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TOUT EST ACCOMPLI

Tout est accompli !

 

Tout est accompli, Ivan repose près des siens.

Trois jours à parler, lire et s’informer de tout ce qui s’est passé.

Trois jours à refuser cette vérité atroce, la première phase du deuil : le déni.

Le fameux : “Ça n’est pas possible…“

Comme pour exorciser cette douleur profonde que l’on ressent lorsque l’on est humain, si frêle face à ce qui nous attend.

Trois jours à revoir des séquences de vie, dans la tête.

Trois jours qu’il n’a pas totalement quitté notre esprit.

Ivan était un torero “De France“. ’Ivan était aimé dans notre Sud Ouest, il y avait une place de choix, celle que l’on réserve aux braves.

On ne voit pas mourir littéralement un homme, sous ses yeux, sans questionnements.

Mon métier m’a amené à travailler dans quelques urgences d’hôpitaux et fréquenté pendant plus de 35 ans des blocs opératoires.

J’y ai vu les regards des patients, l’abandon fait aux professionnels et souvent ressenti cet appel au secours : Aidez-moi à vivre, soulagez-moi.

On apprend vite quand on est de l’autre côté, on ne s’apitoie pas sur un enfant, une jeune fille, une personne âgée, on intervient.

Poser ses oripeaux d’humain, pour devenir un professionnel.

Il faut occulter la part humaine d’empathie, recourir au geste essentiel, celui qui peut encore changer le destin…une vie…désacraliser l’être, la fille, la mère, le père etc..

Et je connais aussi le regard profond échangé, quand il n’y a plus rien à faire, et la charge sur les épaules de l’annonce aux familles.

Les doutes ont surgis comme toujours et l’AMAC l’équipe qui est intervenue en a été très marquée. Je leur envoie mes amitiés et je sais la probité, le sérieux et le professionnalisme du Dr Darracq de son équipe et tous ceux à Aire comme à Mont de Marsan ont essayés de sauver un homme touché mortellement.

Mais que faire face à l’immense impuissance ?

La place est au deuil, au silence et au recueillement.

Le reste, tout le reste viendra plus tard.

Comme toujours.

Les aficionados savent que la mort peut survenir à tout moment dans une arène, car la mort est le fondement profond de la corrida.

Mais savoir et voir ne sont pas les mêmes choses.

Ivan est arrivé ici, un jeune homme sur de sa force, debout, il y a trois jours.

Il faisait partie des toreros que l’on voyait souvent, il était “proche de nous“ finalement.

Hier ses cendres, en présence du “mundillo“, des couronnes de fleurs, des larmes et son visage dans la tête de milliers de gens.

Et le silence,

Celui de ceux, abjects, qui salissent le plus sacré de notre humanité : “ la mort d’un homme.“

Celui du sable des arènes,

Celui du campo où paissent des toros qu’il faudra bien défier un jour,

Celui de la chambre d’hôtel,

Celui des vierges et des saints, et celui des médailles,

Celui de la maison où il ne sera plus,

Celui du columbarium où reposent ses cendres.

Et Celui de la Superbe photo du Pana, offerte par mon ami Gaston Ramirez Cuevas, et dont j’ai plaisir à me dire qu’il l’attend là haut, cigare à la bouche, avec un clin d’œil.

Le silence entrecoupé de sanglots de ceux qui vivent cette mort au quotidien désormais.

Le silence des nuits sans sommeil.

Et celui d’une enfant de deux ans qui dort dans un souffle léger.

Et enfin le silence que feront tous les paséos à venir les yeux levés au ciel.

Car tout est accompli.

CHF