La journée « Toros y Vinos » n’a pas manqué de sel avec dès le matin l’annonce du changement de la ganaderia de Hoyo de la Gitana par des novillos de la Cruz, d’origine Buendia produits par les Frères Granier. Les informations allaient bon train et ce que l’on peut en retenir c’est que les novillos étaient plus que vifs lors de l’embarquement puis au débarquement. Au fil de leur séjour dans les corrals, ils ont développé des signes de boiterie (fourbure, langue bleue, autre cause ?) et de faiblesse sans que leur état ne s’améliore malgré les soins, seuls 3 novillos semblant aptes au combat sur les neuf. Au vu des risques encourus une décision radicale s’est imposée, elle a été prise samedi après-midi. Le  choix des novillos a été fait pour deux raisons : la délivrance des papiers administratifs ne pouvait se faire dans les délais contraints pour du bétail espagnol et le lot provençal avait été visité au printemps dernier en vue de la féria 2016. Ce sont des novillos sortis du pré, donc nature et sans préparation qui ont été combattus, juste descendus du camion et enfermés directement dans les chiqueros sans passer par les corrals.

La présentation du bétail est exemplaire, bien dans le type et fortement armés. Ils feront preuve de comportements différents avec toutefois une constante, celle de mettre les jeunes hommes devant leurs responsabilités. Au final, les 2500 personnes présentes se sont déclarées très majoritairement satisfaites.

L'encierro du matin à la gersoise

Manolo VENEGAS(Vénézuela), accueille le n° 30, légèrement bisco à la corne gauche un peu escobillée, par une série de 3 véroniques et une media. Les 3 piques (mal posées : dos, épaule et dos) ont provoqué une charge bien droite de la part du novillo qui montre une réelle bravoure. Menaçant de la corne droite il ne délivrera que des demi-charges et se désintéressera du combat. Il en sera de même à gauche en se défendant sur place de la tête. Manolo se montrera courageux et il le couchera d’une épée « rageuse » contraire posée en bonne place mais trop plate qui nécessitera un descabello.

Manolo VANEGAS dans ses oeuvres

Après une entame par des véroniques en paron, le n°16 acceptera 3 piques dont 2 posées dans le dos et une carioca. Il vient franchement mais pousse peu. A la muleta il donne de la tête de manière désordonnée. Intelligemment Manola Vanegas construira une faena exclusivement gauchère, un combat d’hommes. Il conclue d’une entière engagée, caïda et d’effet immédiat. Applaudissements à l’arrastre et oreille.

Guillermo VALENCIA  (Colombie) hérite du n°26 qui le serre dangereusement contre la barrière en sortie d’une larga afarolla de rodillas. Il fera vibrer les étagères lors du tiers de piques où il échappe à la mise en suerte pour fondre sur le cheval en partant de loin alliant vitesse et puissance, désarçonnant le picador, résultat 4 piques et un palo cassé. Le maniement des banderilles exigera astuce et métiers pour être posées. Brindis au public. Tardo et ne délivrant que des demi-charges il permettra au novillero de bien faire ce qu’il peut faire. Le travail est nécessairement technique. Il lui faudra 3 épées delenteras et plates et un descabello  pour en finir.

Guillermo VALENCIA

Le n°8 paraît moins rapide ou plutôt moins brutal dans son investissement dans la cape. Gabin Rehabi lui applique 4 piques dont 2 en citant le toro par des appuyers acceptés avec aisance par sa monture. C’est un bon cinquième à la charge sincère mais que le novillero semble craindre, il ne l’exploitera pas au mieux. Il est vrai que tirer les passes expose le corps à la corne. Une épée entière mais delentera d’effet immédiat suscitera une pétition que le président ne suivra pas à juste  raison accordant la vuelta au toro et concédant une vuelta très fêtée à Guillermo Valencia.

Vuelta du cinquième

Joaquin GALDOS (Pérou) vu de nombreuses fois dans le Sud-Ouest ne confirme pas l’impression favorable laissée jusqu‘alors par ses prestations. Un jour sans. Il a semblé sur la réserve même si son premier adversaire, le n°32, se révèlera dangereux et qu’il écourtera la rencontre, ce que l’on peut comprendre : 3 piques posées dans le dos, coupe le terrain aux banderilles, ce tiers étant limité à 2 paires. Estimant ne pouvoir rien faire, le toro a-t-il été suffisamment doublé ? Il prend l’épée de mort et le couche d’un bajonazo d’anthologie qui soulève la bronca.

Le n°12 sort fier et la tête très haute il s’abîme la corne droite contre la barrière. La prestation à la cape se résume à un conditionnement du novillo qui suit avec application le novillero toujours en marche arrière. Le picador assassine le bicho de 4 piques puissamment et consciencieusement pompées, ce qui fédère le public contre lui. Le novillo suit aux banderilles. Délicat du fait d’une charge désordonnée Joaquin Galdos le torée sur le voyage abusant du pico, sans jamais se croiser. A noter un mieux en milieu de faena où il parvient à lier 2 séries droitières. Il conclue d’un deuxième bajonazo après un pinchazo et un avis. Applaudissements à l’arrastre et sifflets.

Joaquin GALDOS

En résumé des novillos de très belle présentation, les 2 premiers mansos, un total de 21 piques, trop souvent portées en arrière, où ils s’emploient. Un seul pinchazo, des épées engagées mais 2 vilains bajonazos. Peu de gestes noverils, aucun quite, pas de banderilles par les novilleros, ce qui peut se comprendre au regard du sérieux et des complications présentées par le bétail.

La question qui n’aura jamais de réponse : quel aurait été le comportement des novillos devenus taureaux en 2016 ?