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Splendid

 

C'est fini, madame.

Le médecin se nettoie les mains, et se tourne vers le petit groupe qui attend dans la pénombre.

Lucie Valore a pâli.

Ses mains se serrent...sa gorge nouée laisse échapper comme un râle léger.

Le docteur s'approche près de la fenêtre, il regarde vers l'extérieur referme sa sacoche, il serre la main des personnes présentes et quitte la chambre de l'hôtel Splendid.

Maurice Utrillo, peintre universel, vient de mourir ici.

Plus bas, l'Adour coule serein, comme il le fait depuis toujours...

Tous les aficionados connaissent, dans les endroits ou ils se rendent, des adresses généralement taurines.

Là, on croise des aficionados de tous ordres, des généreux, des passionnés, des novices, des “qui veulent savoir“ qui veulent voir...qui veulent croire.

On y trouve des gens du mundillo qui s'y promènent, ceux qui sont connus par leurs signatures, leurs écrits, des, qui passent à la télévision, des, que l'on entend à la radio.

Puis, il y a ceux dont on connait la tête, que l'on voit au callejon, dont on ne connait pas le nom...

Enfin, les éleveurs, des toreros, des vedettes, des moins connus, il y a de tout.

Ce sont des bars, des bodegas, des clubs ou des penas, et des hôtels bien sûr.

A Dax, feu l'hôtel Splendid a fermé ses portes de chambres sur les vers de Sacha Guitry, les verres d'Ernest Hemingway...

Dans les profonds couloirs, désormais vides, ne restent que les fantômes de Paquirri, d'Antoniete, du Yiyo de et de Nimeno II qui torèent le silence.

Dans les grands fumoirs éteints, les tableaux et les statues taurines devisent à faible voix.

Elles racontent encore, le rire éclatant d'El Cordobes et celui de Ruiz Miguel.

Les larmes des toreros défaits, celle de rage du Juli l'an passé...celle de Ponce ex roi déchu...du Cid défait.

Les miroirs du Bar d'acajou, reflètent le vide du grand Hall dont les échos du tintement des coupes de cristal et le rire des jolies femmes, ricochent encore sur les stucs et les lustres du haut plafond.

En haut de l'escalier monumental, construit à l'identique de celui du paquebot Normandie, restent à jamais imprégnées des traces de pas: celles des Victorinos, des Domecq, des Escolar Gil et de tous les éleveurs passés ici.

Les grandes Verrières reflètent les derniers rayons du soleil...qui jouent sur les tables et les chaises du restaurant vide.

Ici se comptaient les histoires de campo, et les “cosas de toros“.

Sur la terrasse ou se pressaient tous ces grands écrivains, acteurs et amateurs de toros, seuls les oiseaux sautillent encore regardant de leurs yeux torves le chemin qui mène aux arènes...

J'ai laissé là, quelque part, un peu de ma jeunesse.

Ici, en partie, s'est bâtie mon aficion et ici reste le souvenir d'amis disparus et de ceux qui seront encore avec moi cet été.

Je penserai à eux, en levant les yeux vers les persiennes fermées, dans le fracas des bandas et des musiques Sévillanes, pour me rendre au “Patio Soleil“ ou le toro est roi...et la fête si belle.

CHF