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REPAS DE FËTE

Ça faisait quelques temps que parlant de ci, de là, j’entendais dire du mal de Yvan Fandiño…

Aujourd’hui, je suis devant mon écran, une corrida de Parladé, un peu faible, très armée, et véritablement très noble dans l’ensemble.

Je vous le dis tout net, on va oublier le petit Teruel, et Le Cid, que des copains de mauvaise vie appellent le garçon de café…

 

Donnez une assiette pleine à manger à quelqu’un qui a faim, et je vous jure qu’il va se gaver.

L’assiette, c’est las ventas, pleine à craquer.

L’affamé, c’est Yvan, cousu d’or, il a frôlé sans cesse l’Eldorado, a flirté avec les big five, bandits de grands chemins, tâté du Victorino, du Victoriano, du Miura, du Domecq…bref on ne sait pas trop ou le situer.

Alors, tu parles, de le savoir à las ventas ce soir, c’est gage de dépassement si tant est que les toros le permettent…et boum, voilà que justement, monsieur Domecq, fils, frère et neveu a emmené là, deux cylindrées à gros moteur.

Le premier un robe marron à cou noirâtre charge de loin, Yvan a vite pigé, il tend la main écarte les jambes, et lui quand il se place, c’est pas à l’égyptienne, pas le cul en avant, c’est de face.

Tu peux le détailler, on distingue ses deux roubignoles, à côté du coton, parce que monsieur en a..

Vas y, que je tends la main, que j’avance la jambe, et que je me laisse caresser les cuisses par la corne interminable de ce pseudo Domecq Parladesque, et des trinchera de face, pieds joints dans le béret…une démonstration, les quelques sifflotements après la pique se transforment en applaudissements, puis en cris, Yvan est terrible.

Il tue comme on chercherait du pétrole en profondeur, il passe le bras, reste entre les deux lames aiguisées, l’autre tombe, Madrid exulte.

 

Il a entamé son repas, puis entame son second plat, plus faiblard, moins poivré, un peu moins équilibré, il s’en fout Yvan, il prend sa muleta et l’utilise comme un pinceau, il dessine vraiment, dans le dos, sur le côté, de face, le tissu vole le toro s’y colle..

La faena est moins nette, alors Yvan prend le temps entre chaque bouchée, il respire, mâche, avale.

Ce toro est plus faible, moins net, alors la faena s’en ressent, on arrive à la mise à mort.

On ne réalise pas tout de suite, Yvan a jeté la muleta au sol mais n’a pas le temps de faire quoi que ce soit, le toro l’a chargé, un écart, Yvan reprend le chiffon, se profile….

 

Je suis sur que cela vous est déjà arrivé, vous êtes au calme tranquille, en rêvassant et soudain, il se passe un truc incongru, un oiseau qui tombe, un Serpent qui se dresse, Nessie qui apparaît, le tueur en série, armé de sa tronçonneuse, qui vous saute à la gorge, un régiment de para qui saute sur le lac ou tu pêche, bref un truc incroyable.

 

Yvan vient de jeter son chiffon derrière lui, il tend l’épaule façon percussion rugbystique, s’envole entre les cornes, frappe le frontal du bras, et monte en pirouette sur le morillo du Parladé, je le jure on dirait Batman, Fanfan la tulipe, il est Athos, Portos et Aramis à lui tout seul, il est, les trois mousquetaires, d’Artagnan, le chevalier de Pardaillan, c’est la botte de Madrid, la lame est entrée. Je ne me souviens pas avoir entendu un tel silence à Las Ventas, mis à part lors des corridas de José Tomas de Juin quand celui-ci donna son sang pour l’aficion.

Yvan est revenu au sol, il attend la mort, tente un descabello, le rate, on l’applaudit.

Les maçons du 7, si prompts à bâtir des murs entre eux et le reste du monde, lui bâtissent déjà un piédestal, ils le bénissent, le portent au nues.

Second descabello, le silence est funéraire, le toro tombe, volent les stylos, les casquettes et les soutiens gorge, on le fête on l’embrasse, la grande porte devenue immense pour la circonstance s’ouvre on le porte aux nues et à sa camionnette.

Cette image va faire le tour du monde, allez la voir ;

 

Dessert léger, Fandiño sourit.

Ce soir la vie est belle, et je suis heureux d’être un de ses admirateurs de la première heure.

 

CHF