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Tita...VIC

 

Le Naufrage du Tita......vic

 

 

Ce que j'ai vu...

 

Venir à Vic Fezensac est une gageure annuelle, les routes du Gers sont traditionnellement belles, et l'ambiance des “bons copains“ permet à l'aficionado qui vient de loin d'amortir un tant soit peu le dit déplacement.

L'atout majeur de ce village d'irréductibles gerseois étant de présenter des toros dont tout aficionado vrai rêve tout le long de l'année...avec ses sœurs Céretane, Orthézienne, Saint Martinoises et autres en novilladas...

Cela fait plusieurs années que je descends chez des amis qui m'accueillent comme un frère, j'évite donc la recherche du gîte et du couvert, j'évite aussi les surcoûts des endroits de restauration et de débits de boissons pour une partie de la journée en tous les cas...

Généralement, il est utile de se munir d'un chapeau de paille pour la protection solaire...

Fichtre de soleil, point....la fête a recommencé...et de ce que j'ai vu...il ne me semble pas que la jeunesse soient plus calme qu'auparavant...

Les conditions climatiques dramatiques des ces derniers temps (je n'ose pas dire, jours, semaines ni mois) durent....il est vrai que nous étions à quelques encordées des saints de glace...bref les trois éléments les plus nocifs pour une corrida, le vent (glacial), la pluie pénétrante et pareilles à une mousson gelée...et le froid (Grand père disait pour une bonne corrida il faut du soleil et des mouches)...les mouches étaient toutes collées aux poutres des cheminées que beaucoup avaient rallumées, et le soleil nous faisait des pieds de nez, jouant à cache cache, avec les nuages...

On n'attendait plus des toros à la sortie du toril, mais de ours polaires.....nous n'avons eu droit ni aux uns (à quatre exception près sur vingt quatre) ni aux autres (même si nos voisines avaient remis les capuches à pilosité d'hiver) ce qui faisaient tout au plus des oursonnes...

 

Le Départ

 

J'aime la scène du départ du film Titanic de Steven Spielberg elle décrit toute la tension, l'excitation, la fusion des sourires des cris et des mouvements de tous ceux qui travaillant ou voyageant gagnent le bateau...comme aux arènes, il y a les soutiers ceux qui te refont une piste en quelques minutes et que j'aime à saluer quand il regagne les plat bords, j'aime aussi le callejon ou tant de personnes inutiles se donnent de l'importance, et ou les “accrédités“ nous expliquent officiellement (car quand on parle en privé avec eux, ils ne tiennent pas toujours le même discours, que nous exagérons, sommes outranciers etc...) ben oui mais quand on paye un billet pour l'atlantique on n'aime pas que l'on nous propose une balade sur la “pachère“ (le ruisseau qui passe à Vic) ou alors il faut qu'ils se munissent des longue vues des gradés pour ouvrir les yeux sur ce que nous, nous voyons et que eux ne veulent plus voir...j'y reviendrai..

Le public se partage entre les différents ponts....quand on vient depuis longtemps comme moi on connait les visages et les emplacements des gens...on attend les réflexions des uns, celles des autres...on soupèse leurs réactions, on discute...du voyage à venir, des infos de dernière main...il y en a toujours un, pour savoir un truc qu'il tient très précisément de l'autre qui lui, sait, puisque il connait untel ou untel....de l'état des toros, du bulletin des santé des toreros...de Tavalante ce “grand torero“ qui a fait comme son pote Manzanares c'est à dire se fracasser sur les rochers de Victorino Martin, des rochers tous ronds en plus sans aspérités...bref ça “cancane“.....

Enfin d'habitude parce que là, le capitaine vient d'avoir un avis de grosse mer, le personnel supposé nous accueillir et nous mener à nos cabines est dehors, le nez gelé...il n'est pas encore au courant que l'info circule déjà.....pas de corrida aujourd'hui vous l'aurez Lundi...

Première déception, mais légitimée par les vagues incessantes de pluie et de vent et ce froid terrible...on rentre au chaud, le départ est pour demain...on commence la fête, je plains l'aficionado solitaire qui a fait un long voyage et se retrouve presque seul (on ne l'est jamais tout à fait...quand on est aficionado, mais tout de même.)

Les jeunes se retrouvent enfermés dans les bars et bodegas, il n'y a rien d'autre à faire que de regarder un peu de rugby, parler toro et consommer...la soirée sera presque calme...

 

 

Le Chantier

Je connais, bien du monde, au Club Taurin Vicois...depuis longtemps, et des deux bords...

J'ai connu l'autre capitaine avec qui j'ai aimé discuter toros, parce que “il savait tant“ j'y pense quand j'arrive aux arènes, à lui, et à mon autre ami Henri Magne pilote de Rallye mort il y a quelques années dans un rallye déjà gagné, au maroc un jour de pentecôte, je rentrais dans les arènes avec mon fils il m'avait soutenu ce jour là...c'était l'année de sa retraite et de l'adoption de son fils qu'il ne verra jamais chez lui.. lui, qui avait été sept fois champion du monde avec Schlesser, Shinozuka ou encore Luc Alphand, lui, qui avait sorti Johnny hallyday de son buggy en flamme...et gagné une dizaine de Paris Dakar...c'est à eux que je pense...

 

Des guerres intestines de la flibuste, je ne sais et ne veux rien savoir, qui a eu raison ou pas...ce que je sais, c'est que la pression est grande, car la prise du navire s'est faite en silence un soir de pleine mer d'huile..un équipage remplace l'autre...mais l'attente est importante....un peu comme quand Christophe Colomb en panne de vent...avait failli se faire renverser...l'équipage voulait rentrer, lui, les amena en Amérique....

Notre Amérique taurine est si loin.....des toros beaux, armés, “dans le type“ de l'élevage, sauvages, violents et âpres, retords à la pique, agressifs, des hommes et des chevaux dressés non pour tourner le cul, mais se battre de face, planter le fer, résister, pousser, tenir face à une poussée constante et maintenue...et des toreros de respect qui se la jouent vraiment, en allant chercher au delà de ce que nous autres, autres humain, n'approcherons jamais....

Là, le bâteau est à Quai, les annonces se font, pour certaines prudentes, pour d'autres moins...on va voir ce qu'on va voir...enfin si les toros....mais il y aura du toro.....nous, qui avions déjà un sentiment bizarre et qui avions été mis en colère par le capitaine de l'an passé en nous traitant de clients...(nous n'achetons rien, que du rêve et une vague envie de grandes journées de toros)...et en nous proposant une féria au rabais... nous attendions beaucoup de ce voyage annoncé.

 

Sur les quais, aussi, un type avec un porte voix nous le disait : “Le Tita..Vic est un navire capable de croiser mille ans, de traverser les mers à la plus grande vitesse jamais atteinte, nous avons les meilleurs hommes et les meilleurs toros (Les Adélaïde Rodriguez sont le meilleur lot jamais offert cette saison) l'argenterie et les ors, oyez oyez....

 

 

Voyage.

La musique est excellente, les petits fours servis sur canapés, ne le sont qu'au pont supérieur, partout ailleurs, il faut se débrouiller...et tout semble avoir encore augmenté...sauf la qualité...le gers ne serait il plus une terre d'accueil ?

Depuis l'an passé, et les vicissitudes des ports francs organisés par le gouverneur de la cité Gasconne, pour lesquels il faut montrer patte blanche, et dans lesquels nous n'étions, nous voyageurs, plus les bienvenus...l'ambiance d'accueil était plutôt moyenne..

Et une ville sous la pluie est toujours moins accueillante..

Las, nos hublots ne laissant rien apparaître que des vagues violentes, incessantes...complètement à l'opposé des toros eux, ...fades, et tout le contraire de ce que nous en attendons ou en voulons...c'est à dire rien de bon...

Les populations des îles noires dites violentes ne se montrent que faibles et sans recours...

Escobar....on n'en sait pas grand chose...admettons que Vic se veuille “découvreur“ ..et qu'il aient droit à l'erreur....une île plane, sans relief, sans arbres, sans abris..un rocher effrité..

Mais Cebada Gago...deux toros à peine...et comme d'habitude mal lidiés, (peut être le second mieux mis en suerte) donc mal mis en valeur...et le reste comme l'entre deux vagues, un creux...une île ronde et pleine, aux pointes de rocs acérées, mais sans un site à visiter, d'une platitude affligeante..

Les Adélaïde Rodriguez....dont on nous avait vanté la sauvagerie...une plage noire et des souches flottant dans l'eau...

Un voyage sans heurts, sans rien...un vide sidéral, un trou noir...

Vic est attendu pour ses toros, ses tercios de piques, et son respect du toro....des îles brûlantes, aux populations animées, vivantes, colorées et mouvantes....là, pas grand chose...vraiment.

 

La concours

Le capitaine avait organisé une concours, il faut bien amuser le peuple...l'ennui de ces concours est que lorsque l'on est sur un paquebot de ce niveau, les lots doivent être à la hauteur...peut on offrir un collier de nouilles à qui porte déjà du Cartier, du Boucheron ou du Van Cleef?

 

Monsieur de La Quinta qui s'était perdu il y a peu avec des pirates du G10 présenta deux toros intéressants, et en fait l'un très moderne et complet (mais sans sauvagerie aucune, presque naïf, quoi..) ce sera celui élu par le public :“hélas“...on entendit même plusieurs “no le mate“ soit : “indulto“ en langage Callejonesque....une blague qui nous aurait presque fait rire, si nous n'étions si tristes....et le second sauvage et retord à souhait, mais si mal mis en valeur que sa caste en fut totalement étouffée..et son opposant absent dès que le combat au sabre devenait dantesque..sur la corne droite..

Une concours sur ce bateau là, aurait dû être sauvage, forte, allègre et belle....hélas on avait perdu les bijoux....les cavaliers en charge de les apporter s'étant enfui avec....

Car il faut bien le dire les autres toros ne valurent rien de rien..

Mais que les passagers du navire ont changé, on applaudit à tout rompre un toro qui prend les trois tiers comme si c'était exceptionnel...un tour de piste....pour un toro au minimum collaborateur comme le disent les gazettes...et peut être que cela le devient...mais quid de la sauvagerie, quid de ce danger sourd qui plane sur le ruedo, quid des chevaux enlevés poussés, Garapito, Velonero ou êtes vous ?

 

Le Brésil

Pour ceux qui ne connaissent rien à l'exercice, c'est le fer qui est la clef de ces concours...bien porté, il met en valeur l'essentiel de l'animal...mal dosé...celui-ci s'écroule et s'éteint, à chaque toro sa lidia....et que vit-on?

Des piques portées sur le dos ou de travers, le cul du cheval en avant...et donnée par trois fois quand il n'en pouvaient mais après la première....

il faut s'arrêter un moment sur ce sujet...

Un cheval devrait recevoir la charge de trois quart face...en laissant le terrain nécessaire à la charge du toro, que l'on éloigne peu à peu, le lancier posant la pique à la limite du morillo, fixement et en opposant une force constante (pas de mouvements de pompe, de rotations ou tout cela...à la fois, en laissant la sortie possible au toro de façon à voir, si il fuit le combat, ou au contraire si il se bat..) et en dosant la pique...et que voit on?

Une vraie fausse “Carioca“.

Carioquer “un toro c'est le piquer en l'enfermant et lui refuser la sortie, le châtiant en le “coinçant“ contre les planches....celà n'est valide (comme le dépassement des lignes que sur un toro “manso“..)

De nos jours, et grâce aux chevaux dressés, on voit ce que j'appelle des vraies fausses Carioca...voici comment ça marche....le toro est placé, et commence sa course, au moment de l'impact (voire juste un peu avant) le cheval est tourné sur place opposant au toro, au mieux l'étrier (merci à Gabin Rehabi dont on attendait de lui des piques propres) et sur lequel le mauvais Margé se cassa la corne...au pire (et le plus souvent) le cul du cheval, soit la partie la plus lourde du cheval véritable mur pour le toro...(voyez les photos) les piqueros sont tournés vers l'arrière piquant à l'envers (ils devraient être de face)..

Au moment de l'impact, le cheval subit une rotation naturelle due à la manœuvre du cavalier et à la force d'impact...au mieux ses pattes postérieures (celles du toro) montent en l'air, il arrive donc en angle droit, au pire il se retrouve coincé par le caparaçon, en parrallèle, les cornes vers la queue du cheval...que le cavalier tourne alors à l'opposé, bloquant le toro à l'arrière (celui-ci se replace tête contre la protection, mais sans plus d'impact que sa force naturelle...regardez la plupart des impacts quand la pique est terminée....ils sont à l'arrière des étriers, le toro étant coincé là, c'est une vraie fausse Carioca...merci pour le dressage merveilleux des chevaux...tant vantés, ça n'est pas le Pérou, la Carioca, c'est le Brésil...

 

L'Iceberg

 

La croisière de luxe s'est arrêtée brusquement.

Un craquement, comme un gémissement long et plaintif...une dernière corrida comme un dernier souffle...poussif et porteur de malheur...

Le navire à coulé là...le Tita..VIC...s'est abîmé définitivement...pas le temps de mettre les canaux à l'eau...un Espagnol nous salue au deuxième invalide, de son accent ibère :“au revoir messieurs dames...“ et il se jette hors du navire...la fuite s'organise, les uns et les autres tentent de quitter le bateau, d'autres attendent encore, un canot meilleur....la musique joue...et les eaux sombres de la tristesse et de la colère absorbent nos dernières illusions perdues....ce bateau était le plus beau, le plus grand le plus fort...l'armatrice avait parait-il mis à disposition son meilleur équipage..il ne sut pas, ne put pas faire face...l'Iceberg Adélaïde eut raison de la coque finalement fragile du navire que l'on croyait invincible, l'entrainant par le fond...

 

Epilogue

 

6000 Passagers pas toujours au courant des usages d'un tel paquebot...englués et happés par les éléments déchaînés...et qui se posent de vraies questions...

26 canots trop fragiles coulés....que c'est il donc passé dans ces foutus corrals... ?

11 seconds d'équipage coulés (dont deux tentèrent de surnager le quartier Maître Escribano, Le quartier Maitre Urdiales, le quartier Maitre Robleno) …pour le reste RAS comme on dit en vigie.

 

Le Navire Tita...VIC a coulé corps et bien...pourra-t-on jamais le remettre à flot et ce dès l'année prochaine....tant les dégâts vus d'ici nous paraissent importants...à voir ce qu'en diront le capitaine...et les maîtres de chantiers...ce qui est certain, est qu'il nous faudra d'autres matériaux...plus solides, mieux travaillés...mais qui reprendra son billet ?

Nous c'est la déception et la colère qui nous gagne...ce navire n'était pas celui que l'on nous avait dit...un fétu de paille là ou l'on supposait du bois noble...on se posait la question...on a eu la réponse quand l'eau nous est passée par dessus la tête..

 

CHF