Edition 2019 réussie par le Club Taurin Vicois qui présentait une affiche alléchante avec les habituelles prises de risques. Côté taureaux, le retour en France des Cebada Gago, une nouvelle présentation des Pedraza de Yeltes après l'échec de l'année dernière mais avec le goût de « revenez-y », le pari des Dolorès Aguirre et la conviction (non partagée en Espagne) que la corrida concours présente encore de l'intérêt. Côté hommes, des confirmés dont il faut mesurer le degré d'engagement au delà des émoluements, des jeunes n'ayant que peu d'activité, donc d'expérience et les locaux soutenus par leurs supporters.

La météorologie prévisionnelle a été contredite dans les faits avec des températures agréables et des nuages maintenus à l'écart en périphérie, même le lundi gris et frileux a été réchauffé par des Pedraza de Yeltes qui avaient décidé d'occuper le terrain et d'attendre ou de chasser leur adversité.

L'affluence a paru bonne autour des deux tiers et trois quart d'arène pour chacune des corridas et très satisfaisante pour la novillada d'ouverture. Le public a eu des réactions justes et intéressantes avec le bémol habituel d'un encouragement excessif pour les locaux Dorian et Thomas. Côté trophées, des interrogations pour l'attribution généreuse d'oreilles à la novillada d'ouverture, à la première corrida et à la dernière alors que les pétitions étaient minoritaires. Positivons aussi avec la vigilance des palcos au regard des piques, des banderilles et des avis.

     Les astres doivent être alignés pour le tiers de pique, en effet après la réussite à Alès (30) le weekend précédent, la féria de Vic a largement satisfait les aficionados. En effet il y a eu au total 73 piques compte non tenu des nombreux retours spontanés des taureaux au cheval sans mise en suerte. Mais les difficultés présentées par le bétail ont amené trop de picadors à pomper, à replacer les piques au delà du nécessaire et aux péons à tarder à sortir les taureaux du cheval. Par ailleurs des questions doivent être posées au sujet des chutes des montures, près de 10 et les nombreux affaissements des chevaux contre les planches : au delà de la puissance développée par les taureaux les causes peuvent-elles venir de la conception du caparaçon, du dressage des chevaux ou de leur état général ? Une certitude, il y a eu trop de renversements d'équipages même avec les picadors les plus confirmés. Á signaler la prestation remarquable de Tito Sandoval piquant pour Domingo Lopez Chavez « Matablanca », le pupille de La Quinta, et la pique d'école donnée à « Miralto », le Pedraza de Yeltes, pour le compte de Miguel Angel Pacheco par Gabin Rehabi.

Palmas vicoises pour Dominigo Lopez Chavès dont l'efficacité se nourrit de la justesse de ses gestes et de la simplicité du personnage, pour Miguel Angel Pacheco dont on gardait le souvenir de son parcours de novillero qui avec une seule année d'alternative a su toujours se croiser et s'engager à l'épée ce qui lui vaudra de gagner le remplacement de Roman blessé grièvement à Madrid. Palmas aussi pour Daniel Luque qui méritait au moins la deuxième oreille pour avoir été très présent devant les Pedraza.

Pitos, avec le respect que l'on doit à tout torero, à Rafaelillo qui n'a pas respecté la règle de la corrida concours où on attend que le torero « montre » les taureaux, le difficile Satillo méritait un plus grand engagement et il n'était pas nécessaire de casser le Pagès Maillan.

Deux toreros ont déçu : Javier Jimenez dépassé par la caste de son lot et Juan del Alamo qui malgré de bons gestes n'a pas pu conclure, écoutant les trois avis.

Si Ruben Pinar n'a rien apporté devant les Cebada Gago, Alberto Lamelas a surpris heureusement dans un registre qu'on ne lui connaissait pas, la mesure, le temple, un toreo apaisé devant des taureaux de respect (Partido de Resina et Los Maños), sans défaillance à l'épée, il pouvait couper.

Octavio Chacon a mal tué ses deux adversaires exigeants alors que Thomas Dufau héritait du meilleur lot et aurait pu proposer des faenas plus profondes pour justifier pleinement sa sortie a hombros.

Et, je n'ai pas vu Cristian Parejo très bon et très prometteur, paraît-il, devant un bon bétail présenté par Pascal Mailhan, erreur majeure à rectifier rapidement.

Conclusion : là où il y a du taureau, tout va !

     Cette feria aura été celle de Manolo Vanegas à qui seront offerts plusieurs brindis, Vic lui rendant un hommage appuyé à l'heure où le premier torero ayant obtenu son alternative dans les arènes Joseph Fourniol est confronté à un long combat. Ce fut un moment particulièrement émouvant lors de sa rencontre avec ses compañeros à l'issue du paseillo le samedi soir.

 

Et pour les courageux qui veulent en savoir plus :

 

Samedi 8 juin 2019 – novillada piquée – 4 El RETAMAR 4 – pour André Lagravère « El GALO » et Dorian CANTON

Le bétail a déçu malgré une belle présentation. Bien en tête, ils ont peu donné au cheval, sans charge le 1, présentant des faiblesses aux antérieurs les 2 et 3, mais applaudi à l'arrastre le 4.

El GALLO a vendangé ses deux novillos, la pose des banderilles par lui même puis partagée avec son péon David Adalid ne cachant pas ses insuffisances à la muleta : absence de poignet et de dominio. Les faenas superficielles ont été mal conclues à l'épée.

Dorian CANTON coupe 2 oreilles sur pétitions minoritaires après des épées correctes. Il n'a pas donné l'impression d'avoir tiré la substance des novillos, un certain manque de profondeur laissant une impression mitigée.

 

Samedi 8 juin 2019 – corrida – 6 Cebada Gago – pour Octavio CHACON, Ruben PINAR et Thomas DUFAU

Diversement appréciés les Cebada Gago étaient bas pour 2 exemplaires et bien dans le type, les 4 et 6 sont applaudis à leur entrée. Ils ont été difficiles à fixer et ont joué de la tête, peu présents aux piques, insipides les deux premiers. Plus abordable le lot de Thomas Dufau.

Octavio CHACON fixe difficilement son premier taureau qui va trois fois au cheval sans pousser et ne suit pas aux banderilles. Il doit faire avec une tête mobile et sans charge sur les deux cornes. Il le tue d'une entière tombée, son puntillero étant défaillant. Quelques applaudissements à l'arrastre et salut au tiers.

Il accueille son second d'une cape puissante et efficace. Le picador est conspué en rapport à la dose de piques mal données. L'entame est faite de doblones et trincheras. Le taureau, encasté et collé à la muleta, ne passe pas à gauche et finit par désarmer le torero qui tue mal, 5 gestes lui étant nécessaires. Applaudissements à l'arrastre, salut de Chacon au taureau et salut au tiers.

Ruben PINAR n'a pas donné l'impression de vouloir s'imposer à son adversité. Il a conduit deux faenas extrêmement prudentes sans jamais s'exposer. Il aura suffi de brosser la poussière du costume pour le rendre présentable à Nîmes... Son attitude a entraîné des remous sur les gradins. Sifflets à son premier qui est applaudi à l'arrastre . Bajonazo à son second...

Thomas DUFAU voit son picador sifflé pour trois piques pompées. Il gagne le public après un départ laborieux à droite par deux séries à gauche et en concluant cette faena courte d'une belle épée. L'opinion se divise logiquement et la présidence sera conspuée pour avoir accordé l'Oreille sur pétition minoritaire.

Á son second et après 2 sales piques pompées et vrillées la présidence refuse un troisième assaut alors que le taureau avait été mis en suerte. Thomas Dufau servira une faena intéressante qui aurait pu contraindre encore plus le taureau, L'épée sera décisive permettant la sortie a hombros généreuse ce qui n'est pas non plus le triomphe proclamé par certains.

 

Dimanche 9 juin 2019 – Corrida Concours – avec RAFAELILLIO, Domingo LOPEZ CHAVEZ et Alberto LAMELAS suppléant Roman

SALTILLO dénommé « Soriano », n° 47 né en janvier 2014, est châtié par 4 piques trop longues et une cinquième sur le chemin de retour du cheval au patio. Bronca. La faena manquera de rythme RAFAELILLO restant sur la réserve. Il le tue de trois gestes dont une entière pas en place.

LA QUINTA dénommé « Matablanca » n°83, né en octobre 2013, il permet une démonstration donnée par Tito Sandoval qui est renversé par un taureau puissant qui pousse longuement le cheval. Domingo LOPEZ CHAVES conduit une faena efficace dans le calme avec souplesse et sans aucun geste démonstratif. L'épée est convaincante pour une Oreille méritée. Vuelta pour le taureau accordée et salut du picador.

PARTIDO de RESINA dénommé « Excitado » n° 17, né en janvier 2015, est très beau et très armé. Il va trois fois au cheval selon des distances progressives et se manifeste de façon désordonnée dans le caparaçon et et en sortant seul. Il gardera la tête haute tout en montrant de la noblesse. L'ayant accueilli par deux largas afaroladas de rodillas, Alberto LAMELAS lui servira une faena apaisée avec de belles séries malheureusement mal conclue d'une épée basse et delentera après pinchazo.

Applaudissements à l'arrastre et vuelta pour Alberto.

PAGES MAILLAN dénommé « Judio » n° 566, né en mai 2015, est applaudi à l'entrée et reçu par une larga de rodillas de RAFAELILLO. Il chute avant et après les piques, le torero ne faisant aucun effort pour le montrer, sa muleta très basse accentuant le problème. Le taureau ne sera pas vu et tué d'un bajonazo.

FLOR DE JARA dénommé « Pies de Oso » n° 56, est né en décembre 2014. Il est conduit au centre de l'arène par un travail à la cape efficace et ciselé de Domingo LOPEZ CHAVES. Il provoque la chute du cheval mais restera trop longtemps dans le caparaçon. Par la suite il ne répète pas et ne transmet pas. L'épée entière ets caïda. Silence.

LOS MAÑOS dénommé 'Joterito » n°37, né en février 2015 vient mollement au cheval sans s'y employer. Il ne permet pas grand chose à Alberto LAMELAS qui confirme sa nouvelle manière de toréer avec application et sera mal tué de 3 épées dont un bajonazo décisif. Silence.

 

Dimanche 9 juin 2019 – Corrida – 6 Dolorès AGUIRRE 6 – pour GOMEZ del PILAR, Javier JIMENEZ et Miguel Angel PACHECO

Les taureaux sont très bien présentés et applaudis à leur entrée en scène. Ils démontreront que l'âge, 4 ans et 3 mois pour le plus jeune sorti en quatrième et 5 ans et 7 mois pour le plus âgé sorti en en troisième position, n'influe pas toujours le comportement. Les deux premiers en piste sans trop de saveur décevront et les trois derniers raviront les aficionados.

GOMEZ del PILAR rate sa porta gayola le taureau sortant au pas comme tous ses frères et cousins de camade. Mal piqué il montrera de l'allant et un fonds de noblesse avant de baisser de rythme et de s'aviser. L'épée sera basse. Applaudissements à l'arrastre.

Son second, le plus jeune de l'envoi, mettra la panique dans l'arène. Il sera difficile à mettre en suerte et poussera le cheval jusqu'aux planches. Il désarme le péon de brega et poursuit les banderilleros. Á la muleta il refuse de passer et ne concéde que très peu de terrain se défendant sur place. Gomez del Pilar renonce et le tue d'un pinchazo suivi d'un bajonazo.

Javier JIMENEZ, sans recours, n'a pu rien faire ni devant son premier très armé, portant la tête haute et adepte des coups de tête. Après deux piques en venant du centre, le genio du taureau révèlera les limites actuelles du maestro qui, après un pinchazo, place une épée entière bien plate qui fera effet.

Son second bloqué sur ses pattes avant ne passera jamais ni à la cape ni à la muleta malgré un traitement sévère de quatre piques lors d'un tiers agité pour le cheval et le cavalier qui en perdra le castoreño et sera applaudi. Même comportement de manso con casta aux banderilles permettant le salut du péon valeureux. Sans solution Javier Jimenez tuera de deux pinchazos suivis de deux épées après un avis.

Miguel Angel PACHECO voit son premier entrer au pas et dédaigner les leurres. Il se montre manso à la pique refusant tout remate. Compliqué aux banderilles, il ne répond pas aux sollicitations des piétons. Pacheco mène une faena sérieuse essentiellement droitière en faisant fi des nombreux coups de tête. Avant de se faire bousculer sans conséquences. L'entière en place nécessite un descabello.

Le dernier, dénommé « Volontario », est très présent, il renverse l'équipage en poussant fort puis diminue en intensité jusqu'à la quatrième pique donnée pour la forme. Le taureau a de la charge mais avec du genio. Le torero s'arrime, se croise et conduit une faena courageuse en allant chercher la moindre passe dans les cornes jusqu'au clash en donnant une passe de poitrine. Choqué il se reprend pour un final d'émotion signé d'une grande épée. L'Oreille tombe logiquement, elle sera très fêtée.

Conciliabules à la barrière avant que Dédé Cabannes n'annonce au micro que M A Pacheco remplacera Roman, grièvement blessé à Madrid.

 

Lundi 10 juin 2019 – Corrida – 6 PEDRAZA de YELTES 6 – pour Daniel LUQUE, Juan del ALAMO et Miguel Angel PACHECO

Les taureaux sont très charpentés et armés à l'excès, ils répondent présents au premier tiers en venant de loin et en poussant avec les reins et ils ont permis à la muleta. Á noter un nombre important d'avis ce qui peut être qu'un signe des difficultés rencontrées dans l'arène.

Daniel LUQUE a été bon à ses deux taureaux. Son premier ira par trois fois au cheval sans violence mais avec la force des reins. Quite de Del Alamo. Après de belles séries sur la rive droite le torero s'essaye à gauche avec des résultas mitigés, il revient corne droite mais le bicho a perdu de la charge. Il le tue d'une entière engagée un brin tombée. L'Oreille est accordée sur une pétition qui n'était pas majoritaire ce qui vaut des sifflets à la présidence.

Son second, le plus jeune, prend trois piques, la deuxième manquée. Aux banderilles, il faudra cinq passages pour qu'il n'en soit posé que trois ce qui déclenche les sifflets envers la présidence. Le taureau a pris de l'assurance. Daniel Luque le reprend à gauche puis à droite avec autorité et détermination clôturant par des trincheras. Conclusion par une belle épée, d'où une deuxième Oreille et la sortie a hombros méritée. Applaudissements à l'arrastre.

Juan del ALAMO n'était pas dans un bon jour. S'il réussit quelques séries de qualité il a failli à la mort entendant 1 puis 3 avis. Son premier prend trois piques en venant de loin la troisième demandée par la présidence avec charge depuis le centre et vara cassée au contact. Del Alamo perd la main à droite et se fait désarmer trois fois. Pour en finir une épée sous-cutanée, deux pinchazos et une entière trop plate. Applaudissements à l'arrastre.

Son second se blesse à l'encolure en fouraillant sous le cheval renversé et sera remplacé pour invalidité. Le sobrero se casse le bout de la corne gauche en tapant les planches. Il pousse à la première pique. L'entame se fait par doblones et permet de belles séries à main droite. Juan entend les trois avis n'ayant pu conclure dans les délais réglementaires avant de retourner dans le callejon dans le silence et avec le respect du public. Le taureau est puntillé en piste.

Miguel Angel PACHECO n'a pas été aussi gagneur qu'il l'avait été la veille, sa cuadrilla non plus mais il n'a pas démérité, loin de là. Son premier se révèle distrait à la cape et va au cheval sans sollicitation semant la panique. Il le renverse une première fois, plonge sous le cheval à la deuxième pique, la troisième étant classique. Il chargera depuis la porte du patio de caballos pour la quatrième. Il poursuit aux banderilles. Pacheco parvient à le tenir dans la muleta sans se faire toucher en alternant sur les deux cornes. Il sera difficile à cadrer ne voulant pas sortir de sa querencia. Bajonazo. Le taureau valait plus que ce qui lui a été demandé. Pacheco salue au tiers et se voit refuser la vuelta.

Son second sera piqué très proprement par Gabin Rehabi, la troisième ayant été demandée par la présidence. Après une bonne entame le taureau va a menos. Deux avis seront sonnés à la mort donnée d'une entière en place nécessitant plusieurs descabellos. Applaudissements.