MONT de MARSAN – Samedi 24 juillet 2021

Corrida de D. Adolfo MARTIN ANDRES pour Antonio FERRERA (rouge à parements blancs et or), único espada. Sobresalientes : Alvaro DE LA CALLE et Miguel Angel SANCHEZ.

Bien sûr, la corrida est un spectacle mais, pour les aficionados, elle est plus que cela. Aujourd’hui, nous avons eu du spectacle (beaucoup) et du toreo (parfois) ; c’est ainsi.  Cela n’enlève rien aux qualités de torero ni au courage d’Antonio Ferrera (affronter seul six « Adolfos »), et le propre du baroque est de n’être pas classique, mais certains moments de lidia « à l’envers » m’ont laissé songeur. Je suis probablement trop rigide, mais j’essaie de ne pas oublier que se laisser submerger par l’émotion ôte toute capacité d’analyse. Cette course, qui aurait pu être un des moments forts de la temporada, a plutôt été une chose dans laquelle, comme l’on dit chez moi, il y a « à boire et à manger ». Reconnaissons que la piètre qualité des toros envoyés ce jour par D. Adolfo Martín (armures correctes sans plus, faiblesse et caste défaillante) n’y est pas pour rien.

La course débute par un salut général en piste à la demande du maestro : cuadrillas au complet, sobresalientes et mayoral (manquait le responsable des corrales).

1er(5 ans 5 mois) : après plusieurs chutes, ce toro est renvoyé aux corrales et entre celui prévu en 2ème position (5 ans et demi), qui remate aux planches, pousse à la limite de la chute à la 1ère pique et se calme nettement à la 2ème. 2ème tiers correct avec poursuites irrégulières. Devant un animal de charge réduite, Ferrera n’est pas à l’aise ; la gauche est encore pire que la droite, et le cornu finit andarín. L’homme abrège par passes de châtiment et tue mal avec deux pinchazos portés prudemment, mete y saca al encuentro et bajonazo. Silence pour le torero, sifflets pour l’arrastre.

2ème(5 ans 4 mois) : armé veleto (ce sera le seul du lot armé ainsi). Quelques signes de faiblesse n’empêchent pas des retours secs sur la gauche. Sans mise suerte, le matador fait placer le toro par ses hommes au toril ; l’animal vient pour une pique tellement bien placée qu’elle est repositionnée plus en arrière. La 2ème, prise en venant du centre, donc de plus près qu’à la 1ère, est de nouveau au milieu du dos. Cela ne gêne pas certains, qui applaudissent le picador, peut-être à cause du caractère rétif de sa monture. Bien que le toro soit arrêté, les peones banderillent bien et sont appelés à saluer. À la muleta, le cornu montre un problème passager de coordination des membres ; Ferrera le conduit au centre pour des derechazos prudents, mais l’attrait des planches demeure. L’animal est soso, charge au pas et l’homme « fait le show » avec changement de main et passes d’ornement. Entière en place portée honnêtement, avis non sonné, et oreille avec demande de la 2ème, à laquelle le palco résiste avec raison. J’ai eu du mal à comprendre les applaudissements à la dépouille.

3ème (5 ans 3 mois) : belle réception par véroniques genou ployé et demie. Nous avons de nouveau droit au « cinéma » du toril pour la 1ère rencontre, le toro saute sous une nouvelle pique très en arrière ; enfin une vraie mise en suerte pour la 2ème, tout aussi mal placée et de plus pompée. Banderilles de qualité diverse. Avec un opposant qui « fait l’avion », le torero reste sur le voyage mais baisse la main ; globalement, je pense que le bipède a parcouru plus de chemin que le quadrupède au cours de cette faena. Conclusion par mete y saca porté au ralenti puis entière a recibir en marchant vers le toro sur une bonne dizaine de mètres. Descabello, avis et oreille avec nouvelle demande de la 2ème, plus sonore que la précédente, que la présidence refuse de nouveau. Encore un arrastre applaudi.

4ème(5 ans 5 mois) (c’est le 1ersobrero) : 3ème « coup du toril » à la 1ère pique, basse et prise venant au trot, 2ème en venant du centre mais mal arrêté, brève, 3ème symbolique ; les deux mises en suerte dignes de ce nom ont été exécutées par l’un des sobresalientes. 2ème tiers regular. Cité de près, peut-être trop près, ce toro se montre d’abord plus vif, mais il donne rapidement des signes de faiblesse, raccourcit sa charge et s’éteint tout en se retournant sur place. Le matador abrège avec raison et tue mal : pinchazo a recibir (pas voulu), entière habile ôtée de suite et descabello. Silence.

5ème (5 ans 7 mois) : la réception est réalisée en mode accéléré et suivie de la 4ème « non mise en suerte » au toril. Le cornu saute au cou du cheval et prend une pique trop longue, puis fait ce qu’il veut à la 2ème (en fait la 1ère) mise en suerte ; la puya est bien placée, le bicho pousse et le cavalier est applaudi. Aux banderilles, Fernando Sánchez se fait applaudir lui aussi. Ployant tantôt des antérieurs et tantôt des postérieurs, le toro est le co-auteur d’une faena décousue, ce qui ne l’empêche pas de faire reculer Ferrera à trois reprises. Une série de naturelles en usant du pico et final pueblerino pour masquer l’absence de domination. Trois pinchazos plus ou moins en place, tiers de lame en avant et trois descabellos. Silence.

6ème (5 ans 5 mois) : armé court, saute dans la cape ; la réception se poursuit par des véroniques plus relâchées. Le matador décide de piquer lui-même son toro à la place de Gabin Rehabi ; 1ère pique en deux trous prises depuis le toril, 2ème brève. Le temps de descendre de cheval et de quitter la gregoriana, et il exécute un quite par chicuelinas. La « lidia » se poursuit dans le particulier avec partage des banderilles entre le maestro, Fernando Sánchez et José Chacón, avec salut des trois. L’entame de faena est correct, l’animal est noble et mobile, mais montre toujours cette propension à sauter et à encenser. Jamais croisé, Ferrera torée en regardant le public, par demi-passes données sur le pico, et réclame un air à l’Orchestre montois qui en joue un autre … Nouveau recibir très en avant, venant de quinze mètres, et le toro tombe rapidement. Deux oreilles à la demande desquelles il aurait été cette fois bien difficile de résister ; dommage que les deux mouchoirs n’aient pas été sortis simultanément.

            Salut final de tous les acteurs, à l’exception cependant du mayoral (heureusement), et vuelta finale du matador a hombros, accompagné de ses hommes à pied.

            Présidence solide pour l’attribution des trophées, un peu plus laxiste pour la sonnerie des avis, de Philippe Lalanne, assisté de Mathieu Cazalet et de Maxine Tonnelli-Duprat.