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UNE FAENA

Une Faena

 

Je le disais hier en sortant de la bien triste corrida de Montealto, je ne me souviens pas d’avoir vu Alberto Aguilar Fanny.

On l’a vu en dedans, on l’a vu fatigué, mais toujours concerné, il faut dire que le gamin se prend un paquet de tontons qui cherchent à le flinguer à longueur d’année.

 

Alors, lorsque sortent des sucreries qui se délitent, Alberto se sent un peu confus.

Il se trompe tout le début de sa faena, en voulant humilier un toro pour figuras, comme il le ferait d’un vulgaire Palha.

Bien conseillé, il se reprend, s’éloigne de l’animal suffocant, prend de la distance et le laisse peu à peu reprendre confiance.

Comme il n’est pas fainéant, Alberto se croise, tire les passes avec lenteur, et une profondeur qu’on ne lui connaît pas.

Il passe de l’état de bucheron à celui de sculpteur. Le voici ciselant des véroniques, des demis, des passes interminables de douceur. Il torèe, menton rentré, de ceinture et de cap comme disent les gascons et certains Espagnols.

Il réfléchit, prend le temps, torèe comme n’ont pas toréé jusque là les figuritas.

 

Bien sûr, avec raison, le sept engueule la terre entière : Des toros réclament ils…

Mais voilà que notre quadrupède se requinque et qu’il va a mas pousse des reins, charge franche. Il ne saute plus (les passes de châtiment du début ?) il embiste, corne gauche, corne droite. Alberto se croise, il devient chamallow, guimauve suave, prêt à être dévoré, mais, sans jamais, s’en laisser compter.

Il a soif le jeune homme, il boit à la source pure du toreo dont il doit rêver après chaque guerre victorinesque, ou Miuresque.

Il devient peintre, et sa muleta est pinceau, il glisse sur le sable des griffures légères du bout de la muleta.

Mais tout à une fin, quand il revient chercher l’épée, son regard illumine jusqu’au Prado, ou tous les velasquez du monde l’attendent, marin conquérant de retour.

 

La toile est bientôt achevée, manque la signature, il la dépose, avec ferveur le volapié parfait. Je suis debout, le sept aussi, et le neuf et les autres…ici Madrid, une oreille pour l’épée, la seconde est perdue sans doute pour le début de faena..à voir.

 

En sortant nous croisons des Français en vadrouille, on a oublié, Capea, dont malheureusement le seul acte taurin est d’être le fils de son père.

On a oublié Ritter le colombien, pas maladroit il y a une semaine et qui écope du troisième avis au moment ou le toro tombe après mille descabellos.

Nous embrassons Juan Carlos Venegas, qui, ce soir va combattre les Cuadri.

 

Le ciel de Madrid est beau, cette dernière faena sauve la tarde, comme souvent, bien souvent, Alberto rêve de gloire sur des toros qui ne lui sauteraient plus à la gorge, mais dans la muleta. Il est heureux. Il est déjà presque onze heure, la soirée ne fait que commencer.

 

CHF