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PRENDRE LA MER

PRENDRE LA MER

 

Grand-père disait : C’est pas une mer, c’est un Océan.

Il dirait aujourd’hui c’est pas de la noblesse c’est de la naïveté en parlant des 95 % de toros qui sortent en piste à peu près partout.

Et il aurait dit, l’œil brillant, la lippe humide (à moins du contraire) : “là, y’a toro.“

Il aurait adoré les deux novillos  de Raso De Portillo sortis le premier jour, en aurait regretté l’arrêt de la course, l’aurait sans doute comprise…

Aurait eu la larme à l’œil pour le toro de Los Manos à sa quatrième pique.

Aurait aimé l’âpreté, le comportement typiquement “Miura“ du premier sorti de la concours.

Il aurait aimé la course de Dolores Aguirre, âpre et sérieuse.

Aurait tiqué sur la sortie du Mayoral de Palha avec une course plus noble que toriste..

Il aurait peut-être regretté la “Vic Nîmisation“ de la dernière course à oreilles.

Il aurait aimé Vic 2017.

Aurait aimé le courage des deux novilleros qui s’y filèrent avec “entrega“ sous un déluge glacé.

Aurait aimé les gestes de Chacon (siffloté entre ses dents sur ses fins de faena longues et dites “pueblerinas“), il aurait fait silence debout, face au président, qui n’a pas vu comment Lopez Chavez a “servi“ son toro, (la moindre chose en concours) le reprenant notamment à gauche pour une série ou il s’est joué la vie, et mettant une épée basse de deux doigts et jamais un “bajonazo“ comme certains l’on dit (images à l’appui)…il aurait aimé l’impudence du public…

Aurait sans doute pensé pis que pendre de la solitude du président, sans vidéo, sans assistants, sans Hawk eye…

Aurait regretté que le petit Michelito soit balancé dans une friteuse sans le bagage technique pour cela.

Aurait sans doute aimé Emilio de Justo regrettant toutefois l’âpreté d’antan des Palha..

Aurait tiqué sur la dernière course qui, quoi que très bien présentée et sérieuse, (c’est la seule différence avec ce que l’on voit partout) n’est toutefois pas dans le tamano vicois, une course à oreille pour un public bon enfant mais égale à ce que l’on voit à peu près partout…ailleurs.

Il aurait adoré la série “unique“ de Curro Diaz, , légère, ourlée digne des plus grands maestros du moment, digne des plus grandes arènes et pour qui il aurait le plus grand respect.

Il aurait certainement pensé que c’était une féria “très sérieuse“, Vraiment intéressante.

Avec des hauts et des bas bien sur.

Il aurait ajouté, à l’intention des “censeurs“, et des “ravis de la crèche“ prêts à s’esbaubir de tout, que l’on peut critiquer les choses, Aurait aimé aussi dire aux “ayathollas“ que parfois ils ont raison, aussi, mais que là ou il n’y a pas vol…il n’y a pas scandale, et que l’on peut en discuter, sans insulte, sans “censure“..

Il aurait aimé voir Ruiz Miguel à nos côtés, prenant une photo, bras croisés, façon rugbyman, devant l’écran de la finale de rugby, un régal.

Aurait aimé sa simplicité, et sa faconde, la qualité des ses anecdotes, et son humour.

Aurait ri à son empressement distillé auprès de ma Vicoise.

Il aurait aimé la discussion avec les présidents, sur leurs doutes, leur vision des courses, leur “humanité“ face aux décisions à prendre. Leur solitude, leur aficion, leurs certitudes aussi...

Il aurait félicité les organisateurs, leur dirait de continuer dans cette voie, avec le sérieux de présentation, des cartels et aussi de garder la tête froide…tout flatteur vivant aux dépens de celui qui l’écoute.

Enfin, grand-père se gratterait la tête, pour savoir si :

  • Un président doit juger en fonction des éléments extérieurs, pluie, froid ou uniquement de façon technique pour faire tomber une oreille?
  • Un président qui se trompe peut-il revenir en arrière, a-t-il des assesseurs, et oui, vues les photos et vidéos l’épée de Chaves était “servie“ droite, sincère, et légèrement “tombée“ jamais un bajonazo.
  • Il aurait plein de questions sur les piques, et leur jugement.
  • Doit-on juger la course (le voyage), la poussée, l’allégresse, un peu tout ?
  • Un toro qui part de loin, mais ne pousse pas est-il un bon toro ?
  • Un toro qui hésite ou renacle de loin mais se livre au cheval est-il un bon toro ?
  • Un cheval qui recule ne fausse-t-il pas une poussée…
  • Un cheval qui tourne et se couche sur le toro ne fausse-t-il pas le jugement à la pique.
  • Combien de piques données de trois-quart face, impact sur l’arrière de l’éperon généralisé ?
  • Combien de chevaux “parralèles“ au toro, au moment de la première pique ?
  • Combien de piques données au bon endroit ?
  • Faut-il lancer un toro de loin si il ne le supporte pas..et ne pousse pas ensuite
  • Faut-il attendre dix minutes pour placer un toro loin, faut-il attendre cinq minutes de plus à le voir avancer de Quinze mètres pour se trouver au final au troisième trait ? Aurait-on du le placer là dès le début ?
  • Un Mayoral qui sort sur une course plus tendre et “noblasse“ que ce que l’élevage propose est-il un bon jugement ? Une régression, une actualisation taurine actuelle ? Un bien ?
  • Les Palha doivent-il être nobles ou durs ?
  • Pourquoi Juan Bautista n’est-il jamais en danger, ni blessé ?
  • Quid de l’avenir de Vanegas et de Michelito ?
  • La féria de Vic doit elle être un mélange Toriste , Toreriste ?
  •  La féria de Vic a-t-elle besoin de stars ou non ?
  • Comment discerner le poids des oreilles données ou non ?

 

Grand-père, aurait aimé aussi, ces journées partagées avec des jeunes non spécifiquement taurins, mais très intéressés et qui échangent sur ce qu’ils aiment…ou pas, et leurs questionnements…Hors salon, et “savants“ ou pseudo savants de la tauromachie.

Et enfin, grand-père aurait aimé ces échanges avec les organisateurs d’ici et d’ailleurs, les éleveurs, les producteurs de produits locaux, les cuisiniers étoilés, et, bien entendu, les copains et les amis.

Il m’aurait passé la main dans le dos, avec un clin d’œil, et aurait partagé ce moment de bonheur.

Il m’aurait lancé, un malin : “Ce soir on ne reste pas au port, ce soir on prend la mer..“ qui aurait tout voulu dire…

Oui c’était une excellente féria.

 

CHF