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ADIOS SEVILLA

C'est bizarre les sentiments diffus que procurent les séparations...la Feria de Séville se meurt, et comme pour faire oublier une nostalgie plus que de la véritable tristesse, débute dans la capitale Espagnole le cycle Isidrien...de quoi nourrir la fringale aficionada exacerbée par les mois de Pandémie, et faire oublier la belle Séville pour du plus rugueux, en Théorie.

Séville c'est la porte del Principe qui donne sur le boulevard Colon, on retiendra de celle-ci des mini scandales, des oreilles de pacotille, un froid et une pluie inhabituelle, des gens qui trient des gens qui râlent, des toros faibles, Muy en el typo sevillano...no ? 

On retiendra surtout l'actuacion de Daniel Luque sa sortie à Hombros, celle du Juli, le professeur de los toros de Papel, comment faire un repas gastronomique avec deux croutons et un bout de lard moisi...on retiendra des Domecq a n'en plus finir...et puis des éclats, de colère d'abord ...Ferrera et sa cape bleue et bleu foncé, ça rigole sous la fameuse cape, ça se pousse du coude, il a un grain non ? Ben oui, un peu...et comme il est à Séville en plus il en rajoute, sa tauromachie est à la limite de ce que peuvent supporter les Sévillans, c'est un clown entend-t-on, il triche, il en rajoute, c'est vulgaire, c'est loin de tout, des cornes, des toros, du génome Sévillan, du rite, du dogme...il passe a cote du cinquième pourtant trie sur le volet, fils du Victorino indulté ici par la Sonrisa...bref...il est applaudi au soleil, honni a l'ombre, les critiques se déchaînent, on veut lui interdire l'ocre de la Maestranza, l'épée donnée façon fantassin marchant a la baïonnette finit de donner de l'urticaire aux tendidos ombre...on se signe a son passage, on sort les crucifix, les ciboires et les chapelets...au soleil apparaissent les papiers alu des sandwichs des braves gens...tiens fais la vuelta puisque lui, la haut ne veut rien te donner, et fais en une autre il me reste encore un bout de chorizo, et de jamon de pata negra...Tu parles si il se gêne Ferrera ça ne l'effraie pas, et un tour de manège,  un.

Ça fulmine au Palco...en vérité il y a un peu de vrai partout, ce cinquième il n'a pas voulu (pu) le voir...et le toréer, le grandir, d'ailleurs rien pour ce toro qui me paraissait pourtant d'exception...oublions, oublions Roca Rey, Urdiales, Manzanares au trophée de pacotille donné ‘’con cariño’ oublions le prof Juli, l’homme qui redonne des pattes aux indigents, oublions l’idole déjà déboulonnée qu’est Pablo Aguado.

Concentrons-nous sur deux torero, à commencer par le plus ancien, Morante. Il y a peu quelqu’un me disait, moi, je ne l’ai jamais vu…je sais je disais ça en mon temps de Curro Romero…en fait il est rare de ‘’voir’’ Morante a la cape, a la muleta et a l’épée sur un même toro…ça, c’est exceptionnel. Voir Morante apparaitre en habit du xvi -ème siècle, déambuler en bonbon couleur anis, avec une cape inédite, il faut bien le dire ça lui va bien…je voudrais être noir chantait Nougaro, porter des colliers d’or, des perles lourdes des émaux…lui, il s’habille, il se vêt et torée façon Joselito le grand…jusqu’à poser ses pieds joints sous la montera d’une autre époque…Mais personne ne se moque de Morante, a peine si l’on sourit…il a trois cartouche dans son fusil en fait claquer une, magnifique cinq véroniques venue d’Orion, d’Uranus ou de je ne sais où ? Comment peut-on donner un tel frisson en cinq passes, il recommence un changement de main, lent, tranquille, profond, il y a-t-il des mots pour décrire cela ? L’épée est ma foi sincère, trophée, vuelta, mais peu importe…Morante est là et la fête est plus belle…encore un flash, le toro est parti à Dache, il est de l’autre côté de la piste, il cherche devant le toril la sortie…Morante vient de s’appuyer sur le burladero de l’autre côté, il regarde hilare le Lili, son peon, qui essaie avec de grandes difficultés de ramener le toro. Il discute, il attend, ca sifflote dans les gradins on s’impatiente, pas lui, pas Morante…le toro est délicat, légèrement peureux….Morante l’accueille en ami, tout doux, écoutes, tu vois ce ciel bleu, je connais des éternités de douceur et de plénitude, viens, laisses toi faire, descends ta tête, et cours vers les Etoiles…ca y est, la cape glisse sur le sable , ceinture et montera tournent de concert…mords dans le bonheur, tu es fatigué de ces combats, endors toi paisiblement…Morante est Morante…vainqueur, malgré les mauvais pas…il trébuche et ne tombe pas, les siècles courent dans l’eau froide du Guadalquivir, les conquêtes s’effacent, les hommes sculptent des statues pour leur souvenir. Morante a déjà le socle prêt, il n’est pas d’ici pas de notre temps, mais de toutes les époques…Morante est au-dessus.

Enfin et pour finir Séville, un certain Rufo, Tomas Rufo, 23 années au compteur des siècles, six corrida, il a un prénom qui lui va bien et qui va bien à la tauromachie, le garçon est connu en France a Séville beaucoup le découvrent, sous la pluie, une première faena donnée ferme et douce, une laitue fraiche, son second Victoriano accepte le classicisme absolu, la main basse et le tissu léger, un modèle absolu, une profondeur templee, douceur et rigueur, et puis l’épée le Victoriano ne veut pas se laisser tuer sans échanger son sang, blessure. Tomas ne regarde même pas sa blessure, c’est à peine si il grimace, puis il reprend les aciers, il plonge…tout est consommé…le toro s’effondre, une oreille pour la présidence, une pour le public, certains trouveront cela généreux, peu importe, Tomas Rufo vient de se positionner sur le chemin de l’ascension de l’Everest, lui, le gravira sans oxygène, comme les plus grands, il en a les moyens, et si vous voyez une affiche avec son nom, n’hésitez pas, allez voir, on ne sait jamais, les plus grandes beautés sont partout dans le  monde. Tomas Rufo n’aime pas marcher, il faut le porter pour sortir d’une arène, c’est ce qu’il fait depuis une saison.

CHF