Nous devons le résumé qui suit au Professeur Antonio Purroy qui nous a invités à le traduire et à le diffuser.

Nous l’en remercions bien amicalement.

 

Xe JOURNEÉE SUR L’ÉLEVAGE DU TAUREAU DE COMBAT ET LA TAUROMACHIE

Conclusions

Université Publique de Navarre

(24 et 25 février 2017)

 

Toros et société

Antonio Purroy (Professeur de Production Animale)

Bien que la Tauromachie passe par des moments délicats, ils ne se comparent pas aux époques où elle a été soumise aux prohibitions papales et, surtout, royales. Dans le passé, elle était interdite pour protéger ceux qui se mettaient devant les taureaux ; actuellement, les mouvements antitaurins prétendent protéger les taureaux, l’opposant humain ne les préoccupe pas. La Tauromachie tient beaucoup du caractère des Espagnols : vaillance,  courage, sensibilité, orgueil, exigence morale … Le taureau de combat et son système d'élevage dans la Dehesa sont deux apports authentiquement espagnols à la zootechnie mondiale. La Tauromachie, en elle-même, se constitue comme une véritable culture dont s'inspire la majorité des manifestations culturelles de notre pays. De plus, elle génère une richesse économique considérable, un PIB qui peut s'estimer de l’ordre de 1.500 millions d'euros par an (données vérifiées) Et, ce qui est plus important, elle continue à intéresser le monde !

Juan José Márquez (médecin, coopérant)

Le taureau bénéficie de son enracinement dans la préhistoire, puisqu'il a marqué les civilisations les plus antiques. Dans le passé il était objet d’une fête liturgique et sacrificielle, jeu de défi, puissance et drame. Le monde des taureaux est un monde de solidarité, où la vie se gagne avec ce qui s’obtient mais se construit avec ce qui se donne. Avec courage favorisons le bien-être des autres, défendons ce à quoi nous croyons, défendons la Tauromachie.

 

Régénération du taureau et du spectacle

Julio Fernández (vétérinaire de bétail brave)

Les matadors-vedettes d'aujourd'hui cherchent des taureaux qui foncent dans la muleta, qui ne tombent pas et qui durent sans fléchir jusqu’au derniers muletazos. Pour cela, le taureau est à peine piqué, enlevé tout de suite du cheval pour qu'il ne soit pas dépensé. Un autre type de taureau, cependant, est plus brave contre le cheval, plus fort et plus compliqué dans la muleta. Les élevages "durs", d'encastes minoritaires en majorité, travaillent dans un isolement reproductif, facteur de consanguinité et de contrariété pour l’enrichissement génétique. Ils ont parfois à privilégier des critères de conservation au dépend de ceux de sélection. Pourtant, ils ont fait des progrès indubitables dans le manège et la sélection et bien qu'ils continuent à donner une préférence au tiers des piques, ils ne négligent pas la sélection de la noblesse dans la muleta. La sélection a obtenu un animal qui supporte bien la douleur des piques et des banderilles et même de l'épée, à la fin du combat.

Juan Manuel Lomillos (vétérinaire d’arène)

Il a brièvement rappelé les aspects les plus éminents des fonctions d'un vétérinaire de spectacles taurins. Il a ajouté que le vétérinaire d’arène est correctement préparé pour effectuer sa tâche par ses études en faculté et la formation postérieure dans différents cursus qui l'habilitent en qualité de spécialiste en spectacles taurins. Il a défendu avec véhémence le rôle du vétérinaire, puisqu'il joue un rôle fondamental tout au long du spectacle, lors des examens préliminaires, à ta tribune présidentielle et même après la fin (à l’abattoir).

Justo Polo (Président, Las Ventas)

Anciennement, la mission principale de la présidence était de sauvegarder l'ordre public dans les gradins. C’est pourquoi, par la suite, la présidence est restée pendant longtemps entre les mains de commissaires de police, qui eurent aussi pour tâche complémentaire d'ordonner le développement du combat. Actuellement, cette responsabilité a été ouverte à des aficionados de compétence reconnue. Les présidents doivent travailler en harmonie avec les vétérinaires, mais il est patent que partager leur opinion n’est pas obligatoire (solitude de la présidence soumis à l’immédiateté dans la prise de décisions !). De nos jours, les nouveaux règlements sont assez riches de précisions pour que, s'ils sont correctement appliqués, ils puissent garantir la rigueur du spectacle.

Gestion des plazas de toros

Ignace Cía (“Casa de Misericordia”, Pampelune)

La Commission taurine de la “Casa” est composée de personnes connaissant et aimant la Tauromachie qui gèrent les arènes de manière bénévole. Ces arènes bénéficient de 16.500 abonnés, en majorité navarrais et c’est à eux qu’il est pensé en priorité, chaque année, quand il s’agit d'élaborer les meilleurs programmes (taureaux et toreros), pour apporter la meilleure contribution à la bonne réputation de la “Casa”. Le “No hay billetes” est obtenu presque chaque après-midi. Encore une fois la Tauromachie montre son meilleur visage, celui de la solidarité.

Jean-François Coste (Céret, France)

Dans quelques localités françaises qui organisent des spectacles majeurs, ce ont les aficionados, eux-mêmes qui les organisent, C'est le cas de Céret, petite localité de la Catalogne française, qui se vante d'avoir la feria la plus torista de France. Chaque année, ces aficionados achètent des taureaux d’élevages durs d'encastes minoritaires. Le tercio fondamental est celui des piques et ils engagent les toreros une fois les taureaux acquis. Les 30 membres volontaires de l'association sont totalement indépendants et ils louent chaque année la plaza qui est une propriété privée. Ils se revendiquent catalans et taurins.

Essor et sécurité des “festejos” populaires

Lope Morales (Président de la Fédération Taurine de Jaén)

Les fêtes de taureaux dans beaucoup de villages d'Espagne, sont inhérentes à leurs habitants. C'est l'expression de l'extraordinaire, de l’interruption du travail, de la quotidienneté et des préoccupations, de l'explosion de la fraternité et de la fête. Un exemple, le taureau de San Marcos à Beas de Sûre (Jaén), où "se cassent" jusqu'à 80 taureaux à la corde qui se courent durant deux jours par les rues et les places.

M. Reta, Vicente Nogueroles (Festejos populaires)

Les festejos populaires sont en plein essor dans notre pays où se donnent plus de 16.000 permissions annuelles de lâchers de taureaux et de vaches dans les rues et les places de nos localités, presque 60 % dans la région valencienne (Bous al Carrer). Il existe une grande préoccupation de l'administration et des organisateurs quant à la sécurité des participants. Cela tient au fait que les accidents mortels concernent surtout les spectateurs et non  les coureurs et recortadores expérimentés. Pour cela, dans la région valencienne des efforts sont faits pour “apprendre à être devant le taureau”. Il convient d’attirer l’attention sur les variations du coût d'organisation des festejos populaires selon la Communauté autonome dans laquelle ils se déroulent.

Sécurité juridique de la Fête

Joaquín Moeckel (juriste, Séville)

La Tauromachie est attaquée en Espagne. Les mouvements antitaurins, les populismes et le nouveau courant animaliste se sont focalisés sur la Fête des taureaux, pour ce qu’elle a de "spectaculaire", non pour son importance sociale et économique dans le monde. Mais la Tauromachie ne se sauvera pas seule, il faut agir pour la défendre, il faut proclamer avec orgueil que nous sommes taurins. L'obtention du label de Patrimoine culturel Immatériel, d’abord par les gouvernements des huit pays taurins, et ensuite par l'UNESCO, blinderait de façon définitive la Tauromachie dans le monde.

Antonio Ruiz, Antonio Moreno (aficionados, vétérinaires)

Torrestrella, un troupeau où le taureau et le cheval sont soignés, gâtés, presque adorés. Los Alburejos, une propriété où la simplicité se convertit en luxe. Le taureau de cet élevage est unique et beau, burraco entre les burracos, de belles proportions et avec la bonne bravoure qui le fait toujours se grandir en luttant jusqu'à la mort. Ils sont connus et reconnus les tentaderos de mâles en rase campagne qui servent à une rigoureuse présélection d'étalons, jours de grande fête pour les hommes qui les réalisent, des hommes de trois générations dans cette maison, sérieux, nobles et attachés au terroir ; ils naissent avec des gènes déjà imprégnés d’une aficion totale, tétée depuis le berceau. Étalons, cabestros et chevaux conduits avec même connaissance et passion par les éleveurs et les vachers, tout cela dans l'écologie explosive des Alburejos : printemps, ciel bleu, herbe éclatante, perdrix et lièvres …

Le taureau de combat, deux conceptions différentes  

Borja Domecq, Adolfo Martin, S. Palomo Linares

De auche à droite : Sebastian Palomo Linares, Antonio Purroy, Adolfo Martin, Borja Domecq

Les éleveurs cherchent un taureau qui favorise le triomphe du torero pour le plaisir du public. Le type de taureau qui en résulte dépend de la sensibilité de chaque éleveur, il en est qui préfèrent un animal moins “encasté”, moins dangereux, plus prévisible, et d’autres qui le préfèrent plus brave dans tous les tiers. Les uns préfèrent une Fête moins exigeante, les autres la préfèrent plus dure, convaincus que le danger et la mort participent à son rayonnement. L’opinion consensuelle, partagée par l’assistance, est que la pérennité  de la Fête passe par la présence d'émotion dans l'arène, l’émotion qu’apportent le vrai taureau brave et le torero qui s'expose avec conviction et détermination. C'est la condition fondamentale de la régénération de la Fête.

Federico Arnás : la régénération de la Fête

Il est probable que nous sommes devant le taureau le plus brave de l'histoire mais qui a perdu de la race pour devenir plus prévisible. Un taureau homogénéisé. La régénération de la Fête passe par un changement de mentalité des empresas similaire à ce qui intervient dans d'autres secteurs économiques. Nous disposons de nos jours de toreros très bons et très divers, nombre d’entre eux d'eux sortis des écoles taurines qui, non, n’uniformisent pas leurs élèves. Les enfants d’aujourd’hui, avant même d’entrer au collège, voient des images de taureaux à la télévision. Ensuite, ils pourront les aimer ou non, devenir aficionados, indifférents ou antitaurins, mais l’image du taureau et du torero qui faisait partie de notre enfance n'existe plus, elle a été effacée. Beaucoup d'aficionados se font de la Tauromachie une philosophie de vie. Ils savent que le bulletin de vote est ce que les hommes politiques craignent le plus et le vote du secteur taurin doit se faire considérer. Il faut s'appuyer sur les deux grands courants porteurs : l’économie et l’écologie, puisque la Tauromachie génère beaucoup de richesse économique et que le bétail brave aide à conserver des milliers d'hectares de Dehesa. Il s'agit de dire bien fort et sans peur "j’aime les toros".

Conclusion générale

En général les aficionados et le public ont à se débarrasser des complexes et des peurs et s’appliquer à défendre la Tauromachie, parce que la Fête des taureaux est pleinement légale, est immergée dans la société espagnole et, comme disait F. G ª Lorca, "est possiblement la fête la plus cultivée qui existe".

(Note. - Le livre avec les textes complets des communications est disponible ici)