Le feuilleton judiciaire qui a fait connaître le bourg de Rodilhan au-delà du département du Gard a commencé en 2011, année où le Crace a tendu un piège au monde taurin réuni dans les arènes pour célébrer la finale de « Graine de Toreros ».

L'opération commando conçue à l'avance et bien préparée matériellement et moralement a fait l'objet d'un dernier briefing juste avant l'assaut. Deux groupes d'attaquants ont pris d'assaut les arènes, l'un dans les gradins pour l'opération banderoles, le second sur le sable pour occuper les lieux et obtenir l'annulation de la manifestation. En l'absence de forces de l'ordre et en l'absence d'un appel au calme qu 'auraient dû lancer les autorités politiques de l'Agglomération Nîmoise présentes sur les lieux, ce qui devait arriver est arrivé, l'évacuation manu militari des militants enchaînés par des gens de bonne volonté atteints dans leur dignité par les injures et les slogans, atteints dans leur honneur d'aficionados par l'attaque de ce qui était l'aboutissement d'une année de préparation. Les tentatives de négociation ayant échoué, l'extraction des fauteurs de trouble s'est donc effectuée dans la confusion et la violence. Or, six caméras filmaient et le montage habilement réalisé par le Crace a constitué la preuve de gestes et comportements répréhensibles au regard de la loi. Traquenard, provocation, certes mais les faits sont là.

Jeudi 14 janvier, le procès s'est ouvert avec l'audition des 18 prévenus dont le maire de Rodilhan, plus un prévenu très attendu mais absent à l'audience JP Garrigue, suivie de celle des parties civiles dont plusieurs ressortissants belges. Un travail remarquable effectué par les avocats de la défense a permis d'établir la responsabilité indéniable du président du Crace et de mettre en lumières certaines interprétations à charge ressortant de l'instruction même si les images venaient attester une réalité cruelle difficile à contester. Ce travail de déminage visait à distinguer le comportement exact concernant chaque prévenu et chaque victime. S'il est établi que l'attaque était bien préméditée et relevait d'une infraction pénale pour non déclaration de la manifestation, le délit d'entrave n'a pas été retenu. Ce travail a permis notamment d'entendre des victimes présentes dans la salle qu'elles recommenceraient ce type d'action. On ne peut donc admettre qu'elles aient été surprises de l'accueil réservé même si certains gestes portés par les aficionados restent inadmissibles.

Vendredi, après les plaidoiries des parties civiles de la mairie de Rodilhan et de l'Observatoire National des Cultures Taurines, place au réquisitoire du Procureur général qui va demander la requalification des faits en violence en réunion, circonstance aggravante, et demander à ce titre des peines très sévères, certaines d'emprisonnement ferme. Au cours des plaidoiries de la défense sont apparus les profils politiques et l'état d'agitateurs patentés de plusieurs victimes rompues aux actions violentes et membres de mouvements extrémistes de gauche et de droite. Au cours de ces plaidoiries ont été relevées les limites de l'accusation au regard d'une analyse précise et individualisée des faits. Le verdict sera connu le 14 avril prochain. Condamnations il y aura, ramenées à leur juste prix, quelques relaxes aussi. Mea culpa...

Le soutien moral apporté par l'aficion a été constant ces deux jours avec la présence continue de Denis Loré puis le passage de Juan Bautista ; merci pour eux aussi à Col y Toros, aux Amis de Pablo Romero et aux Jeunes Aficionados. Et puis une victoire, celle de l'âge : les aficionados ont été brillamment défendus par le barreau de la jeunesse et de la compétence, c'est encourageant. Délibéré le 14 avril prochain.

Suite du feuilleton dans les mois et les années qui viennent avec les procès Rodilhan II, Rodilhan III... où seuls comparaîtront des prévenus anti-corridas pour exactions, destructions de biens et violences. Quand la provocation s'arrêtera-t-elle ?

Il faudra bien que la justice passe.

Mais que le sécuritaire et le judiciaire ne nous obsèdent pas, les deux outils que sont le Musée Itinérant des Tauromachies universelles et le documentaire doivent nous laisser espérer une meilleure compréhension des relations historiques entre l'Homme et le Taureau. Nous y reviendrons...

Et pour conclure, que la Liberté nous guide comme nous le montre Eddie Pons !

Dominique Valmary