Les hommages ont été nombreux pour saluer René Chavanieu et Natalia, sa Natacha. Il en ressort ce que ses amis, ses contradicteurs, le monde de l'aficion retiendront de l'homme de conviction qui n'a jamais cessé de combattre pour l'authenticité de la corrida et surtout préserver l'intégrité du toro.

Une vie aussi remplie méritera une biographie à la fois pour le parcours de l'homme, du couple aussi, mais plus encore pour « le traité d'aficion » qu'il a écrit au fil de ses actes et de ses engagements. Elle pourrait en effet constituer la première pierre de l'enseignement indispensable à la transmission éclairée de notre passion.

« Je suis entré à l’Union Taurine comme en religion, comme si j’étais entré au couvent », disait-il. Pour lui, la Fédération des Sociétés Taurines de France a été un autre engagement, il en a fait son temple.

René Chavanieu était le doyen de notre fédération, il comptabilisait une présence remarquable et remarquée à 63 congrès suite à son adhésion dès 1951. Il a été membre du bureau fédéral jusqu'à accéder à la fonction de vice-président.

Il est entré très tôt en aficion : «  à six ans révolus, le 5 octobre 1930, mon père a enfin consenti à m’amener avec lui. C’était pas faute d’avoir réclamé depuis longtemps cette faveur, mais il y avait un élément déterminant : que je puisse me débrouiller pour faire pipi tout seul ». Pendant d’innombrables décennies, il fut un abonné fidèle des arènes de Nîmes, à sa place du premier rang du Toril Haut A, jusqu'à ce qu'il décide de sa despedida à 90 ans. Plus de 10 000 toros après, il est temps de rappeler les engagements de René Chavanieu dont la FSTF conserve la trace grâce à leur publication sur le site.

Cette sélection, par définition limitative et restrictive, permettra au lecteur de mesurer la profondeur de ses réflexions, la justesse des observations, la lucidité de ses affirmations.

 

Un premier écrit situe René Chavanieu là où il a consacré une bonne partie de sa retraite dans les élevages pour « côtoyer » les toros :

http://www.torofstf.com/Infos2008/300108torohiver.htm

Ses combats sont illustrés par deux articles consacrés, l'un, au premier tiers, en particulier à la pique

http://www.torofstf.com/Infos2008/231008chachapique.html

et, l'autre, à l'afeitado qu'il pourfendait :

http://www.torofstf.com/content/rené-chavanieu-et-l’afeitado-sa-propre-technique-d’analyse-la-kératographie

Et pour conclure, le regretté Jean Marie Lombard égrène quelques témoignages personnels d'une époque certes passée mais qu'il convient de ne pas oublier :

Mes relations avec René CHAVANIEU

"J’ai connu René Chavanieu en 1962 lorsque je suis venu, comme lui, travailler au Commissariat à l’Énergie Atomique sur le centre de Marcoule. Il y était depuis plusieurs années puisqu’il y est entré vers l’an 55 après avoir travaillé sur les chantiers de la Compagnie Nationale du Rhône (Aménagement de Donzère-Mondragon en particulier).

Le CEA était une entreprise qui était non seulement à la pointe de la technique mais aussi bien organisée sur le plan des activités sociales. Nous avions ainsi une association culturelle et sportive dans laquelle j’ai découvert une « section tauromachique » et devinez qui s’en occupait : Chavanieu !

Il pourra vous raconter quels efforts il a déployés pour tenter d’introduire dans ce milieu de techniciens qui débarquaient de toute la France une « aficion a los toros ».  Il invitait tous les intéressés aux manifestations organisées par l’Union Taurine Nîmoise dont il était avec Madame Chavanieu la cheville ouvrière. Il a même été « empressa » d’une arène portative qu’il montait et démontait pour la fête votive de Bagnols sur Cèze, le résultat n’étant pas toujours à la hauteur des espérances. En effet l’aficion Bagnolaise est restée très en dessous de la foi de son gourou et de ses disciples dont je faisais partie.

Peu importe, les liens étaient tissés. Et depuis bientôt 50 ans nous avons usé ensemble les sièges de bon nombre d’arènes, parcouru les routes d’Espagne, partagé notre chambre d’hôtel et emprunté les chemins de Camargue.

Je vais citer ici quelques bon souvenirs : Il y avait dans les années 60 à Laudun, village près de Marcoule, un vieil homme (enfin il me paraissait vieux) qui élevait pour son plaisir trois taureaux, en réalité deux taureaux et une vache. Il avait construit un petit « bouvau » et une écurie. La vache ayant provoqué l’excitation des deux mâles l’un d’eux blessa l’autre dans la bagarre. Le vieil homme fit appel à Chavanieu pour soigner le blessé. Chavanieu dépassé par l’ampleur de la tache m’invite à « la rescousse ». Je ne suis pas très courageux et « l’emboulage » fait d’un bout de tuyau plastique emmanché sur les cornes me paraissait nettement insuffisant. Chavanieu me dit « tient la corde et ne la lâche pas, j’irai à la tête ». J’ai pas lâché mais le tour de corde qu’on avait fait autour d’un arbre était sans doute insuffisant la corde glissait dans mes mains qui furent bien abîmées. Chavanieu a pu tout de même badigeonner la plaie sans prendre sa rouste !

Chavanieu nous procurait des billets pour les corridas de Nîmes, il nous invitait à participer aux activités de l’Union Taurine Nîmoise, il nous a fait découvrir les mémorables « tertulias » d’après corridas animées par le célèbre Monsieur Blancou. Inoubliables soirées.

En 1965 je me rendais pour la première fois à Pamplona, nous étions trois jeunes de Fourques avec mon frère et Gilles Dumas l’actuel maire du village. Nous campions au stade qui est en pleine ville. Il y avait aussi la famille Chavanieu qui campait là et qui ne manquait pas de nous gâter. Après Pamplona la famille partait à Valencia et Chacha se tapait encore dix corridas. A Pamplona Il y est retourné chaque année, moi j’ai abandonné bêtement perdant l’abonnement que j’avais entre deux poteaux du deuxième rang des gradas de l’ombre, à l’abri de la pluie.

Il faut maintenant que je parle « du jardin de Pedro » : Je suis allé à Pamplona encouragé par Chavanieu et aussi par le Père Toulouse curé de Fourques et grand aficionado devant l’éternel. Lequel curé s’était découvert on ne sait comment un ami pamplonais, Pedro. En Espagne, les amis de nos amis sont aussi nos amis.

Si dans les premières années nous étions à Pamplona qu’avec les Chavanieu, peu à peu un groupe plus important s’est constitué avec des Bagnolais et des Fourquésiens et catastrophe : le camping devient interdit dans le stade. Il fallait aller camper très loin à l’extérieur de la ville.

Ne craignez rien dit l’ami Pedro : j’ai un jardin qui fera l’affaire ! Et quelle affaire ! Un petit paradis, à deux pas de la citadelle, fermé par des haies de troènes et un portail de fer, un cabanon avec de l’eau. La troupe y est retournée peut-être pendant dix ans jusqu’au jour où le jardinet s’est trouvé encadré d’immeubles et que Pedro a été forcé de le vendre. Il est maintenant sous une grande place bordée par l’avenue Iturrama en pleine ville.

Nous étions une vingtaine à vivre les « San Fermin » dans le jardin de Pedro. Les Hommes faisant le marché, les femmes la cuisine et Chavanieu s’occupant du WC de campagne dont il avait pris la charge. Le soir entre deux immeubles on voyait le feu d’artifice tiré de la citadelle sans nous déplacer.

Je pourrais raconter de nombreux souvenirs de voyages effectués sur les routes d’Espagne à la recherche de la corrida du siècle , il m’en vient deux en mémoire :

-Nous revenions de Ronda, nous étions trois avec notre collègue Bertrand, on s’est arrêté à Madrid pour dormir sur la place Santa Ana dans une pension située au dessus de la boite de nuit « villa Rosa » où nous avons loué une chambre à trois lits pour 75 pesetas (3fs). Il n’y avait pas beaucoup d’eau au lavabo pour ce prix.

- Une autre fois venant de je ne sais où, on s’arrête à Carabanchel pour voir les arènes. Accroupi contre la porte un maletilla, c’était Jaquito, Chavanieu toujours généreux me dit «  il faut l’inviter à manger » d’accord ! Jaquito a mangé un énorme plat de haricots, il nous a fait peine, il n’avait peut-être plus mangé depuis plusieurs jours.

Chavanieu c’est surtout l’aficionado qui a toujours œuvré pour défendre« l’intégrité de la fiesta » œuvrant à L’Union Taurine Nîmoise, membre de la Commission Taurine Extra Municipale de Nîmes (où il était bien seul à défendre les aficionados. J’ai assisté un jour avec lui à une réunion de cette CTEM où l’empressa de Nîmes de l’époque demandait son exclusion de la dite commission, seul Pierre Dupuis de Toros s’y est opposé et il est resté). Membre et animateur de la Fédération des sociétés Taurines de France comme vous l’avez apprécié.

Chavanieu avec l’âge a pris un peu de recul, L’Union Taurine Nîmoise est devenue bien incolore et inodore, la CTEM n’existe plus et la tauromachie à Nîmes est bien galvaudée.

Je ne voudrais pas dissocier de l’action de René celle de son épouse qui a toujours été dévouée pour tout. Qui a été la cheville ouvrière de l’UTN avec ses filles et la sœur de René.

Qui a vécu comme son mari pour les toros et même avec les toros lorsqu’ils sont partis pendant des années s’occuper de l’élevage Riboulet. Car Il faut le faire d’aller vivre dans un mas isolé de petite Camargue entouré d’eau et sans confort . Coup de chapeau à Madame" 

Jean-Marie LOMBARD