que le public attendait de lui. A sa deuxième corrida de Séville, comme à Zaragoza, le public a retrouvé "le grand Talavante".

 

Madrid, feria de otoño : heureusement, les trois corridas de compétition d’élevage (desafío ganadero) ont bien fonctionné, car les corridas de l’été ont constitué une des pires saisons estivales que Madrid ait connues. Les oppositions entre Saltillo et Fraile, Palha et Hoyo de la Gitana, Escolar et Ana Romero, avec des toros importants face à des toreros qui ont retenu l’attention, ont suscité une bonne entrée dans les arènes. Au cours de ce cycle, Perera a confirmé le bon niveau qui a marqué toute sa saison ; Paco Ureña, qui était par trop cantonné dans les affiches de toros durs, a profité de l’appui du public de Las Ventas même s’il n’a pu obtenir un vrai succès madrilène permettant de le relancer dans les autres arènes. Paco Ureña est souvent déconcertant : au cours de la même faena, on perçoit de grands moments et d’autres qui laissent penser qu’il lui manque ce petit quelque chose qui lui permettrait d’assurer le succès.

Le 30 septembre, Perera triomphe devant les Puerto des San Lorenzo - Photo © G. Verdi

 

Zaragoza : a changé, non en ce qui concerne le toro qui reste au même niveau de présentation, mais en ce qui concerne les fers ; dans un passé récent, il y avait plusieurs corridas, de type Cuadri, Adolfo, Victorino...  Aujourd’hui, les élevages sont davantage sélectionnés en fonction du cartel de toreros ! Le public est plus généreux dans l’octroi des trophées : Cette féria a vu les sorties en triomphe de Padilla, Cayetano, Ureña ; une grande faena de Talavante (l’une de ses trois de 2017) et Roca Rey, qui a eu une saison difficile, a retrouvé ici ce niveau "d’arrogance", de maîtrise, de puissance et d’autorité qui permet de penser qu’il va marquer les prochaines saisons.

 

Globalement, Maxi Pérez attire l’attention sur la réduction du nombre de corridas : Padilla arrive premier mais avec 56 prestations seulement ; En 1992, Ponce était premier avec 100 corridas ! Roberto Dominguez avec 56 corridas était dixième ! Aujourd’hui Roca Rey est deuxième avec 55 courses et le dixième, Juan Bautista en a 36 ! Les vedettes toréent beaucoup moins qu'il y a 25 ans : El Juli totalise 40 courses, Perera 37, Castella 34 !

Quant aux novilleros, la situation est encore plus grave : le premier, Colombo a toréé 36 novilladas en 2017 alors qu’en 1992, Oscar Higares, premier de l’escalafón, en avait toréé 57 !  Il y a de moins en moins de novilleros parce qu’il y a de moins en moins de novilladas.

Un fait assez remarquable : la suprématie des vétérans avec Ponce, El Juli, Perera, Ferrera qui ont tous près de 20 ans d’alternative (ou plus).  Escribano après sa grave blessure a retrouvé progressivement son meilleur niveau, comme devant les Victorino à Bilbao ; Castella a réussi à Séville, puis à Madrid, deux grandes faenas face à des toros de vuelta mais toutes deux gâchées lors de la mise à mort ; la rupture en cours de saison avec son apoderado, lui a sans doute également porté préjudice.

Juan Bautista : possède une grande technique qui lui permet d’affronter n’importe quel toro avec aisance ; Néanmoins, on peut lui trouver une certaine froideur qui fait que son toreo peut apparaitre "académique". Avec son ancienneté, et surtout depuis 2016, Juan Bautista se montre de plus en plus fiable. En 2017, il a été bien meilleur en France où il a eu des après-midi historiques (Nîmes, Arles, Mont de Marsan, Miura de Béziers…) qu’en Espagne à l’exception toutefois de ses tardes de Logroño et Colmenar Viejo.

Juan Bautista - Nîmes 4 juin - Jandilla - Photo © G. Verdi

 

Podium des grands toros de Madrid, Séville... Jandilla a fait une année supérieure à Cuvillo et Garcigrande qui sont les élevages les plus présents. Mais, dans ces deux fers, l’indice de réussite se tasse ; auparavant 95% des toros lidiés chargaient contre 60 à 70% aujourd’hui ! Victorino a eu une  très belle saison, bien répartie dans toutes les ferias. Parmi les grands toros : "Hebreo" de Jandilla à Madrid qui a réuni toutes les qualités exigées d'un toro bravo aurait sans doute pu être gracié mais depuis "Velador" (indulté en 1982, quelques semaines après "la corrida du siècle") il semble que Madrid ait un complexe et se refuse à indulter même si cet "Hebreo" ait paru à Maxi sensiblement supérieur à "Velador" !

 

Toreros des corridas dures : Bien que dans l’écurie de Simon Casas, "Rafaelillo" a été assez mal traité. Pepe Moral a réalisé deux belles faenas, l’une en avril à Séville face aux Miura, l’autre en octobre à Illescas face aux Victorino. Emilio de Justo, qui connaît des succès en France, mériterait d’être engagé à Madrid ; Javier Cortes est à prendre en considération, même si cela fait au moins quatre saisons qu’il n’est pas allé à Madrid. Thomas Joubert, Tomas Campos ne manquent pas d’intérêt, or on ne les voit pas à Madrid. Ruben Pinar n’est certes pas un torero artiste mais devrait trouver sa place dans les corridas dures ;

Parmi ceux qu’on peut appeler "les toreros cachés" : Octavio Chacón, n’était pas venu à Madrid depuis longtemps. Il y est revenu en septembre 2017 mais n’a eu aucune chance et a brûlé toutes ses cartouches alors que pour résoudre le problème qu’il avait face à lui, il a montré qu’il s’était intensément préparé. Il mériterait d’avoir une nouvelle opportunité.

 

Les jeunes toreros :

Lopez Simon, a beaucoup toréé ces deux dernières saisons sans toutefois laisser de traces. Sa personnalité est fragile et son toreo souvent "mécanique" ; Après sa rupture rocambolesque avec Julian Guerra, l'arrivée de Curro Vázquez comme apoderado pourrait le relancer

José Garrido : novillero, il a montré une capacité supérieure aux autres comme lors de son solo de Bilbao. Actuellement, il semble toréer comme si, à chaque tarde, il partait de zéro et qu’il devait tout faire pour ne pas se faire oublier ! Il semble un peu marginalisé parmi les toreros de la nouvelle génération.

Roca Rey réunit toutes les qualités pour être figura et marquer les prochaines années. Il est actuellement le seul de sa génération à remplir les arènes.

Ginés Marin est, parmi les jeunes, celui qui plaît le plus à Maxi en tant qu’aficionado : classicisme, maturité, intelligence, régularité, grande main gauche, maîtrise de l’épée. Ses 25 passes face à l’Alcurrucen de Madrid ont montré toute sa capacité.

RomanContrairement aux jeunes toreros passés par les écoles taurines qui ont tous la même technique et semblent être au même niveau (sauf Ginés Marin qui se situe déjà à un niveau supérieur), Roman est en quelque sorte "un torero à l’ancienne", imprévisible, qui a plus ou moins de technique mais toujours énormément de courage, de fraîcheur et de spontanéité. Il l’a confirmé le 15 août par une sortie en triomphe des arènes de Las Ventas puis à Bilbao face aux Miura et devant des Fuente Ymbro en septembre à Madrid. On devrait normalement le retrouver dans les principales ferias de 2018.

Jacques-Maurice Tricon