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UN ANGE EST MORT

 

UN ANGE EST MORT

 

30 Août 1985

José Luis Carabias, grand revistero Espagnol titre: “un ange est mort“

L'Ange c'est José Cubero Sanchez dit: El Yiyo.

Il est 20H45, après les cris et le murmure c'est le silence, pesant, définitif.

La place de toros de Colmenar Viejo, trente kilomètres au nord de Madrid, vient de vivre ce que tous redoutent dans ce sacerdoce qu'est le jeu mortel avec les toros, la mort de l'homme.

Il n'y a plus rien à faire, c'est l'heure des larmes et du deuil.

Il avait 21 ans et était l'un des grands espoirs de la tauromachie.

Sur le parvis des arènes de Las Ventas, sa statue perpétue sa mémoire.

 

Le Yiyo n'aurait pas dû être présent à cette corrida, le cartel Antoñete et Jose luis Palomar devait être complété par curro Romero..celui-ci n'honorera pas ce contrat, et c'est le Yiyo qui toréera avec Antoñete.

Le jeune homme est né à Bordeaux, mais ses parents émigrés retourneront à madrid alors qu'il est adolescent. Élève de l'école taurine de Madrid il sera considéré comme Madrilène.

Il est courageux, très technique et semble reconnu par tous comme le torero d'avenir.

 

Il est des choses sinon étranges, mais qui laissent à penser, à réfléchir.

Hier je passais chez mon ami Nicolas Soleil, afin de faire le point sur la féria passée.

Descendre l'escalier pour aller dans l'appartement privé qu'il occupe dans son hôtel me donne toujours un frisson. Cela vient de la photo qui est là contre le mur, on y voit Nimeño II, Paquirri, et El Yiyo donnant un tour de piste en compagnie de l'éleveur Domecq je crois.

Les trois ont disparus, par, ou à cause du toro...

Plus troublant encore, quand Paquirri meurt, c'est le Yiyo qui tue, a Posoblanco le toro Avispado de Salayero y Bandres quasiment une année après...

En ce jour fatidique, ou le Yiyo perd la vie, il porte exactement le même costume, que celui que portait Gallito le jour de sa mort.

 

 

20H45 Burlero dernier toro de Marcos Nuñez de la tarde, dernier toro de sa vie.

Le yiyo est très vite en confiance, ce petit toro negro y blanco bragado aux cornes Gachitos embiste et fait l'avion. Au sortir des piques le Yiyo lui sert un excellent quite par Chicuelinas...Le YiYo veut briller, madrid se cherche un successeur au monstre qui est là dans le callejon à l'observer.

Et en effet Antoñete a adoubé tacitement ce jeune homme dont il ne tarit pas d'éloges.

La musique joue, le public s'emballe, la faena est profonde, sincère, José Cubero se croise.

Il temple des naturelles qui arrachent des: “olé“ de plus en plus sonores il est le classicisme le plus pur, un “faenon“ diront certains.

Le Yiyo va chercher l'épée de mort, détail, la musique ne s'est arrêtée que lorsqu'il revient vers son adversaire.

Burlero le regarde. Nul doute que Le Yiyo sait que si il tue bien, ce sont deux oreilles, peut être plus..il est en grande forme et sa saison se passe plutôt bien.

Il se profile, se jette dans le berceau, les cornes disparaissent de sa vue.

Le choc est violent, il pinche, ne lâche pas son épée...il est applaudit, rien n'est perdu..

Il se profile de nouveau, le toro maintenant est face à lui, il fera une sortie contraire...il s'élance, plonge vers son destin..la lame est entière, il se mouille les doigts, il bascule sur le côté..et s'écarte ensuite...tout va très vite..

Le toro charge épée enfoncée jusqu'à la garde, il déséquilibre le Yiyo, les péons agitent leurs capes, l'un d'un côté, l'autre en face, le toro hésite, balance la tête vers l'un, vers l'autre une seconde.

Une seconde d'éternité.

Le Yiyo roule au sol, Burlero passe entre les deux murs de tissus, et plante sa corne sous l'aisselle du matador.

Il le soulève, le Yiyo est debout, suspendu par la corne, qui vient de déchirer son cœur juvénile, il est en train de mourir.

Ses yeux se révulsent, le cœur coupé en deux sur huit centimètres, il arrive à se dégager, enfin, et court instinctivement vers la barrière soutenu par El pali, son péon de confiance.

Il souffle :“celui-là m'a tué“ et s'écroule.

Jose Luis Palomar le troisième torero sauté en piste, il le soulève, comprend la gravité de la blessure

On le porte, on court vers l'infirmerie, l'affolement et la stupéfaction...

Le Yiyo est mort

Antoñete vient de tomber à genoux dans le callejon, il pleure....a des centaines de kilomètres de là, une tonne de chagrin et de remords recouvrent le corps et l'âme de Curro Romero...

L'onde de choc est terrible, en France, ou il avait de nombreux amis, et En Espagne, mais aussi en Amérique du Sud ou il avait triomphé l'hiver précédent.

 

Le lendemain, vêtu de grenat et corbeau, le corps du jeune homme de 21 ans est exposé au public à Madrid.

On dirait un ange, un ange mort.

Le surlendemain, son cercueil ouvert, permet au public de le voir une dernière fois, il effectue une vuelta posthume du ruedo de Las Ventas, celle réservée aux toreros morts en piste.

 

Le Yiyo fait partie avec, Paquirri des toreros que j'ai connu de leur vivant, et qui sont morts d'avoir recherché l'inaccessible, et l'indicible.

Je pense à lui, en ce jour anniversaire.

 

 

CHF

UN ANGE EST MORT

Ce récit digne et poignant tranche avec le déprapage des guignols du Point...