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Arrecio

Ma merveilleuse Séville vient de se transformer (comme chaque année ou presque) en ville de fête, ouvrant sous sa grande porte de Feria les allées aux noms de toreros célèbres abritant les non moins célèbres et inaccessibles pour la plupart caseta des associations et autres socio d'entreprise.

Le coup passa si près du chapeau, les ouvriers monteurs des fameuses caseta, prêts à faire grève pour une raison de salaires indécents, les refoulés du monde de la finance, des habits riches, des robes Sévillanes, et des costars cravates, dans leur cité des’’ trois mille’’ attendent eux aussi la fête pour allumer trois cartons, deux bouts de bois, prendre une guitare et faire danser leur compagnes d'infortune, en chantant a la lune ronde leurs histoires gitanes, loin des paillettes et des prix indécents

Là-bas Triana, plus cossue attend le client dans des bars et les caves ou les gitans et leurs belles gitanes danseront et joueront pour des touristes en goguettes, se lamentant de leur vie dans des voix éraillées, et les tintements des bracelets aux bras graciles montant vers le ciel, tournoyant tel l'oiseau Lyre pour redescendre vers le sol jonché de pipas avant que le lendemain matin ils reprennent eux aussi leur travail.

La Maestranza repeinte a neuf de l'ocre et du blanc des grands soirs, regarde de ses deux yeux ronds, le monde taurin polyglotte qui défile a ses pieds...Le Guadalquivir passe paresseusement devant les statues figées dans le soir ou le monde entier se donne rendez-vous.

Les premières journées sont froides, et froide l’ambiance : ’’.Areccio’’ disent les Sévillans, ne cherchez pas dans le dico, c'est leur façon à eux de dire que le cœur n'y est pas tout à fait.

La chapelle sixtine de la tauromachie, puisque Madrid en est la Mecque, est à moitié vide...la faute à la pandémie, aux portefeuilles vides, aux prix qui ont explosés façon Poutine...la guerre, l'insécurité et le temps frais, a couvert, voire orageux, un peu de tout un peu rien...si peu, mais trop.

Dans l'ovale ocrée Ferrera a choqué, voiles bleues toutes dehors, il est venu à pied a traversé les rues au milieu des passants...Séville n'aime pas les défis, le dogme se doit d'être rigoureux, la façon de tuer en marchant tel un poilu d'un pas décidé vers la mitraille, cela gêne, on le traite de clown, on lance des fatwas, on critique durement…

On a offusqué Morante, on lui a volé deux oreilles les retrouveront nous a la vente à la sauvette en catimini rue Sierpes ?  Pourtant Morante a toréé d'honnêteté, et de ceinture, il a tué dans les canons, bon a la cape, pro a la muleta…on lui a préféré le verger aux pommes sucrées du temple de Manzanares, Morante aussi a une cape de couleur...il en rigole juste dessous. Bien à l’abri comme le dit le maestro Espla de sa Montera qui le fait ressembler à Mickey…

Le grand vainqueur pour le moment et malgré la corrida triste de Santi Domecq (ça fait pro de le dire comme ça plutôt que Santiago Domecq qui fait plus commun) bref des toros tristes à faire pleurer le ciel qui grondait avant de baigner de ses eaux la tristesse du jour...cela fait deux jours de pluie. Luque pourtant, le torero de France comme l’appelle les Espagnols a fait le boulot, malgré la faiblesse, l'indigence des Santi....sorti l'autre jour sur les épaules des porteurs rémunérés, il a vu son image de géant se refléter dans Le Guadalquivir, il tient la corde pour le moment des grands vainqueurs de la Feria....mais Séville est Séville et si le soleil ressort, que la température devient clémente alors peut-être d'autre triomphes, d'autres récits le soir, Pescaitos a la main, un verre de l'autre et raconter comment la media a soulevé le peuple des gradins, faisant roi les descendants du Pharaon.

Ils sont quelques-uns à attendre la gloire, et pour commencer Morante lui-même, prêt à faire taire, les Juli, Manzanares, Aguado Marin et consort…il a deux cartouches encore, et des siècles de toreria qui remontent du fond du ruedo ou le pharaon construisit son empire.

Alors peut-être, sous un soleil radieux on ne parlera plus du fameux Areccio...Mais chantera-t-on sur des cordes usées, les exploits de l'un ou de l'autre, pour parler enfin del Arte pour lequel tout Sévillan est prêt à se damner, avant d’aller baisers les pieds de la Macarena qui pleure dans le silence ses larmes d’émeraude

CHF