Cette feria pascale 2016 laissera des frustrations.

Frustrations de ces corridas de figuras devant des toritos sans puissance, sans bravoure, aux cornes modestes, inexistants au premier tiers, au mieux d’une fade noblesse au troisième.

Samedi 26 mars, sous un beau temps frais, devant des gradins remplis à plus de trois quarts, défilèrent, par suite de changements dus à des boiteries, neuf  toros, huit Garcigrande dont deux sobreros, plus un de José Luis Perreda, il n’y en eut aucun digne d’intérêt.

Ne parlons pas des piques puisque il n’y en eut, pour ainsi dire, pas, même si Alberto Sandoval obtint un grand succès d’estime populaire en piquant successivement le sixième animal et les deux sobreros qui le suivirent. Une piquette et un simulacre chaque fois font quand même six rencontres consécutives !

Sébastien Castella fit, certes, preuve de sa pleine maîtrise actuelle, toréant remarquablement de cape, parvenant à réduire sans effort apparent un premier taureau qui donnait quelques coups de tête et à l’obliger à gauche. Estocade basse, une oreille.
Il mit complètement dans sa muleta le faible quatrième parvenant à modeler ses charges et les parapher d’un final encimiste prolongé jusqu’à l’aviso où il fit de l’animal ce qu’il voulait. Estocade al encuetro, longue d’effet, une oreille.

José María Manzanares parut un peu absent tout l’après-midi. Il hérite d’un premier opposant particulièrement fade qu’il ne parvint pas à fixer à la cape, qui lui autorisa quelques muletazos en rond sur les deux bords sans réelle intensité et finalement ennuyeux. Excellente épée entière efficace. Salut au tiers.

Le premier sobrero de Garcigrande, remplaçant du cinquième de la course renvoyé au corral pour une  boiterie peu manifeste fut le seul à présenter la difficulté de garder la tête haute et José María ne sut pas trop résoudre ce problème. Faena avec quelque bons moments mais décousue, le maestro subissant une voltereta heureusement sans conséquence suite à un moment d’inattention. Demi-épée, salut au tiers.

Alberto López Simón a certes de grandes qualités et sait allonger des passe templées mais m’a laissé un peu sur ma faim. Superficiel à la cape, brouillon dans la construction de ses faenas, toréant le public, abusant du toreo culero.

Ses deux faenas, l’une avec le troisième de Garcigrande, l’autre avec le sobrero de Pereda furent du même tonneau. Conclusion de la première par pinchazo et épée desprendida, de la seconde par bonne  estocade. Deux fois une oreille.

Serge Louis présidait la course assisté de Sophie Disset et de Cédric Rey.

Dimanche matin 27 mars, encore une autre frustration, l’annulation de la novillada du dimanche matin par suite d’une petite pluie froide persistante. Elle est reportée à la Feria du Riz, en septembre

Le dimanche après-midi, la pluie avait cessé et les arènes pleines à deux tiers. Les Daniel Ruiz furent opposés, comme prévu, à Julián López "El Juli" et Andrés Roca Rey. Avec un tout petit peu plus de cornes que les Garcigrande, ces taureaux étaient faits, eux aussi, pour des corridas sans picador et pour plaire aux vedettes.

Julián López tomba sur deux premiers adversaires d’une désespérante fadeur devant qui il se multiplia sans interrompre le profond ennui du public. Il les expédia d’estocades sui generis. Le cinquième animal, à peine un peu plus conséquent, lui permit de belles véronique et, après les deux piques symboliques, une faena à base de passes remarquablement étirées à droite comme à gauche.

Entière un peu plate. Deux oreilles. Probablement une de trop.

Le péruvien Andrés Roca Rey promena tout au long du frais après-midi son indéniable élégance devant des bichos peu concernés. Il débuta par larga cambiada afarolada de rodillas et montra au cours de ses trois prestations une cape plus fleurie que dominatrice par tafalleras, saltilleras gaoneras et autres caleserinas.

Deux bonnes estocades lui procurèrent l’oreille de chacun de ses deux premiers taureaux de peu de présence.

Il fut, selon moi, plus intéressant avec le dernier un peu plus exigeant à qui il imposa sa domination d’abord à droite puis à gauche. Une estocade trop en arrière le priva de trophée.

Encore deux sorties a hombros froidement célébrées par le conclave.

Présidence de Jacques Garcin assisté de Michel Vion et Clause Soler.

Lundi après-midi, 28 mars, beau temps et arènes à peine à demi remplies.

Enfin des toros ! Même s’ils n’égalèrent pas ceux présentés à Dax l’année dernière, ces Pedraza de Yeltes sérieux et bien présentés ne déméritèrent pas. Les plus remarquables furent les, premier, quatrième et cinquième. Les autres ne furent pas inintéressants.

Le lourd premier (610 kg) fut très bien reçu de cape par Manuel Escribano qui semble avoir fait des progrès dans cet exercice.

Il pousse très fort sur la première pique, déplaçant le cheval sur une dizaine de mètres. Il va sur la seconde dans un mauvais style de manso et en sort seul. Nous aurions aimé mieux le juger lors d’un troisième assaut mais le président fait sonner le changement de tiers.

Banderilles du maestro dont un excellent poder a poder et un violín por dentro.

Manuel entame par bon doblones puis par derechazos mais assez rapidement l’animal lui échappe vers les planches. Fin de faena dans la querencia avec épée trasera.  Applaudissements à l’arrastre. Salut au tiers.

Manuel reçoit le colorado quatrième par larga afarolada de rodillas, puis véroniques.

Bonne première pique longuement poussée. Puis le picador se déplace jusqu’à la porte des caballos à l’opposé du toril, tandis que l’animal est mis en suerte au centre de l’arène. C’est l’occasion de souligner que, comme l’avait annoncé Jean-Baptiste Jalabert, il n’y eut en piste lors des trois corridas qu’un seul picador. Personne ne s’en est plaint !

Ainsi, partant de loin, le Pedraza prit encore deux piques véritables. Un vrai brave !

Quite original de Thomas Joubert par tafalleras "rématées" de largas.

Manuel s’illustre dans deux paires de banderilles de poder a poder et un quiebro.

Il débute à la muleta par deux cambios por la espalda et poursuit par de bons derechazos. Mais l’animal réduit ses charges et Manuel ne peut plus procéder que par va-et-vient dans un périmètre restreint. Il en termine par deux pinchazos et une épée plate.

Applaudissements à l’arrastre. Salut au tiers.

Thomas Joubert a du mal à capter dans sa cape le deuxième taureau, un colorado affiché à 550 kg. Olivier Riboulet le châtie énergiquement en deux piques lourdement carioquées. Juan Del Alamo intervient par médiocres véroniques.

Muleta en main, Thomas, débute en enchaînant sur place, derechazos, changement de main, naturelle et pecho. Il poursuit à droite en intercalant des cambios inattendus et risqués. Conclusion par manoletinas suivis de trois pinchazos et enfin d’une demi-lame en bonne place.

Applaudissements au taureau, salut au tiers.

Le cinquième taureau, un colorado de 600 kg, dénommé avec à-propos Dudanada, allait se révéler comme le meilleur de la feria.

Insaisissable à la cape, il pousse fort sur deux excellentes piques bien administrées par Mathias Forestier.

Avant les banderilles, Juan del  Alamo intervient par tafalleras et Thomas réplique par saltilleras.

Raphael Viotti se fait applaudir aux banderilles.

Dans la muleta Dudanuda va révéler ses très grandes qualités, noblesse vive, solidité, constance et continuité dans les charges. Certes il aurait pu offrir à un torero classique une très belle faena à la pure orthodoxie académique comme le remarqua un de mes amis. Mais pas de dogmatisme, il permit à Thomas d’exposer sa tauromachie, à la fois verticale et flexible, expressive et fragile, douce et déchirante.  

Une tauromachie où il mélangea sans trop de précautions des derechazos main basse, de pures naturelles de face avec des cambios échevelés, prolongeant par exemple, sans solution de continuité, une passe des fleurs en invraisemblable arrucina. Bien sûr ce baroquisme ne va pas sans approximations et maladresses.

Une demi-épée en bonne place lui permit d’obtenir deux oreilles, peut-être une de trop, mais ne boudons pas notre plaisir. Souhaitons que cet attachant garçon trouve l’occasion de toréer davantage pour améliorer ses points faibles et son épée. Et revoyons-le vite.

Il faut indiquer que son taureau fut honoré d’une vuelta tout à fait méritée.

Une petite vidéo de YouTube ofrre ci-dessous quelques images de la faena.

Juan Del Alamo est, lui aussi, un jeune torero attachant. Il ne fut pas le plus favorisé par le sorteo.

Il reçoit le troisième par de bonnes véroniques en gagnant le centre. Cet animal, le plus faible des six, pendra deux piques correctes mais relativement légères. Manuel Escribano intervient par chicuelinas et revolera.

À la muleta, Juan débute par derechazos puis poursuit par d’excellentes naturelles et fait durer une faena un peu longuette qui se terminera par giraldillas inversées et ira jusqu’au deuxième avis. Conclusion par metisaca et entière à peine desprendida. Une oreille.

Le sixième, negro mulato est bien fixé par la cape qui le conduit vers le centre.

Il prend deux bonnes piques, poussant fort sur la première.

Ensuite, il fut difficile car il ne baissa jamais la tête. Il imposa une faena heurtée où Del Alamo parvint, tout de même, à intercaler de bons muletazos sur les deux bords. Fin longue et pénible car le taureau, ne baissant pas la tête et ne fixant pas son attention sur la muleta, fut difficile à cadrer et estoquer. Le torero aurait entendu les trois avis si le palco avait été strict. Avec beaucoup de mérite, Juan parvint à loger trois quarts d’épée tendue puis un descabello au deuxième essai. Ouf !

La présidence était assurée par Gérald Mas assisté de Jean-Paul Maragnon et Michel Bouix. 

Seule cette dernière corrida de la feria pascale arlésienne 2016 restera dans le souvenir.

Jean-Jacques Dhomps