CERET  – Samedi 14 juillet 2018

Corrida de SÃO TORCATO (origine Pinto Barreiros - Gamero Civico) pour Fernando ROBLEÑO (chocolat et or), Javier CORTES (écarlate et or) et Juan LEAL (bleu et or).

Lot bien présenté, bien armé, de robes dans les dominantes du colorado et du castaño, présentant un peu de faiblesse çà et là ; l’élevage n’avait jamais été combattu en corrida à pied, de sorte que l’on pouvait s’attendre à tout. Le comportement à la pique a été discret sans être lamentable, et la noblesse a été constante au 3ème tiers, moins pour le 6ème, tombé hélas sur le torero le moins armé techniquement. Du côté des hommes, Robleño a confirmé qu’il est un peu en roue libre, Cortés a montré envie et savoir-faire, et Leal a surtout montré, lui, ses limites.

1er (4 ans 7 mois, 500 kg) : castaño bien armé, astifino, remate et s’abîme le piton gauche puis montre une charge longue ainsi que quelque faiblesse. Mis en suerte trop loin et piqué en arrière (Francisco Javier Gonzàlez), il pousse un peu sur la corne gauche ; replacé au centre, il revient au galop pour une 2ème pique de nouveau en arrière et brève ; la 3ème, toujours prise au galop, se résumera à un picotazo dans l’épaule. Poursuites aux banderilles, avec salut pour les 1ère et 3ème paires. Dans la muleta, le toro se montre mobile et noble, le tout gâté par quelques agenouillements. Robleño sert une faena templée, hélas sur le voyage ; de plus, le passage à gauche est minimaliste, avec une seule série, qui il est vrai révèle une charge plus chiche. Retour à droite pour un toreo de proximité et lame basse en avant. Demande d’oreille minoritaire, pour moi non justifiée, et sage refus du palco, bien sûr hué puis heureusement applaudi (par les « autres »). Vuelta.

2ème (4 ans 9 mois, 530 kg) : negro mulato acapachado, coureur et pas fixé à la cape. Une pique poussée (Felix Majada) sans mise en suerte, une autre en venant au trot puis secouant et une 3ème après avoir montré son peu d’intérêt pour le cheval. Le cornu poursuit les hommes au 2ème tiers, nous révélant ainsi qu’il y voit bien (ce dont on aurait pu douter au vu de son comportement antérieur) ; 3ème paire clouée acrobatiquement, avec salut. Cortés débute par des doblones secs puis alterne sur les deux bords, main basse, dans une faena courte mais sérieuse et ajustée à son adversaire. Pinchazo porté a recibir suivi d’une lame tombée, et le toro résiste longuement debout. Oreille méritée et applaudissements à l’arrastre.

3ème (4 ans 7 mois, 520 kg) : colorado acapachado brochito, coureur, qui saute dans la cape et part avec. Placé trop loin et mal piqué par Germàn Gonzàlez en deux rencontres : 1ère en place mais pompée en carioca, 2ème, tardo puis venant au trot, en arrière et un peu poussée. Aux banderilles, poursuite seulement à la 3ème paire. A la muleta, doblones peu appuyés, quelques agenouillements pour le toro et abus du pico pour l’homme, qui fait tourner son opposant autour de lui. Toro de peu d’intérêt et toreo sans intérêt, que le public doit demander d’abréger. Trois quarts de lame basse et silence.

4ème (4 ans 8 mois, 480 kg) : colorado claro ojo de perdiz, astifino, que Robleño fixe rapidement. Mise en suerte à épisodes et qui finit trop loin, le toro vient au galop et secoue ; à la 2ème pique (Victoriano Garcia), il vient en deux fois pour un picotazo ; à la 3ème, il sort seul et de suite. 2ème tiers correct et sans poursuite. Après des doblones précis, le torero exploite, quoique restant prudent, une charge franche qui s’étiole après deux séries de la gauche. Bajonazo d’effet immédiat, silence pour l’homme, applaudissements pour l’arrastre. Par son peu d’engagement, le matador a-t’il voulu nous faire « payer » sa déception après le refus de l’oreille à son 1er combat ?

5ème (4 ans 3 mois, 500 kg) : très armé et astifino, fixé par de belles véroniques, il ne montre rien d’intéressant lors d’un tercio de trois piques administrées sans brio par Gabin Rehabi : 1ère en arrière, 2ème après s’être rapproché, basse et rectifiée, 3ème de nouveau en arrière, sortant seul. Pas de poursuite au 2ème tiers, correct. Au 3ème, le toro, mobile, donne des coups de tête dans le leurre, caractéristique accentuée à gauche. Cortés aguante cette charge mais n’arrive pas à la dominer, toréant, par obligation peut-être avec trop de précipitation. Quart de lame bas porté al encuentro, entière en avant et deux descabellos. Silence.

6ème (4 ans 8 mois, 500 kg) : un castaño oscuro (« charbonneux ») cornalon, acapachado et brocho. Une pique en place prise en poussant par à-coups (Juan Francisco Peña), une 2ème en arrière et pompée, et un moment intéressant précède la 3ème, courte et prise de près : le matador demande le changement, le président ne l’accorde pas, et un peon ramène tranquillement l’animal aux planches alors que les clarines n’ont pas sonné ! Le toro s’arrête aux banderilles. Bien que chargeant mufle au sol, il avertit « discrètement » Leal à la 1ère série de derechazos. D’abord tardo, le toro se laisse embarquer dans la muleta puis, très vite, s’arrête dans la passe ; ne sachant trop que faire, le matador se place dans le berceau et, bougeant au mauvais moment, se fait prendre. Il revient en piste, mais la séquence encimista qui suit n’est que peu appréciée du public. Il conclut péniblement par pinchazo , quart de lame plate avec nouvelle cogida et trois descabellos alors que les capes volent. Silence.

Présidence : Bernard Sicet, assisté du Dr Vre Renaud Maillard et de Pascal Darquié.

 

CERET  – Dimanche 15 juillet 2018 (matin)                                                                 

            Novillada de Maria CASCON MARTIN et de RASO DE PORTILLO pour Angel JIMENEZ (rose et or), Curro DURAN (vert empire à parements blancs et or), remplaçant Maxime SOLERA, blessé, et Aquilino GIRON (blanc et argent).

Cette course devait présenter trois novillos de chacun des deux élevages. Suite à un problème de certificats de naissance, deux novillos de Maria Cascon Martin ne sont pas sortis en piste, et nous avons vu deux Cascon Martin et quatre Raso de Portillo ; de ce fait, la novillada a été annoncée sans sobrero. Chacun à leur façon et de par leur engagement, Jiménez et Giron ont laissé une bon souvenir de cette matinée, Duran, certes pas gâté par le tirage au sort, restant en retrait.

1er, RASO  (3 ans 3 mois) : long negro assez court d’armure, qui pousse sous deux piques de Juan Francisco Peña, la 2ème en arrière. Poursuite aux banderilles avec une 3ème paire osée. Le novillo est court de charge et la faena débute dans une certaine fadeur, puis Jiménez s’anime et réveille son adversaire sans pour autant dominer le débat ; il est vrai que le dit adversaire n’est pas commode et tend à s’arrêter dans la passe. Demi-lame verticale et descabello alors que le novillo garde la tête haute. Mort bouche fermée, silence et applaudissements non justifiés à l’arrastre.

2ème, CASCON (3 ans 9 mois) : un novillo de beau trapio, et un manso qui fuit les capes, prend une pique en place (Gabin Rehabi) puis sort seul des deux suivantes, 2ème placé sous le cheval après une mise en suerte cafouillée, 3ème en venant au trot. Quatre banderilles en trois passages. Tardo à la muleta, aplomado, il est toréé au centre par mono-passes ; aurait-il fallu le sortir de ce qui était peut-être une querencia ? Pinchazo avec choc au poignet, le novillo se couche puis se relève et meurt de deux pinchazos portés prudemment suivis de cinq descabellos. Silence.

3ème, CASCON (3 ans 9 mois) : un vrai toro, emmorrillé, acapachado, violent dans la cape. Il fait sauter la pique malmène le cheval puis prend une ration de fer basse et rectifiée ; à la 2ème, il soulève cheval et cavalier (Felix Majada) ; quite sans mise en suerte, et le novillo va finalement seul au cheval pour la 3ème. Le 2ème tiers se déroule dans un beau désordre et Jiménez se conduit en chef de lidia, remettant de l’ordre en piste, le novillo ayant de plus fait sauter les planches. Giron débute sa faena par une passe cambiada puis doit sortir son adversaire des planches à deux reprises avant d’y revenir pour toréer dans la querencia. Entière basse d’effet rapide avec accrochage sans dégât apparent, oreille et applaudissements à l’arrastre.

4ème, RASO (3 ans 5 mois) : bien armé, sort calmement et remate. Il pousse aux planches à la 1ère pique (Mario Benitez), avec moins de conviction à la 2ème, les deux propres ; à la tertulia du soir, le président expliquera l’arrêt du tercio à deux piques de par le tamaño du novillo et de par la poussée d’intensité décroissante aux deux piques. A la muleta, Jiménez torée avec temple, baissant la main, alternant sur les deux bords et ménageant par des temps de repos un opposant mobile et noble mais à la limite de la soseria. Malheureusement, la mise à mort est laborieuse avec deux pinchazos, entière contraire en avant et six descabellos. Salut aux tiers et demande de vuelta pour le novillo non acceptée à juste titre par le palco.

5ème, RASO (3 ans 5 mois) : autre beau novillo qui remate. Tercio de piques mouvementé : l’animal vient de loin (!) et au galop pour une 1ère courte et en arrière (« El Bala ») ; replacé au centre, il va « cueillir » Giron qui doit être évacué ; replacé à une distance plus raisonnable, le picador est obligé d’aller le chercher après maintes sollicitations pour la 2ème, en place ; enfin, placé encore plus près, la cavalier va le chercher directement cette fois et sort sous les applaudissements. Le novillo attend les hommes au 2ème tiers, qui se termine avec quatre banderilles plantées dans les flancs, puis, tardo voire figé, se retourne sèchement et cherche l’homme. Duran n’insiste pas, règle le port de tête par quelques doblones et conclut avec trois pinchazos et trois quarts de lame basse. Silence.

6ème, RASO (3 ans 5 mois) : revenu en piste après son accrochage, Giron est appelé à saluer et reçoit le dernier par quatre largas à genoux en gagnant le centre, rematées par une demie à genoux. L’animal pousse à la 1ère pique (Francisco Javier Ortiz), met du temps pour s’intéresser au cheval et secoue à la 2ème et enfin vient en trottinant pour une 3ème courte. Banderilles bâclées avec poursuites irrégulières. D’abord tardo à la muleta, le novillo montre une charge allègre qui déborde l’homme à la 3ème série ; ce dernier change alors de main pour une 1ère série de naturelles cafouillées puis une autre appliquée, donnée en se croisant. La série de trop se solde par un désarmé. Entière tombée portée avec décision, deux descabellos, avis et vuelta.

Le prix décerné par l’ADAC au meilleur picador ira à Mario Benitez (4ème novillo).

Présidence : André Roques, assisté du Dr Vre Pierre Sans et de F. Martinez.

 

CERET  – Dimanche 15 juillet 2018 (après-midi)

Corrida de D.Juan Luis FRAILE Y MARTIN pour Octavio CHACON (violine et or), José Miguel PEREZ « JOSELILLO » (bleu marine à parements blancs et or) et GOMEZ DEL PILAR (blanc et argent).

De bien à très bien armé, ce lot a montré de la bravoure (pas toujours), de la noblesse (pas trop) et surtout de la caste ; les différences de comportement ont permis une tarde de toros (ni criminels ni enfants de Marie) intéressante de bout en bout, d’autant plus que les hommes en piste ont fait les choses consciencieusement, chacun avec ses moyens. A retenir parmi d’autres, un 4ème toro comme on aimerait en voir plus souvent et le comportement exemplaire de Chacon dans son rôle de chef de lidia.

1er (4 ans un mois, 570 kg) : haut et long, armé plutôt court, violent dans la cape. Il vient facilement mais sans montrer grand-chose en trois rencontres (Juan Melgar) : 1ère en place ; 2ème, venant en deux fois, en arrière et rectifiée ; 3ème en arrière, prise au galop. 2ème tiers mal conduit et à oublier. Chacon amène bien son toro au centre puis se méfie devant ce « client » improbable, reculant imperceptiblement à chaque passe ; il le sort des planches, s’y fait reconduire, et tente le minimum syndical sur la gauche, corne il est vrai peu fréquentable. Pinchazo en avant, deux tiers de lame tendue et trois descabellos. Salut aux tiers.

2ème (4 ans un mois, 550 kg) : bien armé, bien reçu par Joselillo, qui met son toro en suerte avec application quoique trop loin ; une pique basse prise en secouant, une autre courte, une 3ème après moult hésitations, tant du cornu à venir au cheval que du picador Agudo à aller le chercher, ce qu’il finit par faire. Les banderilles sont clouées avec difficulté car l’animal attend les hommes. Il s’agenouille sur les doblones d’entame de faena puis devient tardo, raccourcissant sa charge et cherchant les planches. Le torero s’arrime, peut-être trop d’ailleurs, et peine à cadrer son adversaire. Une lame qui glisse sur le cuir avec chute du matador, un mete y saca, un pinchazo bas et un autre dans l’épaule suivi de trois descabellos. Division pour l’homme, sifflets pour l’arrastre.

3ème (4 ans 3 mois, 570 kg) : armé acapachado, reçu par larga à genoux, vient facilement au cheval mais prend trois piques (José Francisco Aguado) avec une belle passivité, puis suit au 2ème tiers. Après avoir bien doublé son adversaire, Gòmez Del Pilar peine à canaliser la charge d’un toro mobile, qui donne des coups de tête et lui fait parcourir pas mal de chemin ; le passage à gauche, dans la difficulté, reste minimaliste. Retour à droite et conclusion par bernadinas. Entière dans l’épaule d’effet immédiat ; salut aux tiers protesté pour un torero qui a subi sans rompre.

4ème (5 ans un mois, 530 kg) : doté d’une armure offensive, distrait, il vient facilement au cheval et prend quatre piques de Francisco José Ortiz : 1ère après s’être échappé lors de la mise en suerte, poussant sur la corne gauche ; les trois autres placé de plus en plus loin et accourant au galop. Alors que le palco fait sonner les clarines, Chacon lui demande l’autorisation d’une 5ème rencontre, laquelle est accordée al regaton ; placé aussi loin que possible, le toro vient de nouveau sans hésiter et déséquilibre le picador ; grande ovation aux deux protagonistes et gifle symbolique envoyée à distance aux exégètes de la mono-pique. 2ème tiers mené sobrement. A la muleta, le torero se fait avertir aux 2ème et 3ème séries de la droite ; avec un opposant qui reste tête haute, le passage à gauche est pour le moins houleux et déclenche un retour de suite à droite. L’homme conclut rapidement par un recibir (voulu ?), l’épée résultant tombée et en avant. Alors que le public réclame avant tout la vuelta pour le toro, le président sort simultanément un mouchoir bleu et un blanc ; l’oreille est loin d’être ridicule mais elle est protestée, occasionnant ce spectacle pénible à voir : un torero qui a « vu » et qui nous a « montré » son toro obligé de faire sa vuelta quasiment au pas de course pour limiter les protestations. Autre vuelta, ovationnée celle-là, pour la dépouille de Sortijero.

5ème (4 ans et demi, 550 kg) : armé large, 1ère mise en suerte laborieuse pour une pique basse, rectifiée et poussée (Felix Majada) ; le toro sort seul à la 2ème et, bien qu’étant venu au galop, prend la 3ème sans entrain. En revanche, aux banderilles, il accélère a juridiccion. Les doblones montrent une charge vive mais ponctuée d’agenouillements ; suit une long séquence gauchère sur laquelle l’animal finit tardo, alors que la charge revient quand Joselillo prend la main droite. Demi-lame tombée, mort aux planches et applaudissements partagés.

6ème (5 ans 3 mois, 550 kg) : armé large et veleto, « couturé » de quelques cicatrices. Alors que le matador va l’attendre a porta gaïola, il hésite à sa sortie et vient à 90 degrés ; la réception se termine par une demie à genoux. Le tercio de piques révèle le comportement d’un manso, fonçant sur le cheval à la 1ère et secouant, tête haute, et prenant ensuite quatre refilones. Au 2ème tiers, l’animal attend les hommes pour mieux fuser sur eux quand il les voit à sa portée. Les difficultés continuent à la muleta, avec des coups de tête à mi passe. Gòmez Del Pilar fait face comme il peut mais finalement se fait conduire aux planches, où son opposant rêvait d’aller depuis un moment ; il insiste un peu sur la gauche et conclut par pinchazo, tiers de lame en se faisant prendre suivi de six descabellos entrecoupés de démarrages. Salut aux tiers.

Salut final du mayoral agrémenté de quelques sifflets.

Présidence : Francis Manent, assisté du Dr Vre Christophe Brard et de Pierre Fons.

Le prix décerné par l’ADAC au meilleur picador ira à Francisco Javier Ortiz (4ème toro)

 

En bilan de ce Céret de Toros 2018 :

  • Trois courses de tonalités différentes ;
  • Une corrida « découverte » en demi-teinte, ni  révélation, ni catastrophe ;
  • Un lot de Fraile qui compense les nombreuses déceptions et frustrations ressenties tout au long de chaque temporada :
  • Le comportement des hommes, matadors d’alternative ou novilleros : chacun a fait face à ses adversaires avec ses moyens et ses limites, mais aucun d’entre eux ne s’est « échappé » ;
  • L’honnêteté scrupuleuse de l’ADAC, qui a refusé de faire sortir en piste deux novillos n’ayant pas l’âge réglementaire, peut-être pour quelques jours seulement ; dura lex, sed lex.