Pourquoi vient-on et revient-on à Céret ? Pour voir des taureaux-taureaux et des piques, pour découvrir ou redécouvrir des encastes rares ou oubliés. Aussi pour voir des belluaires. Le cru 2014 n’a pas atteint les sommets mais les moments intéressants se sont produits quand il le fallait, trois Adolfo Martin le samedi, la nostalgie distillée le dimanche par Frascuelo et le mano a mano Victorino Martin-Escolar Gil en clôture, même si... Côté peut mieux faire : la problématique du tercio de varas n’est pas résolue avec un festival de piques posées trop en arrière et sur l’épaule, trop de piques ratant la cible negro ou cardeno, d’évidence une cuadra manquant de mobilité. Côté cartels, les déceptions n’en sont pas compte tenu de leur pratique et ou de leur expérience : Camille Juan à la peine et Esaü Fernandez visiblement pas concerné alors que les aficionados étaient en attente d’une réhabilitation après son comportement inacceptable d’il y a deux ans à St Martin de Crau… Si, si, une grosse déception chez les jeunes novilleros : trop de taureau, du taureau difficile ? Trop tendres ou manque de motivation pour ce type de bétail, va savoir.

L’organisation a été parfaite et l’hommage qui ne pouvait pas ne pas être rendu judicieusement présenté pour satisfaire le souhait de discrétion de l’ancien président de l’ADAC.

                                                                    Il "joue" désormais à domicile! 

Samedi 12 juillet 2014. 6 Adolfo MARTIN ANDRES 6 pour Diego URDIALES – Fernando ROBLEÑO – Camille JUAN.

La corrida commence avec retard, les cuadrillas d’Urdiales et Robleño étant retenues par les manifestants anti. Soleil, rafales de vent et arènes quasi pleines pour un moment d’émotion déjà évoqué. Les taureaux sont de belles présentation et fort armés.

Diego URDIALES–Español n° 88 – 03/2009 – 510 kg – negro entrepelado. Bonne entame à la cape sur les deux cornes en amenant le taureau au centre. Le taureau a tendance à serrer. Il accepte trois piques sans pousser, la première dans le dos dont il sort en trébuchant, la troisième dans l’épaule. Piquero applaudi !  Tardo, il ralentit aussi sa charge aux banderilles qui seront difficilement posées, cinq passages pour en poser quatre dont deux dans le flanc. Brindis au public. A la muleta, Urdiales fait le travail avec envie et expérience faisant face à un taureau collant qui se retourne comme un chat et livre des coups de tête notamment à main gauche. Malgré cela il alternera les deux cornes et reviendra courageusement et avec efficacité à gauche. Après un avis, il tue de trois pinchazos dont un hondo et un quart de lame nécessitant un descabello. Silence.

Aviador n°28 – 11/2008 – 530 kg – cardeño bragado. Le taureau a une charge longue à la cape même si ses retours sont rapides et même s’il semble gêné au niveau des postérieurs. Deux piques lui sont administrées. R.a.s aux banderilles. Il s’affale après deux séries droitières imposant de le toréer à mi-hauteur. Ce taureau ne transmet pas et s’éteint rapidement. Le torero insiste sur la corne gauche pour un final trop long et ennuyeux. Il tue de deux pinchazos et d’une entière engagée. Silence.

Fernando ROBLEÑO– Monerias n°6 – 02/2009 – 500 kg – negro entrepelado.  Le taureau doté de cornes longues et fines  court beaucoup avant de remater aux planches, en arrachant deux. Il accepte quatre piques bien posées ; à signaler une mise en suerte par Camille Juan. Les banderilles sont posées sans application parce qu’il le fallait… Le taureau n’a que des demi-charges et se défend sur place. Après avoir travaillé sur les deux cornes le matador abrège la rencontre et le couche d'une entière basse d’effet immédiat. Applaudissements. Quelques sifflets à l’arrastre.

Español n°15 – 01/2009 – 510 kg – negro entrepelado. Une belle prestation avec une cape dominatrice précède l’administration de deux piques dont le taureau sort faible ; la première est repositionnée deux fois et la deuxième placée dans l’épaule. Aux banderilles salut d’Angel Otero Beltran. Brindis au ciel. Le taureau est attendu au centre avec des cites lui donnant de la distance. Il a moins de charge à gauche et plus de transmission à main droite, corne sur laquelle se termine la faena. Une très belle estocade légèrement en avant vaut une oreille. Applaudissements à l’arrastre.

Camille JUANbénéficie du meilleur tirage. Monerias n°6 – 11/2008 – 490 kg - negro entrepelado. Il se présente fortement armé et est accueilli d’une cape hésitante. Il subit trois piques de Gabin Réhabi qui manque la cible au troisième assaut et il semble s’endormir dans le caparaçon. Les banderilles sont posées sans soin et à la dérobée. Devant ce bon taureau, Camille Juan mènera un combat courageux mais désordonné. Constant de charge, le bicho bouscule le maestro lors d’une naturelle ; celui-ci reprenant à droite. La mort est donnée d’un 2/3 d’épée puis d’1/4 d’épée nécessitant un descabello après avis. Applaudissements à l’arrastre  et salut au tiers.

Madrileño n°22 – 11/2008 – 500 kg – negro entrepelado ne résistera pas aux assauts des burladeros répondant aux capes des péons, il s’assomme puis se casse la corne gauche. Dommage.

Malagueño n°1 – 11/2008 – 500 kg – cardeño bragado sort comme sobrero. Le torero part au combat avec plus d’envie d’en découdre que de technique mais la suerte de cape est plus que rapide mais efficace. Les deux piques sont mal posées et pompées. Aux banderilles Raphaël Viotti se fait remarquer. Le torero mène une faena engagée et volontaire mais violente et trop heurtée face à un adversaire qualiteux. Trois pinchazos et une demi-épée trop en avant et verticale précèdent deux descabellos. Applaudissements.

                          Camille JUAN à la peine           Blessure de Fernando ROBLEÑO à la main

Dimanche 13 Juillet Novillada – 6 Vale do SORRAIA 6  pour Diego FERNANDEZ – Roberto BLANCO – Vicente SOLER.

D’évidence trop de taureau pour de jeunes novilleros qui pour deux d’entre eux ne sont pas prêts pour une telle adversité, des taureaux tricoteurs et mansotes. Une belle affluence couvre les trois quart des gradins. Ce fut une novillada tristounette, sans alegria et sans geste noveril hormis les banderilles de Vicente Soler.

Diego FERNANDEZ– Rico n°16 – 02/2011 – preto entrepelado bragado corrido. Le novillo se révèle exigeant et il finira par prendre la main devant un jeune volontaire mais qui se fait désarmer, comme le péon de brega le sera lui aussi. 3 piques, le taureau allant seul à la seconde. Brindis à son valet d’épée. La faena sera droitière et impossible à gauche. Deux pinchazos avant 2/3 d'épée delentera et trop verticale exigent un descabello ; applaudissements à l’arrastre.

Urze n°13 – 03/2011 – preto entrepelado bragado corrido est un très beau novillo qui se comporte en manso ; l’entame à la cape est méritoire avant qu’il ne s’échappe. Il va volontiers à la première pique mais rechigne à la deuxième où il est difficile à mettre en suerte et où il ne pousse pas. Il sort seul à la troisième. Le taureau s’empare du pouvoir devant un torero désemparé qui, de plus tuera mal de six pinchazos et un descabello après avis.

Roberto BLANCO- Rosihno n°18 – 02/2011 – preto bragado corrido rebarbo  est un novillo très mobile très armé. Il se montre peu intéressé, andarin ou gazapon c’est selon. Manso, il met en défaut le picador et quitte prestement le caparaçon. C’est un taureau à problème qui ne sera pas canalisé par le novillero trop vert qui ne court pas la main et ne peut imposer le combat. Après deux désarmés il le tue d’une entière plate posée dans la croix. Il reprend l’épée pour deux pinchazo et un pinchazo hondo et après avis délivre quatre descabellos.

Toneca n°25 – 03/2011 – preto bragado corrido accepte trois piques où il pousse peu et sort seul. Brindis au public. Le taureau est noble mais il sera toréé trop haut sans que le novillero n’étire les passes, son bras ne dépassant jamais la hanche. Final par manoletinas avant de poser une entière en deux temps et trop en arrière.

Vicente SOLER se voit remettre, en fin de paseillo, le prix 2013  des critiques taurins du Sud Est.

Tangerino n°19 – 04/2011 – preto. Après une suerte de cape allurée le novillo ira trois fois à la pique sans faire montre de bravoure. Le novillero pose les banderilles réveillant heureusement le conclave. Brindis au public.  Le taureau a des charges sincères et rectilignes mais  il se met rapidement en défense et le torero aussi ce qui rend l’affrontement inopérant. Après trois pinchazos, le taureau tombe.

Pito n°22 – 03/2011 – preto entrepelado bragado rabicano ne s’en laisse pas conter à la cape mettant l’homme en difficulté. Son comportement de manso rend le tercio de pique délicat. Soler pose les banderilles à la Fernando Sanchez. L’entame de muleta se fait sur la défensive et il ne sera rien montré. La mort sera compliquée d’une demie retirée, d’un pinchazo et d’une épée entière bien placée.

Dimanche 13 juillet 2014 Corrida – 6 Bartolomé SANZ 6 pour Carlos Escolar « FRASCUELO » - Alberto LAMELAS - Esaü FERNANDEZ.

FRASCUELO  est présent pour honorer la demande posthume de Jean Louis Fourquet. Il est appelé à saluer.

Relampago n°14 – 04/2010 – 540 kg – negro entrepelado s’emploie dans la cape apaisée et douce du maestro. Il pousse aux trois piques mais s’échappe par deux fois. Après un quite concédé à Lamelas, l’ancien distille des gestes qui évoquent l’époque où l’économie de mouvements, le sitio et la planta s’imposaient. Nostalgie, quand tu nous tiens! Le torero trébuche en sortie de pecho et chute lourdement mais il sera « respecté » par le taureau qui s’arrête. La faena sera droitière, sans succès sur la corne gauche et conclue par deux pinchazos et une demi-épée.

Cartuchero n°8 – 03/2009 – 550 kg – cardeno oscuro paraît plus accommodant que son cadet si l’on peut dire parce que très présent face au chef de lidia. La cape sera assurée et dominatrice enveloppant dans sa lenteur le taureau qui ne sait où donner de la tête. Deux piques suffiront. Le torero multipliera les gestes dans son style qui peut sembler suranné mais qui n’est que très pur, démontrant qu’une faena peut être à la fois courte et variée ; construire est un art. Le taureau favorisera les naturelles profondes et templées avant d’accepter la mort d’une demi-épée efficace. Une Oreille salue la prestation et ouvre les débats interminables sur la querelle des anciens et des modernes, ce dimanche avantage à l’ancien.

Alberto LAMELAS remplace David MORA qui n’est pas rétabli de son accident de Madrid et tire bénéfice de son engagement au-delà du raisonnable démontré à Vic devant les Dolorès Aguirre. Il salue sur sollicitation du public.

Clavero n°1 – 03/2010 – 490 kg – cardeno oscuro. Le torero doit s’employer dans un réel travail de cape. Le taureau manso va à la première pique qui est reposée deux fois, à la deuxième il sort seul et part au toril. Il fuit la troisième quand le picador le cite à la voix. L’histoire dira qu’elle aurait été nécessaire. Il se transforme en bête furieuse au premier bâton posé. Le banderillero est sévèrement bousculé et doit aller à l’infirmerie. La troisième paire est posée à la volée et le taureau suit les hommes jusqu’à la barrière avec hargne. Le torero s’arrime et engage le combat. Le taureau est avisé et vicieux, toute inattention est payée de retours. Le torero le reprend à main gauche avec l’épée de mort. Deux pinchazos, une entière tombée, on comprend pourquoi et trois descabellos difficiles à poser du fait de la vigueur du manso con casta. Division d’opinion à l’arrastre. Salut au 1/3.

Pescador n°14 – 03/09 – 560 kg – cardeno salpicado calcetero caribello coletero. Le taureau sort des chiqueros avec une remarquable pointe de vitesse. Il s’engage dans la cape avec allant et au-delà emporté par sa charge. Les trois piques sont bien placées. Le taureau trébuche deux fois aux banderilles et montrera des signes de faiblesse en cours de lidia. Brindis à Bernard Raviglione. Le torero alterne les séries sur les deux cornes avec quelques belles naturelles mais le tout va a menos. Le taureau ne passe plus et la faena s’éternise ; d’ailleurs deux avis sont sonnés quand l’entière tombée produit son effet.

Esaü FERNANDEZ brinde son taureau à Frascuelo qui a dû apprécier le cadeau : iln’a rien montré, aucune envie. A son premier, après deux piques sur un taureau qui paraît invalide et le salut du banderillero il écourte la faena très rapidement et le tue d’un bajonazo !

Il ne fera pas mieux à son second, si ce n’est un golletazo d’anthologie. La démonstration de ses insuffisances se prolonge dans le temps, il faut se poser la question de sa présence sur le sable de Céret.

                                      Naturelle                                          Hommage

Lundi 14 juillet 2014 – Mano a mano Victorino MARTIN ANDRES José ESCOLAR GIL pour Fernando ROBLEÑO – Luis Antonio Gaspar PAULITA – Alberto AGUILAR.

La présentation du bétail est irréprochable avec des armures impressionnantes, trop développées pour certains spectateurs. Les Victorino sont tous de janvier 2009 et sortent en rang 1, 5 et 6, les Escolar sont de novembre 2008, décembre 2009 et mars 2010 ils sortent en rang 4, 2 et 3.

Fernando ROBLEÑO a choisi de débuter face au VM. Cominito n°33 – 530 kg – negro entrepelado bragado meano. L’affrontement à la cape est vif et musclé. Le bicho charge le cheval avec force mais il ne s’emploie pas dans le caparaçon. Les quatre piques sont posées en arrière, pompées et carioquées. Banderilles remarquées d’Angel Otero Beltran. La faena essentiellement droitière sera monotone et sans vrai tentative sur la rive gauche devant un taureau intéressant. Un pinchazo et une entière très engagée dans le berceau vaudront des applaudissements aux deux protagonistes. Le torero rejoint l’infirmerie pour une plaie à la main droite.

Cantador n°38 – EG - 11/2008 - 520kg – negro entrepelado est un taureau haut de garrot et violent aux cornes très impressionnantes, disproportionnées. Trois piques subies sans pousser et trop en arrière, pompées et carioquées. Fernando est décidé, il s’arrime et le contraint rapidement sur la corne droite. Les charges étant relativement courtes  le toreo s’effectue dans un cercle de cinq mètres de diamètre seulement. La prestation courageuse se clôt sur une épée magistrale décrochant une Oreille.

L.A.G PAULITA– Cedido n°20 – EG - 12/2009 – 520 kg – Haut de garrot lui aussi, astifino mais à l’armure plus étroite, il saute dans la cape. Il est violent au cheval ; au troisième assaut il vise l’encolure et renverse l’équipage. Il trébuche avant la quatrième pique qui n’est pas donnée. Il perd rapidement sa charge d’où un toreo pasito atras sur la corne gauche. Après un pinchazo il se réfugie aux planches où il est couché d’une épée entière delentera. Applaudissements à l’arrastre et salut au 1/3.

Muchopan n°60 – VM – 01/2009 – 520 kg – cardeno bragado meano saute lui aussi dans la cape. Trois piques bien posées où il va lentement et où il s’emploie peu. A la muleta, il fait usage d’une charge courte en jouant d’une tête tricoteuse. La faena est plaisante et semble se terminer sur la corne gauche. Mais après une chute le torero le reprend sur les deux mains. La demi-épée sera d’effet immédiat. Salut au 1/3.

Alberto AGUILAR exerce avec une attelle à la jambe droite ce qui ne doit pas faciliter l’actuation. Conducido n°28 – EG – 30/2010 – 510 kg – cardeno bragado se révèle difficile à la cape au final c’est le péon de brega qui le domine. Il pousse fort aux trois piques acculant le cheval. Aguilar semble absent les mises en suerte sont effectuées par le péon et le chef de lidia. Le tercio de banderilles n’est que désordre. Il n’y aura pas de faena le torero ne voulant pas voir un opposant à la tête chercheuse. Deux pinchazos et une demi-lame précèdent les sifflets. Division d’opinion à l’arrastre.

Esoterico n°55 – VM – 01/2009 – 560 kg – negro entrepelado bragado meano est un taureau puissant qui fait réagir le matador. Celui-ci s’arrime à la cape après un accrochage du tissu. Le taureau va lentement aux trois piques, il se fait désirer à la deuxième et surprend le piquero qui rejoint le centre pour le troisième envoi. Le taureau aura une bonne charge à droite où il embiste. Il rompt sa charge sur une naturelle et bouscule du museau Alberto qui piqué au vif finit à l’arrache sur la corne gauche. Entière et Oreille.

Est-ce bien raisonnable? L.A.G PAULITA