1 contribution / 0 nouveau(x)
Séville dans le "retro"

La rétrospective de la feria de Seville cru 2018 laisse un désagréable goût amer en bouche. Les analystes sont unanimes. On constate une indubitable dérive relativement aux animaux, facteurs prépondérants de la fiesta brava. La présentation laisse à désirer, l’âge des toros, quelques fois de quatre herbes, la propension générale à la faiblesse, la noblesse excessive, qui confine au toro soso, exception faite du lot de six Victorino Martin, poisons intoréables avec nerf et sentido, ne peut qu’engendrer des analyses et des recherches de causes ou de fautes professionnelles. Les animaux présentés étaient impropres, pour la plupart, au combat dans la seconde arène d’Espagne.

Les toreros - certains triplant leurs prestations, alors que le placard est plein de jeunes et de toreros à qui la chance n’a jamais été donnée de pouvoir s’exprimer - ne laissent que des impressions négatives, impropres, là aussi, à permettre de rééquilibrer l’équation et avec justes raisons puisque une grande partie du mal vient de leur fait. Le haut du panier impose, en effet, les cartels en jouant sur l’appétence des empresas à rechercher des figuras. Rajoutons l’aficion déliquescente d’une proportion de plus en plus importante de l’élément essentiel du triptyque toro, Présidence, public (rappelons au passage une évidence, si le public connaissait correctement la lidia, en tant que fournisseur de devises, il exigerait de la qualité et le résultat serait contraint de suivre). La majorité des toros a eu un comportement lamentable. Lâches, faibles, invalides, sans caste ni bravoure, en quelque sorte l’anti toro. Est-ce là ce que certains appellent le toro moderne ? Le toro "collaborateur " (ce mot à la source donne déjà des nausées) en tout les cas, le toro incontestablement commercial puisque qu’il se vend mieux que ceux de pauvres ganaderias tirant le diable par la queue en restant sur les bases saines de toro adversaire et non « collabo », dont l’aficion chevillée au corps des ganaderos et mayorals permet encore la survie rêvant du jour béni ou enfin, leur vérité se fera nécessité.

Le public, déjà abordé plus haut, mérite encore que l’on se penche sur ses attentes. Un public connaisseur est un public exigeant, en tauromachie comme ailleurs. Peut-on qualifier de connaisseur le public sevillan au vu des faits comme l’indulto d’Orguillito – ce toro, au demeurant fort noble, présentant de bonnes qualités pour embister et possédant un fond athlétique intéressant a pris deux piques dont une légère, n’a pas démontré de bravoure particulière et s’il a mis la tête au peto, n’a pas poussé comme un toro toro et donc se trouve être un toro incomplet ne satisfaisant pas aux critères de la grâce, il faut mériter le prix du pardon -, les julipies presqu’entrés dans les mœurs, les tricheries de Manzanares, excellent torero par ailleurs, qui a torée la plupart du temps au pico et, à cornes passées, se colle au toro pour teinter son traje de sang synonyme de contact ? de la très belle faena de Talavante avec une mort engagée et un accrochage par la corne applaudie du bout des doigts ? des mono piques soit assassines soit insignifiantes…

Cet indulto, troisième du nom, disqualifie quelque part les deux premiers. En outre, à Seville dont les arènes ont été construites au 17 ème siècle on constate que depuis 2011 ( grâce de Arrojado de Nuñez del Cuvillo par Jose Maria Manzanares ) trois toros l’ont été en sept ans. Inflation ?

Il semble également, à Seville comme ailleurs que la rigueur fasse défaut du côté du palco. Evidemment, au sujet de l’indulto d’Orguillito, le délire total, la « transe » dans lequel est tombé ce que j’appelle le « peuple des étagères » de la Maestranza, deuxième arène d’Espagne, on comprend mieux la pression que peuvent subir les trois personnes aux commandes. Néanmoins, si les gardiens du temple ne tiennent pas bon la barre, toutes les dérives peuvent être envisagées.

Enfin, il est triste de constater qu’ici aussi, le tertio de varas se trouve réduit à "peau de chagrin". Quand on connait l’importance technique de ce tiers incontournable, on ne peut que hurler haut et fort : Stop ! Basta !

Un tertio de piques ou la mono pique est reine, assassine ou insignifiante ( le résultat est le même ) dont les buts, rappelons le, sont : régler le port de tête, diminuer la puissance, fixer un objectif unique en laissant le toro apte au combat, rajouté à un tertio de banderilles quelques fois devenu pathétique et une faena de muleta de cinquante passes participent à l’adultération de la corrida.

Triste constat qui confère aux prix des billets, à la Maestranza, ce goût de fiel. Jusqu’à quand la convivialité et l’attirance de la grande et si belle Séville suffiront-elles à faire déplacer de si loin les authentiques défenseurs de l’Arte de Cuchares.

Argus 1