1 contribution / 0 nouveau(x)
VIC...LE COURAGE DES HUMBLES

VIC….

 

 

Cette féria était attendue comme une paye de fin de mois, alors que vous êtes dans le rouge au 15 de celui-ci..

L’an passé il pleuvait des glaçons sans fête, cette année la fête fut belle dans les rues, et plutôt, dans l’ensemble, disciplinée.

Dans le ruedo vicois, on attendait tous, inquiets, le sort, des Pagès Mailhan, qui tombaient encore mieux que ça ne tombait à Gravelotte. ..

Un éliminé, puis deux puis trois pour cause de bataille rangée…Il s’en racontait des choses, mais les membres du club taurin, restaient imperturbables en public, annonçant que quoi qu’il en soit la course sortirait.

Oui, mais comment ?

 

Mais d’abord, le Samedi en guise d’ouverture on eut droit aux Adolfo Martin.

Cette ganaderia, sort beaucoup cette année et a vendue de nombreuses corridas (je m’en étais inquiété il y a quelques temps) c’est pas toujours bon signe, la tentation (comme souvent chez Victorino frères) de mitiger les lots est palpable.

Puis, j’ai eu l’immense plaisir d’assister à la course Madrilène avec Victorino fils, un régal pour mieux comprendre encore les changements qui se produisent sur un toro. La course de la capitale ibérique fut mitigée (3 et 3 toros) et franchement sans flamme, c’est ainsi qu’elle se déroula à Vic aussi.

Un apéritif un peu âpre, quinze piques données au hasard, puis une baisse de force et de moral (même si les piques données sur le milieu du dos, on le sait, peuvent altérer la mobilité du toro..)

Bref le mano à mano de ferrera et Escribano se solda par quelques paires de banderilles bien données (dont la devenue célèbre “cul aux planches“ d’Escribano) et puis plus grand-chose, peut -être le quatrième, car Escribano sut lier quelques muletazos en se croisant, mais à vrai dire rien de transcendantal.

On sortit des arènes avec un sentiment d’inachevé.

Les paires de banderilles, et les fausses contorsions ne suffisent pas au public vicois, tant mieux.

 

Dimanche matin

Le lot de Cebada Gago sortit complètement dans le type, fort et armé, et retors tout en gardant ce fond de noblesse qui permet, lorsqu’on s’engage, de les toréer.

J’aime bien Vilchès, et je le trouve très honnête, il le fut avec ses deux toros, il se rata aux épées (sans doute pour n’avoir pas assez travaillé vers le bas) mais il fit preuve d’élégance et d’entrega, tout au long de la matinée, on sent bien qu’il lui manque de la compétition, mais il eut des gestes sobres et intéressants. L’oreille prise à son second était méritoire.

Alberto Aguilar n’en finit pas de ne rien faire (échec Madrilène il y a quelques jours) échec à Vic. Oui bien sur, ça n’étaient pas des bonbons, et bien sûr oui, il est tout petit (souvent ce sont les dames qui disent ça.) le constat étant fait, il passe à côté, ne veut pas voir, et ne voit pas, envoie balader le toro à Castera-Verduzan, ou il n’a rien à fiche bref rien et rien, ne parlons pas des mises à mort ou son poignet fait défaut au descabello, quasi systématique sur les mises à mort.

Perez Mota permit au public, de sortir heureux des arènes, notamment sur le sixième qu’il toréa de classe, allongeant la passe et baissant la main, l’épée fit tomber les deux oreilles du palco (une seule suffisait) mais l’autre n’était pas vraiment volée, aussi ce dernier toro donna du baume au cœur, et de la conversation au repas du midi.

 

L’après midi, ça bruissait partout dans les tendidos, comment allaient sortir les Pagès Mailhan, la vidéo du débarquement ayant fait le buzz, et les changements ou pas annoncés, chacun y allait de son commentaire.

 

Ben comme à Saint Martin de Crau, les uns épuisés et les autres blessés, les Pagès Mailhan ne firent même pas illusion, sauf au capot, carrosserie impeccable  et au porte manteau…

Sinon : ce fut la bérézina la plus totale, pour les quatre finalement mis en piste.

Les deux remplaçants, exemplaire de Cebada Gago (cinquième et sixième) firent le boulot, le cinquième arrêté, donnant des coups de tête, concéda le passage à Joselito Adame qui tenta tout ce qu’il pouvait, mais malgré la bonne volonté mexicaine, ne put rien donner de bien bon.

Morenito de Aranda était ailleurs, sans recours et mal servi (on l’oublia vite) d’ailleurs, demandez qui était le troisième de la course, vous verrez..

Thomas Dufau, toucha le meilleur exemplaire (le sixième) je le dis sans ironie, Thomas progresse vraiment, je sais qu’il tiente beaucoup, qu’il s’entraine dur, il se lança alors dans la bataille ne rechignant à rien..

Son premier Pagès Mailhan, inerte, éteint, mort debout ne donna rien.

Mais il sut tirer tout le suc du dernier, il cita de loin, allongeant la main, tirant la passe par la hanche, sortant par le bas, et reprenant la tête.

Je crois qu’il prend confiance, qu’il torèe mieux. Il tua d’une entière entre les pitons, une oreille méritée pour le local de l’étape à qui soit on passe tout, soit on ne passe rien.

 

Case prison pour le sieur Garrigues (j’en parlerai un peu plus tard)..

 

Lundi

L’apothéose Vicoise.

Soyons justes mis à part son second toro ou il essaya (un peu) de s’arrimer Robleno me fait peine, sa face de clown triste, et celle, désespérée, de Castaño, se rejoignent.

Ce sont celles de ces types fatigués de se peler chaque après-midi des toros dangereux.

Les deux n’en peuvent plus.

Quand de plus la cuadrilla de Castaño est en déroute, les banderilles sur le second exemplaire Manso, fuyard, au comportement imprévisible, furent une fuite éperdue : un banc de garlèches devant la gueule du brochet. Alors il n’y a plus rien.

Ce lot de Dolores Aguirre, bien présenté, fut une couronne d’épine pour les deux pré cités, la montée au Golgotha, sans ascenseur, trois marche vers l’échafaud.

Là, il ne s’agit plus de tauromachie, mais de guerre, la guerre du feu.

Le toro se fait Auroch, coupe les lignes, avance, s’arrête, renverse tout ce qu’il peut.

Oh, non, messieurs dames, ce ne sont pas obligatoirement de grands toros, mais ils sont présents, et leur présence efface tout, l’homme, le cheval, l’homme à cheval, bref, c’est lui qui gagne.

Sauf…sauf si un type qui, comme le disaient les guignols est suffisamment “burné“ se met en tête de se jouer la vie.

Ce qu’il a en face de lui, c’est un toro énorme, un Manso perdido (il essaya de sauter dans le callejon) fuit les passes, la pique, le cheval, les banderilles.

Ce fut un moment de panique totale, pour tous, ce toro mit la panique.

Déjà à la cape, il prit une passe, fit un tour puis un autre, puis une passe et ainsi de suite. “Lamelas“ avança, coupa le ruedo, le prit vers le bas, las, ce toro fuyait sans cesse, une savonnette  au parfum de danger.

La pique fut épique, le grand Gabin fut à la hauteur, tentant de bloquer le toro, sans le carioquer, celui-ci sortait seul, et revenait, il souleva le cheval à plusieurs reprises, embarqua Gabin dans une danse de Saint Guy ou le cheval fit merveille.

Les vrais faux connaisseurs sifflèrent quand Gaby traversa la ligne pour aller chercher le toro…mais qu’on se le dise, un toro Manso doit être piqué et on se fout de la ligne au bout de six essais. La seule erreur de Gabin fut de partir vers le centre, et ne pas suivre la barrière pour bloquer l’impétrant.

Celui-ci souleva l’équipage, il venait de prendre cinq piques appuyées mais très courtes, comme il fuyait. Gabin au sol d’un côté, le cheval roulé deux fois au sol, comme une vulgaire botte de paille, se releva seul, le toro poursuivant qui bougeait.

Alain Bonijol, dont je ne goûte pas tout le travail du cheval (j’appelle cela la double carioca) quand le cheval s’appuie sur un toro, Bonijol donc sauta en piste, retenant la bride du cheval se protégeant en faisant tourner celui-ci et attirant de fait le toro, sauva sans doute Gabin d’une blessure qui aurait pu être grave.

Tout était électrique. On siffla Gabin qui voulait (et qui aurait dû, à mon avis en mettre une autre)

Alors, celui qu’on venait d’oublier un instant, Alberto, se jeta sous la corne et ayant écarté tout le monde se lança dans une guerre terrible. Ce toro n’en faisait qu’à sa tête, et bien Alberto se mettrait dans cette tête.

Les cornes lui frôlèrent la fémorale, le tibia, la gorge, la Saphène, Alberto lui, avançait, encore et encore, tirant la passe comme elle se présentait, mais sans jamais vouloir reculer, la guerre je vous dis..

Le public debout (qui lui avait refusé une vuelta méritée selon moi à son premier toro) scandait torero, torero quand il abattit, d’une belle épée l’infâme couard de feue madame Dolores Aguirre Ybarra.

Le président Molero de Bilbao, qui avait refusé la première oreille (à Madrid elle serait tombée pour l’épée) au premier toro, refusa la seconde..

Quand on est de Bilbao et vu les résultats récents de cette arène, on devrait se faire tout petit, petit.

Le refus sur la seconde est un vol qualifié, car quand un type se la joue comme Alberto Lamelas l’a fait, on ne lésine pas, tant d’oreilles sont données à des roitelets de pacotille.

Le public le lui fit comprendre en obligeant Lamelas à une seconde Vuelta, puis sortit Gabin, en piste, puis Bonijol, puis son cheval..

Vous savez le courage des humbles, c’est dans ces moments rares qu’on le voit : le véritable courage.

Il y a des jours, ou je suis heureux d’être aficionado.

CHF