Après l’Ecole Marcial Lalanda de Madrid, c’est Victorino Martín qui obtient cette année le prestigieux Prix National de Tauromachie remis par le Ministère espagnol de la Culture.

Victorino Martín Andrés est né à Galapagar le 6 mars 1929. Après avoir perdu son père il prit en charge la boucherie de son oncle Mateo puis en ouvrit deux autres à Torrelodones ce qui le conduisit à devenir maquignon et de là éleveur.

L’élevage de Victorino Martín reste la ganadería la plus célèbre du moment, après plus de cinquante ans d’existence, même si les animaux de ce fer sortent dernièrement moins farouches et moins puissants. Il est également indéniable que l’évolution va dans le sens d’un toro plus volumineux, plus noble et moins tobillero. Bref, un toro plus moderne, même si les figuras ne se sentent pas encore suffisamment à l’aise pour s’afficher à leur côtés.

Les frères Martín, Victorino et Adolfo, ont créé leur élevage entre 1960 et 1965 en rachetant ceux de la famille Escudero Calvo, en fait des petits neveux de José Bueno qui avait repris en 1920 celui du Marquis d’Albaserrada, frère du Comte de Santa Coloma, formé à partir du « déchet » d’origine Lesaca-Saltillo de ce dernier. Les frères Martín ont ensuite scindé leur élevage en deux en 1987.

Encaste : Albaserrada

Devise : bleu et rouge

Ancienneté : 1919

 

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Le cheptel du A couronné paît dans le domaine de Las Tiesas de Santa María, dans la commune de Moraleja, au nord de l’Estrèmadure. Pour 2016 les Victorino, père et fils, disposent d’une quinzaine de lots, tous en corrida.

La liste des prix est impressionnante : 10 prix Biarritz pour le meilleur lot madrilène, trophée de la Comunidad pour les mêmes raisons en 94, 98, 2000, 2001 et 2003, même chose à Bilbao en 75, 79, 91, 2001 et 2008, ou à Séville en 2005 (données terresdetoros.com).

Parmi les grands toros, il convient de commencer par Baratero qui reçut les honneurs posthumes à Madrid en 69 après qu’Andrés Vázquez lui ait coupé les deux oreilles, puis Velador qui est le seul toro grâcié à Madrid, c’était le 19 juillet 1982. Cette année là eut lieu, le 1er juin exactement, « la corrida du siècle », où Ruiz Miguel, Esplá et Palomar sortirent en triomphe accompagnés de don Victorino, le Sorcier de Galapagar. Le premier fut le plus grand spécialiste des victorinos avec 82 corridas à son actif et 5 triomphes à Las Ventas, dont celui de 86 où il obtint 6 trophées dans son seul contre 6. Les deux autres ont renouvelé ce succès, deux semaines plus tard pour Palomar et 17 ans plus tard pour Esplá.

D’autres toros ont reçu une vuelta dans des arènes de premier rang : Mediaonza et Bodeguero en 1975, respectivement à Bilbao et Madrid, Herbolario en 2000 à Saragosse, Murciano à Madrid encore en 2002, Melonito et Mecanizado à Séville, respectivement en 2008 et 2015. Mais c’est Cobradiezmos qui a été gracié dans ces arènes de la Maestranza le 13 avril 2016.

Escribao et Cobradiezmos

Pour les triomphes importants, outre ceux déjà évoqués, il faut se souvenir de celui du Niño de la Capea dans son solo de 88 et du double trophée obtenu de Cumbrerillo, comme celui de Fernando Domínguez obtenu dans les mêmes conditions l’année suivante face à Matador, celui de Ponce à Valence en 95 dans une corrida en solitaire ou encore celui d’El Tato face à Veraniego à Séville en 97 (il sera aussi héroïque chez lui en fin de saison face à 6 individus en provenance de Las Tiesas : 3 oreilles et blessure), un an avant le solo madrilène réussi de Manuel Caballero. En ce début de XXIe siècle, après la corrida d’El Juli à Bilbao en 2001 où le torero madrilène a coupé deux fois une oreille, les triomphes les plus marquants sont ceux d’El Cid, l’un des meilleurs spécialistes actuels de cet élevage aux côtés de Ferrera ou Urdiales : en 2005 face à Gamberro dans les arènes de Madrid puis l’année suivante en franchissant la Porte du Prince face à ces cárdenos (après un succès important l’année précédente à la Maestranza) et en 2007 lors de son encerrona à Bilbao. Plus récemment certains s’y sont cassés les dents : Manzanares à Séville face au seul victorino qu’il ait affronté ou Talvante à Madrid dans son encerrona ratée.

Je passerai sous silence la liste des indultos et des tours de piste dans les arènes de seconde ou troisième catégorie pour éviter d’être trop prolixe mais je rappellerai simplement qu’en France Muroalto a été gracié par Padilla à Mont de Marsan en 99, que Melonito fit la vuelta à Vic en 2003 tout comme Porquesí à Dax en 2009.

Les deux plus grands étalons sans doute ont-ils été Hospiciano - qui infligea à son éleveur la bagatelle de 9 coups de cornes  en 1968 -  puis Morenito (données Tierras Taurinas n°4).

En 2016, don Victorino, celui qu'on surnommait le Paysan, a sorti beaucoup de lots, offrant parfois un jeu inégal, divers et varié, certains d’une grande qualité, incarnée dans la grâce de Cobradiezmos à Séville, d’autres rappelant les victorinos d’antan, comme à Vic, pour faire taire les Anciens. Il a montré le meilleur à Séville, Cieza, Plasencia, Calasparra (indulto de Plebeyo par Díaz), Almería, Logroño (grâce de Plandeadito), Illescas (Platónico) ou Mont de Marsan en septembre.