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Pique à pieds par CHF

 

 

PIQUE A PIEDS

 

2015 C'était Pâques à Mugron.

Pour qui n'est pas coutumier les arènes de Mugron se trouvent en haut d'une petite place, et ne ressemblent a première vue pas vraiment à des arènes...une sorte de maison tenant plus des petites gares de mon enfance que tenant lieu de façade, masque le ruedo qui se trouve derrière.

La Novillada de Pâques a Mugron, est toujours intéressante, et les organisateurs mettent les petits plats dans les grands en général. On aura vu ainsi défiler sur le sable Mugronais, entre autres Pepe Tommy (Jose Tomas) l'idole absolue.

Ce matin de Pâques, lève tôt je tournais en rond, entre l'envie de me rendre à Mugron et celle de faire preuve d'esprit familial en restant à la maison, ma belle-sœur et sœur de ma belle passant le weekend avec nous.

Plus l'heure avançait, plus je tournais en rond...d'autant que les deux filles avaient planifié des travaux de jardinerie, loin de mes plaisirs personnels. Je ne connais pas le nombre de rotations effectuées, mais ma gersoise préférée me lança un : vas-y si tu veux, libérateur et fédérateur. Je tentais bien une invitation mais j’essuyais un refus, le Jardin n’attend pas, et ma belle sœur n’est pas fan de la corrida, elle a trop peur pour les hommes dit-elle.

Assis dans les gradins, le soleil brillant, mais un froid de canard avec vent SVP je tenais a voir ou en était Louis Husson le petit Landais, et un nouvel arrivant dont on disait beaucoup de bien un certain Pablo Aguado, en face …des toritos de Baltasar IBAN dont les échos d’avant match disaient une course ‘con Muy expectacion’

En vrac je me souviens de Gabin Rehabi et de trois magnifiques piques, d’un lot Julian Escobardesque oscillant entre 435 et 480 kilos, d’une fureur et d’une violence rare…

Je me souviens de Louis, dépassé par son toro qui allait a mas quand lui, déclinait, un courage hors norme, et une mise a mort laborieuse…je me souviens des banderilles magnifiques d’El Santo et de Manolo de los Reyes…et surtout je me souviens du troisième toro, celui de Pablo Aguado qui coula a pic face à ce bicho. Le picador monte sur du Heral (donc du lourd) alla au tapis par trois fois. 

Lui aussi, semblait dépassé par ce toro qui sautait sur tout ce qui bougeait, il était totalement en panique.

La Cuadrilla essayait tout ce qu’elle pouvait, mais ce toro était un vrai diable, un de ceux que d’aucuns appellent infumables…le cheval à terre, il passait par-dessus le faisait rouler comme le vieux Gédéon de la ferme d’en bas faisait rouler son gris entre ses doigts noueux.

Le Picador à la troisième chute totalement désemparée, et utilisant comme rempart son cheval couché à terre, et sous les huées tenta une pique désespérée à pied.

La photo, le lendemain faisait le tour des clubs locaux, d’autant que le président changea le Tercio que ce toro n’étant pas piqué il continua à semer la panique et on assista à un concours d’abandon de capes et de banderilles, et de grandes courses paniquées, avec sauts désespérés de Talanquère et atterrissages en catastrophe, cornes au cul.

Quand a Pablo Aguado il apprit durant sa courte mais intense faena dix fois plus que jamais et il était bien loin de la porte del Principe qu’il ouvrirait quelques années plus tard en faisant pleurer Séville quatre oreilles plus loin.

Après les discussions d’usage et avoir refait la course avec quelques aficionados avant de rentrer, je marchais derrière deux papys quand le fourgon d’Aguado nous doubla au pas, les gens réclamant la photo du novillero.

À l’arrière, la bouille ronde du picador encore sous le choc apparut.

L’un des papys se tournant vers l’autre dit en rigolant : ‘ Vois, c’est PIQUE A PIEDS qui passe…. ‘

CHF