DAX – Samedi 8 septembre 2018

Corrida de D. Victorino MARTIN pour Curro DIAZ (rouge délavé à parements blancs et or), Emilio DE JUSTO (bleu marine et or) et José GARRIDO (pourpre et or).

Lot âgé de quatre ans et demi ou légèrement plus, moins homogène en poids, présenté et armé correctement. Une fois de plus, toujours des signes de faiblesse pour cinq exemplaires, plus marqués pour les membres postérieurs que pour les antérieurs. Le peu de présence au cheval a été intelligemment complété par un joli panier de mauvaises piques. Deux alimañas et, à un degré moindre, un toro « de 3ème tiers », ont un peu compensé l’ennui généré par les trois autres.

1er (4 ans 8 mois, 575 kg) ; ensellé, armé veleto mais court, jette les pattes dans la cape. Il regarde longuement le cheval avant … de s’en aller ; remise en suerte avec le même comportement avant d’enfermer un peon dans les planches puis, enfin, pousse un peu sous une pique en place ; 2ème pique en arrière, pour la forme. Logiquement, il est tout aussi figé aux banderilles. Devant un animal faiblot, qui a maintes glissé et dérapé depuis son entrée en piste, Diaz torée main haute, avec des temps de repos entre les séries ; les naturelles sont données à distance, et le tout résulte élégant, d’autant plus que le costume a peu de risque de finir taché. Bajonazo porté lui aussi prudemment et silence.

2ème(4 ans 7 mois, 505 kg) ; un peu plus armé, bien amené au centre par véroniques genou ployé. La mise en suerte finit dans les raies ; 1ère pique basse avec vague poussée de la corne gauche et agenouillement, puis chute à la sortie ; 2ème pique symétrique de l’autre, replacée au centre, le toro venant au pas sur cinq mètres. Poursuites mollassonnes au 2ème tiers. La faena navigue entre affaissements et chutes. Après des doblones soignés mais hurlants, le cornu se montre tardo et de charge courte, faisant « l’avion » sur la droite ; c’est plus heurté à gauche. La musique, avec des solos de bois magnifiques, est très (trop) envahissante. Autres doblones, entière basse et en avant ; oreille.

3ème (4 ans 7 mois, 530 kg) ; jette les pattes et prend deux courtes piques sans mise en suerte digne de ce nom. 2ème tiers rapide et sans poursuite. A la muleta, l’animal se révèle quelque peu tobillero mais chaque passe est accompagnée d’un discret fléchissement du train arrière ; avertissement poli à gauche. Garrido glisse en portant la 1ère épée, qui tombe … dans le vide, puis tue par pinchazo et entière basse. Silence pour un match nul.

4ème(4 ans 7 mois, 540 kg) ; un negro bien armé qui enferme Curro Diaz dans les planches et l’oblige à sauter dans le callejon après avoir jeté la cape. Il est placé sous le cheval pour une pique poussée par à-coups ; la 2ème est basse. Méfiants, les peones posent les banderilles une à une, par surprise, en arrivant derrière le toro, qui ensuite les poursuit en accélérant. L’ambiance est à point pour le 3ème tiers, l’animal venant sur l’homme et donnant un coup de tête à la fin de chaque passe ; la faena « dure » deux minutes et demi, et le torero tue par pinchazo et bajonazo porté très prudemment. Longue agonie bouche fermée et bronca gentille, dacquoise. Ce toro, dont la dépouille est applaudie, est le seul qui ait tenu debout sans faille.

5ème (4 ans 8 mois, 535 kg) ; armé moyennement, il sort facilement d’une pique prise tête haute, est remis en suerte à la raie, et en prend une autre en deux trous et vrillée. Salut des peones pour un 2ème tiers rondement et bien mené. La faena sera ponctuée de fléchissements alternés, tantôt de l’avant, tantôt de l’arrière. A droite, le toro s’arrête dans la passe et se retourne sèchement, tandis qu’à gauche, le torero réussit à allonger la charge. Une longue séquence gauchère est donnée, parfois en se croisant, d’autres fois sur le voyage, déclenchant alors un avertissement. Le bref retour à droite se solde lui aussi par un avertissement sans frais mais clair ; suit une dernière série de naturelles citées de face. Quart de lame suffisant, puntillero opportuniste et adroit, oreille et applaudissements nourris à l’arrastre. De Justo ne s’est pas échappé devant ce toro pas facile, sans pourtant résoudre le problème à droite.

6ème (4 ans et demi, 525 kg) ; armé large et vers le haut, échoue dans sa tentative de sauter la barrière ; les véroniques de réception sont soignées. De nouveau des fléchissements sur deux piques courtes, la 1ère poussée, la 2ème basse ; Garrido a lui au moins voulu donner de la distance lors de sa seconde mise en suerte, mais son adversaire n’a rien voulu savoir et a dû être rapproché. Banderilles correctes sans plus. A la muleta, le torero veut citer de loin mais son adversaire se montre de nouveau récalcitrant ; tardo, il n’accepte de démarrer qu’avec le leurre devant le museau. Suite à un retour sec, l’homme arrive à allonger un peu la charge à gauche, mais, vu le peu d’intérêt présenté par son opposant, ennuie le public en prolongeant sa faena sans raison. Entière en place, quatre descabellos, avis à 10 minutes 45 et silence.

Présidence sans histoire de Jean-Charles Boué assisté de Frank Lanati et de Jean-Louis Doat.

Une chose curieuse : la musique a attendu la sortie de l’arrastre pour les toros vraiment applaudis et, au contraire, a joué de suite pour les autres :   serait-ce là une façon de couvrir des silences ou des sifflets politiquement incorrects ?