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Une si grande solitude

Il est seul. Immensement seul.

Assis la, depuis un bon moment, il lui fait face dans le silence absolu.

De ses longs cils harmonieux, son regard eperdu le transperce, file le long du Guadalquivir, rebondit et se jette dans l'Ether bleu dur d'un ciel completement pur.

Dehors trissent les hirondelles qui transpercent d'un son joyeux et apaisant les murs anciens.

La main tendue qui tient un chapelet que les pelerins baisent en temps mormal et aux rameaux, semble montrer les dalles. Il y a dans l'air leger un melange de calme, de purete, et un je ne sais quoi d'etrange. Personne ou si peu viendront baiser les doigts saints de la vierge en larme.

Seville s'est eteinte comme toute l'Espagne, et a l'exception des ambulances et de quelques uns la cite s'est endormie. La rumeur intense des rues engorgees n'est plus qu'un vide sideral, ici aussi, la planete est de peur.

Les yeux etonnes de la Maestranza fixent aussi l'avenue Cristobal colon que seules quelques voitures autorisees traversent avec discretion, les Dieux vivants ne traverseront pas le grand desert de peur et de triomphe pour affronter le noir vivant de leur mort en miroir.

Pelerins et hermanades, cofrades et tous ceux qui aiment Seville du fond du coeur ont le coeur qui se serre. la Semaine Sainte commence, mais, sans eux, sans ce rite qui unit epaule contre epaule le melange Divin et a la fois Paien de la semaine Sainte.

N'est-ce pas la, le retour a l'essentiel. le retour a l'humain et ses souffrances, morales et physiques et l'occasion reelle de se recentrer sur ce qui fait nos vie humaines, et l'espoir necessaire d'une vie traversee de tant de joies et de peines?

Nul doute qu'apres les offices religieux, les pensees intimes et profondes sur les fondements que sont la vie et la mort et tout ce qui nous distingue de l'animal, et des que cette pandemie en sera terminee, retournant au monde qui nous entoure, et respirant l'air embaume de nos vies retrouvees, nous aurons a soigner des plaies beantes.

Celles de ceux que l'on aimait et qui nous ont quittes, celles de ceux qui apauvris encore auront a relever la tete de nouveau, et tous ceux, freres humains qui auront a subir de plein fouet cette periode trouble, d'une maniere ou d'une autre.

La bas, au fond de la cathedrale, les cinq larmes eternellement versees de la Macarena irrigueront un espoir d'un monde nouveau qui coulera encore au coeur des pelerins et des croyants du monde, mais aussi a tous ceux qui auront a boire aux sources d'un espoir retrouve.

En attendant, lui, reste seul, desesperement seul et assis, sous l'ombre bienveillante de la vierge au visage penche sur les douleurs du monde. 

Et il prie.

CHF