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Une voix dans la nuit....

J'ai essayé, encore et encore, 



la sonnerie du téléphone, persistante,



au bout rien.



Le silence.



J'ai pris quelques jours, la montagne, les pics rocheux, changer d'atmosphère, contempler dans le silence des touristes repartis, les drus, l'aiguille de la République, les petites et les grandes Jorasses, le mont-blanc.Marcher, marcher dans l'éther raréfié, écouter son souffle, le battement du sang dans les veines, tout ce qui te dit: “tu es vivant.“



Je recommence, le ventre noué, je vérifie encore le numéro, que je connais pourtant par coeur.



Paul, mon fils, est là bas, à Paris,



il réside si près de l’endroit ou se déroule le terrible drame, ...quelques rues, à peine, déjà en Janvier...



Ou es-tu, a cette heure, mon fils?



Réponds.



la Télevision, les chiffres se multiplient, le sang les morts, les blessés graves, les explosions les tirs, le bataclan ou tu étais encore samedi de la semaine dernière..ou es-tu?



Le Cervin, le Matterrhorn, la montagne sacrée, celle du Toblerone, du Victorinox. Zermatt est magnifique sous le soleil inouï de ces derniers jours. La nuit est tombée, seuls les refuges qui abritent ceux qui demain vont gravir le mythique sommet, luisent encore dans l'obscurité.Comme des lucioles, des souffles de vie dans le minéral hostile, demain ils joueront leur vie, parcequ'ils sont jeunes, pour vaincre la mort. Des toreros des cimes.



Qui sont ces fous, si jeunes, qui tuent en donnant leur vie, et pourtant de la manière la plus lâche qui soit, puisque anonyme, au nom de quoi?



Interdire:



Le rire, la vie, 



La musique, le chant, l'art.



La liberté celle des femmes, des enfants avant tout.



le droit de prier, d'aimer, ailleurs, différemment.



Le droit d'être différent....simplement.



Ceux-là ne sont d'aucune obédience autre que celle de l'intolérance, de la radicalisation, sans autre distinction que celle qui fait que tout ce qui n'est pas eux, doit être détruit.



Certains ont essayé, le: “je suis Paris“ mais ça n'est plus la même sauce que “Charlie“ ceux qui gisent là, n'ont offensés personne, n'ont pas dessiné, ni même insulté le “prophète“ certains même le prient au quotidien. Ils gisent là, aussi, leur sang mélangé aux autres.



Il y a le silence plus puissant que les cris, il y a l'horreur, et ce sentiment diffus d'abassourdissement qui se transforme peu à peu et prend corps...



Alors quoi? 



Violer Marianne, la souiller, l'abattre? 



Marianne, c'est nous tous, mêmes droits, mêmes lois.



Au milieu des cris des sirènes de police et des secours, une voix dans la nuit...Paul...enfin.



Mon fils est vivant, il est réfugié chez des amis à Montorgueuil, mes yeux s'embuent, je pense à ceux qui comme moi ont attendus et attendent encore vainement la voix de ceux qu'ils chérissent.



Et maintenant que mon coeur reprend son rythme, dans Zermatt insouciante, qui ne sait pas encore, je respire à pleins poumons.



C'est la colère qui m'envahit, c'est aussi ce que m'a dit la voix dans la nuit, et que j'ai essayé de calmer, de mes paroles de père...cette colère puissante, qui pousse à la détermination, et pas à l'aveuglement.



Aucun de tous ceux-là, jamais ne nous ferons plier par la force brute, ou alors un temps comme l'a montré l'histoire, dans le passé de tous ceux qu'un joug ignoble a voulu humilier, meurtrir, ou châtier, au nom de Rien, de Dieu, de l'ignoble ou de la crasse bêtise, de la haine aveugle, de l’obscurantisme, du savant calcul, de “l’hum…anerie“ en sorte...



Ce qu’ils ne savent pas, c’est qu’Il y a toujours des hommes pour relever la tête, ici, ailleurs, pour lutter contre l'indicible, au nom de l'humanité.



Comme cette montagne immuable, ce caractère qui fait de nous des hommes si loin des simples animaux.



Comme l'espoir renait, encore et toujours, du plus profond de la pire des horreurs, cette capacité de vivre.



Parce qu'il est dans nos gènes d'humains, au delà du pire.



Au delà de la mort.



Parce que demain, il fera jour, malgré les corps et les coeurs meurtris, et que la vie reprendra son cours, l’innocence en moins.



Comme toujours, avec sans doute l’espoir, vain, d’une humanité unie,



Mais aussi celui d’un peuple, debout, comme un chant d’espérance.



Comme cette voix dans la nuit.



CHF