CERET  – Samedi 16 juillet 2016

Corrida de D. Aurelio HERNANDO pour Curro DIAZ (jade à parements blancs et or), Ivàn FANDIÑO (rose indien et or) et Manuel Jesùs PEREZ MOTA (bleu nuit et or).

Ce lot de cuatreños bien présentés a globalement déçu par son comportement : à la pique, sortie seule du cheval quasi systématique et à la muleta, peu de parcours et rapide extinction des feux. Le poids élevés de ces toros m’avait fait craindre des chutes en piste ; heureusement, cette crainte irraisonnée s’est révélée sans objet. A côté de cela, peut-être que les nombreuses capes qui ont volé au cours de cet après-midi ont contribué au maintien de mon attention.

1er (4 ans 5 mois, 540 kg) : le seul negro de ce lot d’encaste Veragua, armé large et astifino. Bien que venant bien au cheval, il sort seul à trois reprises puis il pousse à la 4ème pique de José Maria Valle. Banderilles correctes pour les 1ère et 3ème paires (avec poursuite seulement à la 1ère) et 2ème dans le flanc. Curro Diaz débute sa faena pas des doblones peu appuyés. D’abord mobile, avec une tête agitée, le toro s’arrête dans la passe dès la 2ème série de derechazos ; deux passes à gauche peu concluantes amènent un retour à droite. La faena sera courte et le matador se fera prendre en portant l’estocade (choc à la poitrine). Demi-lame basse d’effet rapide, demande d’oreille sans résultat et vuelta.

2ème (4 ans et demi, 560 kg) : un jabonero bien armé qui remate aux planches. Il s’allume à la 1ère pique (Juan Melgar) puis, accourant au galop, il sort seul des deux suivantes. Salut de Ivan Garcia au 2ème tiers. Ce toro montre de suite son peu de charge à droite et sa propension à serrer à gauche, côté sur lequel il a plus d’allant. Le retour à droite révèle un peu plus de parcours mais là aussi une tendance à coller à l’homme. Quasi-entière penchée et descabello ; mort bouche fermée. Applaudissements.

3ème (4 ans 3 mois, 560 kg) : jabonero sucio amené au centre par d’élégantes véroniques. Tercio de piques à la charge de Francisco Vallejo en quatre rencontres avec une constante : le toro sort seul et vite. 1ère dans l’épaule, se défendant après s’être échappé au cheval ; 2ème en venant au ralenti ; 3ème en devant être rapproché ; 4ème (de trop ?) avec mise en suerte à épisodes, cognant dans le peto. Il suit aux banderilles (2ème et 3ème paires correctes) et désarme un peon. Pérez Mota fait passer à bonne distance un animal soso, qui cogne dans le leurre et s’éteint lors du passage à gauche. N’ayant pour moi pas dominé son adversaire, l’homme peine à le cadrer, loge une lame sous-cutanée, renonce momentanément à descabeller pour conclure par mete y saca avec poursuite, entière en avant et descabello. Applaudissements.

4ème (4 ans 3 mois, 590 kg) : un beau et lourd jabonero qui prend d’abord un refilon (Miguel Angel Sànchez), sort seul d’une 2ème pique en arrière, attaque tête haute et se casse le piton gauche à la 3ème et ne montre rien de plus à la 4ème, en arrière et rectifiée. Poursuite aux trois paires de banderilles, la 2ème paire étant plus jetée que plantée. Curro Diaz produit une faena propre, toute en douceur, citant de loin, avec des séries templées à droite ; le passage à gauche sera bref. Final par trincheras élégantes. Pinchazo, entière basse et salut aux tiers. 

5ème (4 ans 3 mois, 570 kg) : ce jabonero coureur, qui passe deux fois à côté du cheval sans lui accorder un regard, fait hurler une partie du public par son comportement de manso. Son changement provoque un quiproquo et animera la tertulia, le vétérinaire assesseur disant qu’il avait détecté une boiterie de l’antérieur gauche et reconnaissant honnêtement qu’il avait commis l’erreur de le changer trop vite. Certains ont peut-être pensé que le changement était dû à la mansedumbre du toro (ce qui serait un comble !) ; quant à moi, j’ai pensé à un problème de vue … Toujours est-il que sort en piste le sobrero du même fer (4 ans 4 mois, 560 kg), un peu moins armé et tout aussi coureur. Il s’échappe au cheval pour une pique levée de suite (Rafael Agudo) ; la 2ème est en arrière et, pour une fois, le toro ne sort pas seul ; il suit au 2ème tiers, dans lequel une seule banderille est suivie de deux paires correctes. Après des derechazos prudents, Fandiño sert une - peut-être deux !- naturelle de face. Retour à droite avec un toro éteint, bernadinas (au lieu de quelques naturelles supplémentaires) et estoconazo en place porté en basculant et d’effet rapide ; c’est à peu près tout ce que le matador nous aura montré aujourd’hui … Salut aux tiers.

6ème (4 ans et demi, 550 kg) : jabonero sucio qui boite et n’arrange pas son cas en effectuant une vuelta de campana. Il est changé pour un exemplaire de D. Miguel ZABALLOS, fin negro playero astifino qui, par sa vélocité, fait penser à un chat. Bien reçu à la cape, il est placé et replacé au centre ; piqué après contact (Valdeolivas), il pousse d’abord sur la droite puis sur la gauche. Remis bizarrement au centre, le matador le rapproche à deux reprises pour finir à la raie pour une pique bien placée et replacée en arrière, prise en secouant ; où est le chef de lidia ? Banderilles de moyennes à correctes, avec poursuites. A la muleta, le toro se retourne de suite sur l’homme à droite et l’avertit à gauche. Retour à droite avec poursuite et (re)passage à gauche sur lequel l’homme se place de face. La suite de la faena se fera en alternance sur les deux cornes et se terminera dans le berceau, avec un animal qui cherche les chevilles. Ce travail méritoire sera conclu par un pinchazo avec puntazo à la cuisse suivi d’une entière en avant, les deux portés sincèrement, et sera récompensé d’une oreille conquise de haute lutte, octroi qui ne fera pas l’unanimité dans le public.

Présidence : André ROQUES, assisté de Bernard SICET et du Dr Vre Renaud MAILLARD.

Le prix de l’ADAC mis en jeu pour les picadors n’est pas attribué.

 

CERET  – Dimanche 17 juillet 2016 (matin)

 Novillada de D. Mario et Herederos de D. Manuel VINHAS pour Guillermo VALENCIA (moutarde et or), Abel ROBLES (bleu marine et or) et Sebastiàn CASTILLO (blanc et or).

Un lot sérieux de Santa Coloma portugais, plus proche des quatre ans que des trois, qui a dominé les débats face à une terna inexpérimentée pour deux des novilleros, malgré leur âge. Cet élevage, dont les novillos ont régné en piste et remis chacun à sa place méritent d’être revus face à des hommes plus aguerris, qui leur permettraient de mieux exprimer leur potentiel.

1er (3 ans 9 mois) : beau càrdeno bragado. Après une réception correcte, il pousse le cheval aux planches, qui cèdent sous le poids ; Miguel Angel Sànchez s’en trouve désarçonné. Le novillo, placé (trop ?) loin, se montre tardo à la 2ème pique, courte, la poussée étant moins franche ; applaudissements au picador. Après avoir bousculé Robles sur le quite, l’animal suit aux banderilles, occasionnant deux autres désarmés. Valencia profite de la noblesse de son opposant pour toréer de façon « moderne », c’est-à-dire marginale et pour moi soporifique. Il se croise cependant plus sur deux courtes séries de naturelles et conclut par des passes aidées hautes et abanico peu apprécié. Entière horizontale en avant, échec du puntillero et mort bouche fermée. Salut aux tiers et applaudissements à l’arrastre.

2ème (3 ans 9 mois) : negro entrepelado bragado plus léger, remate aux planches, bien reçu par véroniques, demie et revolera. Quatre piques de M. Benitez : 1ère avec poussée aux planches, le cheval se retrouvant « assis » sur ses postérieurs ; 2ème bien placée, en venant au trot du centre ; 3ème également du centre, s’approchant d’abord comme prudemment puis venant plus franchement ; 4ème pour la forme. Poursuites sans conviction au 2ème tiers. Dès l’entame de la faena, le novillo montre son intérêt pour les planches ; Robles arrive d’abord à le tenir au centre avec des passes templées mais données sans se croiser, ses hurlements faisant le pendant de ceux de sa peña. Il se fait ramener aux planches, en sort pour finalement y revenir, son adversaire finissant soso et distrait mais voyant tout et fonçant sur l’homme quand ce dernier tente de ramasser une banderille. Avec des difficultés lors du cadrage commence une série d’échecs à la mise à mort qui conduira aux trois avis : lame superficielle dans l’épaule, quart de lame, pinchazo en avant, un autre al encuentro pas voulu, affreuse épée dans le flanc … Silence pour l’homme, applaudissements pour la dépouille.

3ème (3 ans 11 mois) : un negro bragado qui saute au callejon après avoir cassé les planches puis met bien la tête dans la cape et est envoyé au cheval sans mise en suerte (erreur ?) pour une pique en place mais carioquée (Gabin Rehabi) ; la 2ème pique est correcte et sans relief, et le novillo, payant sans doute ses efforts, se couche sur le quite de Valencia puis s’agenouille après la 1ère paire de banderilles. Il arrive bien sûr sans charge à la muleta, ce qui évite peut-être pas mal de difficultés à Castillo, qui torée sa 1ère novillada piquée à 29 ans ! L’homme a le bon sens et le bon goût d’agréger et conclut d’un pinchazo porté a recibir suivi d’une lame dans le cou. Applaudissements de sympathie.

4ème (3 ans 11 mois) : autre negro bragado reçu par deux largas à genoux. Après un refilon en arrière, il prend une pique appuyée placée dans l’épaule, déséquilibrant le picador Valdeolivas, puis une autre après avoir été rapproché. Banderilles acrobatiques, avec poursuites. Noble, vif et mobile, l’animal charge mufle au sol et Valencia torée pour moi de façon plus sincère qu’à son 1er novillo lors une faena courte et bien menée. La fin est hélas moins heureuse avec tiers de lame, deux tiers de lame horizontale en avant et descabello. Avis et salut aux tiers.

5ème (3 ans 10 mois) : lourd negro mulato armé court, reçu par véroniques genou ployé, qui lui aussi fait sauter les planches. Après un refilon au milieu du dos, il vient bien pour deux piques mieux placées (José Maria Exposito), sautant à la tête du cheval et le bousculant en le poussant aux planches à la 1ère. Antonio Ronquillo salue pour une paire de banderilles posée au ralenti et une autre plus spectaculaire. Suit une faena sans transmission, qui nous saoûle et dont les deux points « remarquables » sont des hurlements permanents et un avertissement à gauche. Entière tombée, avis et salut aux tiers.

6ème (3 ans 10 mois) : imposant negro un peu bizco qui remate et déborde Castillo, tant à la réception qu’à la mise en suerte. Venant au galop, il prend une pique dans l’épaule (I. Rubio ?), pousse et malmène le cheval puis, placé loin, il doit être rapproché pour la 2ème, de nouveau dans l’épaule et replacée en arrière. Le 2ème tiers montrera que « vite et mal » ne sont en rien incompatibles. La faena va de reculades en avertissements et d’avertissements en désarmés. Castillo, évidemment pas armé pour ce genre de combat, abrège par nécessité et tue péniblement avec un pinchazo bas, un autre dans le cou porté a recibir (pas voulu bien sûr), entière en avant et deux descabellos. Silence.

Présidence : Dominique DESPLATS, assistée de Thomas THURIES et du Dr Vre Yves CHARPIAT.

Le prix de l’ADAC mis en jeu pour les picadors est remis à M.-A. Sànchez et à M. Benitez, qui ont piqué les 1er et 2ème novillos.

 

CERET  – Dimanche 17 juillet 2016 (après-midi)

Corrida de SALTILLO pour Fernando ROBLEÑO (blanc à parements jais et or), Alberto AGUILAR (vert d’eau à parements blancs et or) et José Carlos VENEGAS (bleu « pétard » et or).

Ce lot bien, voire très bien présenté et armé, composé de deux cuatreños et de de quatre cinqueños, n’était pas sans intérêt ; il est cependant dommage qu’il ait globalement manqué de poder au cheval. Il est également possible que le souvenir que je gardais des « affreux jojos », mansos et mal élevés, sortis à la dernière San Isidro soit pour quelque chose dans la petite déception éprouvée.

1er (5 ans et demi, 590 kg) : lourd negro bragado bien armé, reçu par véroniques genou ployé et qui ne montre pas grand-chose en trois piques (Victoriano Garcia) : 1ère de côté, prise en faisant sonner l’étrier et 3ème en venant en deux fois. 2ème tiers bâclé, avec poursuite. A la muleta, Robleño alterne droite et gauche, parvenant de temps à autre à allonger la charge du toro. Sans être capable de l’expliquer, j’ai ressenti chez cet animal un danger sourd caché sous une noblesse apparente … Faena propre mais (mal) conclue par un bajonazo. Salut aux tiers.

2ème (4 ans et demi, 530 kg) : fin càrdeno oscuro meano bien armé qui prend lui aussi trois piques (Juan Carlos Sànchez) : 1ère bien placée, attaquant tête haute ; 2ème correcte, prise passivement ; 3ème au milieu du dos et replacée, toute aussi anonyme. Poursuites aux banderilles. Face à un adversaire noble (qui avertira quand même l’homme lors de la 2ème série), Aguilar torée sérieusement, avec temple et saura arrêter sa faena à temps. Une seule et brève tentative à gauche, le toro se montrant peu commode sur cette corne. Quasi-entière verticale et en avant et grosse pétition d’oreille, à laquelle le palco ne donnera pas satisfaction. Le président expliquera sa décision (le passage à gauche minimaliste, sans insister ni même y revenir) et l’assumera avec courage et honnêteté lors de la tertulia. Salut au centre suivi d’une double vuelta, la 2ème au pas de course et clairement exécutée pour défier le palco. Ce dernier subira bien sûr une bronca, peut-être légitime, mais certains cris et insultes à la limite de l’hystérie m’ont fait penser à une contamination de la corrida par le football (il est vrai qu’on en sort juste).

3ème (4 ans et demi, 490 kg) : càrdeno oscuro bien armé, avec ce regard typique de l’encaste. Une pique manquée et placée après contact, une autre en arrière prise en secouant, une 3ème en s’échappant au cheval pour en sortir seul et enfin une 4ème qui n’ajoute pas grand-chose à l’affaire ; Pedro Iturralde sort sous les sifflets. Salut de David Adalid aux banderilles, avec poursuites. Le toro est noble sans être idiot et Venegas fait preuve d’envie de bien faire : faena au centre, engagée, variée. Bien que se croisant, peut-être n’a t-il pas assez pesé sur son adversaire, qui finit distrait. Estocade a recibir (voulu ou non ?) pas mal placée mais penchée et salut aux tiers.

4ème (5 ans 9 mois, 520 kg) : ce toro armé astifino s’échappe pour une pique carioquée et en prend une 2ème en trois épisodes tout en se défendant (Francisco J. Gonzàlez). La cuadrilla se méfierait-elle de l’animal ? Toujours est-il que le 2ème tiers est joyeusement saboté, avec quatre banderilles clouées en quatre fois au milieu des poursuites. Bien que l’animal soit noble et même à la limite de la soseria, la faena de Robleño est fade, sans engagement ; un avertissement à droite n’améliore pas les choses, et le toro devient distrait, sortant de la passe tête haute et finissant aux planches. Pinchazo, entière tombée en avant et applaudissements discrets pour un torero qui a donné l’impression d’être « hors du coup » ; le poids de seize temporadas de toros durs peut-être …

5ème (5 ans 7 mois, 510 kg) : magnifique càrdeno armé de deux poignards, qui met la tête dans la cape. La 1ère pique, en place, de Francisco Javier Sànchez, voit la 1ère vraie poussée de l’après-midi ; la 2ème pique est prise en secouant et la 3ème en venant au cheval avec une belle accélération. Poursuite molle aux banderilles avec une seule, une paire et une seule (évidemment, puisque cela fera quatre en tout : pourquoi se gêner ?). Face à ce toro noble, qui charge mufle au sol, Aguilar, qui veut « son » oreille, alterne séries « modernes » et séries données en se croisant. Ce travail finalement sérieux et soigné sera malheureusement mal conclu à cause d’une précipitation inutile qui conduira à deux tiers de lame verticale et basse, un pinchazo, deux tiers de lame horizontale en place et cinq descabellos ; l’animal tombe peu de temps avant le 3ème avis et fera l’objet d’une petite demande de vuelta, classée sans suite. Deux avis donc, salut aux tiers et applaudissements à l’arrastre.

6ème (5 ans 8 mois, 500 kg) : càrdeno bragado bien armé, bien mis en valeur au 1er tiers (Gabin Rehabi). Une pique en poussant, une 2ème sans pousser, une 3ème brève en venant de loin et une 4ème, venant en deux temps après avoir été placé à l’opposé de la piste. Deux paires de banderilles d’Adalid, de nouveau appelé à saluer. Est-ce une mode en train de naître que de frapper des mains en cadence avant la pose de la 2ème paire ? (Adalid va planter une paire de banderilles, pas tenter une pénalité ou la transformation d’un essai). A la muleta, Venegas torée de façon plus classique qu’à son 1er toro. Son adversaire est noble et mobile mais se met vite à chercher les planches. Le torero essaie de le tenir au centre mais y renonce rapidement pour tuer mal par deux pinchazos, tiers de lame penchée et bajonazo. Silence.

Présidence : Bernard SICET, assisté d’André ROQUES et du Dr Vre Renaud MAILLARD.

Le prix de l’ADAC mis en jeu pour les picadors est remis à Francisco Javier Sànchez et à Gabin Rehabi, qui ont piqué les 5ème et 6ème toros.

En bilan de ce Céret de Toros 2016 :

  • Une corrida de Veraguas un peu décevante, mais finalement pas tant que cela ;
  • Une corrida de Saltillo dont on attendait plus mais dont on se contenterait bien souvent dans de nombreux autres cas ;
  • Une novillada d’un élevage quasiment inconnu qui donne envie de le revoir …
  • … et au milieu de tout cela, comme de coutume ici, des présidences qui président.