1 contribution / 0 nouveau(x)
Sans regrets...

Je vous le jure, en sortant des arènes de St Sever, la phrase la plus entendue a été :

“On s’est emmerdé“.

 

L’emmerdement dans une arène, c’est un truc indéfinissable, ça se traduit par un murmure incessant, pas le “Rum rum Sévillan“, non, souvent des rires, à peine étouffés, des gens qui parlent forts. 

 
Ou encore par un immense et profond silence, et pas qu'aux coups d'épées.
Ce qui fait qu’on entend les quintes de toux, et croyez-moi, dans une arène il y en a, un vrai sanatorium.
 
C’était une journée bizarre,  j’avais envisagé le rugby à la télé, et ne me suis décidé que vers vers midi. 
St Sever n’est pas loin.
L'épaule d'agneau de sept heures dégustée (je ne suis pas encore végétalien) me voilà parti.
 
Je croise Victorino fils, on discute rapide, il a des obligations, “papa ça va?“ “bien, bien,.il est là bas, je le rejoins“. 
Trois paroles échangées, un sourire, un abrazo, on se voit après, Ici, à Madrid?, à Las Tiesas?.
 
Il est tout sourire dehors, je lui ai envoyé la photo superbe ou il est avec son père, faite par mon ami Dominique.
Je me demande comment “papa“ voit les courses, et ses toros, comment il appréhende ce moment un peu délicat de la ganaderia.?
C’est vrai, si la course ressemble à celle de Mont de Marsan??
Comme dit la pub, on est mal.
 
Puis, je croise un copain, grand aficionado, il me raconte son alerte cardiaque, il me lit, il me fait plaisir en me disant qu’il aime beaucoup ce que j’écris, et rajoute à chaque fois, mais je ne suis pas toujours d’accord avec toi.
 
Comment en serait-il différemment quand moi-même, je me contredis sans cesse.
Et mon écriture est spontanée, pas toujours réfléchie, et c’est ce qui en fait un certain charme…(je sais, l’égo, toujours l’égo)
 
Je rentre et regarde déçu la décoration de l’arène, c’est une goyesque, avec des Victorino, chose étonnante.
C’est ça qui m’a fait bouger, je me suis dis, soit c’est un festival, soit il va y avoir un ou deux spécimens et j’aimerais bien voir dans ce cas, et comme on ne sait jamais…Bon j’entre, je veux voir la décoration pondue par Loren.
 
Le Burladero est peint en argent gris (vous savez le rappel au pelage) et quelques pochoirs (je pense) de toros sur les ronds en bleu blanc rouge avec des silhouettes de taureaux noires.
Certains L’ont trouvée magnifique, moi, je l’ai trouvée tristounette, question de goût.
Je préfère Edward Hopper à Francis Bacon.
Et puis ça jure avec le sable non coloré, la bâche et le ciel bleu.
Comme me dit souvent un ami: “c'est ni fait, ni à faire“ non, j'attendais plus original.
 
Toujours est-il, qu’assis à proximité du président du jour, je me rends bien compte qu’il doit être très enrhumé, à la vitesse ou il sort ses mouchoirs blancs.
On en rigole.
J’espère qu’il ne va pas m’en vouloir…Marcel, si tu me lis?
 
Les premières oreilles tombent, dès les deux premiers toros, ça sent le classement, les points de l’escalafon à glaner, la goyesque triomphale.
Pourtant Jean Baptiste est faiblard, il a, me dit-on une Bruxellose. 
On le sent fébrile, “pasitos atras après pasitos atras“ des épées peu engagées, et des descabellos fulgurants.
Posez la question autour de vous, citez-moi des toreros techniques, il n’est jamais cité, et pourtant, presque jamais blessé, même quand sa carrière était au top. Il enroule les toros, accepte des ganaderias un peu dures (même si les toros, on le sent bien, sont choisis) il va dérouler sans jamais aller sur les terrains délicats.
Son teinturier meurt de faim, pas une tâche, à peine décoiffé, il visite le ruedo, prend tout sur le passage, étend le drap, à gauche, avec l’épée comme fil à linge.
On sent qu’il ne prendra aucun risque.
Mais sa technique fait merveille.
 
Les toros, à propos, eux aussi ne vont pas bien, je lis de ci, de là : “une belle présentation“ hum, vous le savez je n’aime pas les toros diminués, c’est pour cela que je n’arrive pas à me faire au réjon, et ce, malgré la beauté du “travail“ des chevaux.
Alors, disons que si il n’y a pas eu salon de coiffure, et bien, ces toros se sont bien usés les cornes au campo, qui doit être bien sec,  et pierreux à Las Tiesas. 
J’y regarderai à deux fois quand je retournerai là bas.
Bon trois ont du coffre, le moteur toussotte un peu, mais il faut y aller quand même.
 
Jeremy Banti, vêtu de Saumon écossais, ne fera même pas un tiers de passe, il replace juste un toro pour la pique (c'est peu comme quite)
Piqué par une mouche ? 
Peut-être attendait-il qu’on lui offre un toro de Dufau blessé?
En attendant, il a l’air très contrarié, et reste en delà du burladero, ne sortant que lorsque c'est vraiment nécessaire.
 
Les piques, que voulez-vous ?
Données en dépit de tout bon sens, et toujours les applaudissements de rigueur, même quand la lance pénètre à vingt ou trente centimètres plus loin que l’emplacement normal.
Rien de transcendant, une chute, plus due au mauvais positionnement (cheval tourné trop tôt) bref rien de rare.
 
Dufau blessé, a été opéré avec succès, et il va bien, tant mieux.
On l’aura vu, s’essayer à quelques passes données, elles aussi sur le passage (a une ou deux exceptions près) et se faire déborder, toucher,  cape et muleta et rompre, en marche arrière...il met la main pour retenir le toro qui l'a vu et lui revient dessus..
Le reste, vous savez ce que j’en pense.
 
Les banderilles ont été toutes posées n’importe comment, sauf celles de Marco Léal devenu péon, et qui salua, même viotti ne semblait pas dans son assiette.
 
JB sauve sa sortie sur le dernier, deux oreilles, et sort à pieds (compañero touché)
Le portier oublie de lui ouvrir la porte, JB en rigole encore.
 
Bref, une dernière course d’automne sans éclat, malgré la pub (fête des cinquante ans de l’élevage de Victorino) et les prix prohibitifs (surtout au vu du spectacle donné). 50 euros de moyenne.
 
A ce propos, faites comme moi, et comme le fait la petite peña montoise “Los Pechos“ que je salue, gardez bien les fascicules et articles pré-corridas et comparez ensuite avec ce qu’il c’est réellement passé, le jour dit, c’est édifiant et souvent très drôle…..ou pas.
 
La saison est terminée, il reste quelques festivals, celui-ci n’en était pas tout à fait un, l’automne va tomber avec ses brumes et ses feuilles sur nos terres, puis les oies, les grues, les palombes et les frimas.
 
J’apprends que loin d’ici, un jeune homme de dix neuf ans, vient de déposer son sac de rêve sur le sable d’Arnedo, et lui, doit être vraiment malade aujourd’hui.
 
Un dernier salut aux ganaderos présents, les amis, derniers propos, retour sur Dax dans le rougeoiement du soir.
Je ne crois pas aller à Madrid, malgré l’appel des copains, pour la feria d’Automne.
J’ai quelques projets en cours qui me prennent du temps.
 
Les matchs à la télé n’ont pas été supers, je ne regrette donc rien.
 
CHF