En souvenir de Céret

 Si vous étiez à Céret et que vous n’ayez pas vu Frascuelo, vous n’avez rien vu ! A 6 heures des Vêpres, le ciel charriait des nuages noirs ; dans les arènes aux couleurs catalanes de Céret le paseo s’ébranlait avec à sa tête un homme de 65 ans, portant derrière lui 40 ans d’alternative. Sur les gradins on souriait pour ce vieux-jeune homme vêtu d’un costume vert bouteille aux broderies noires. Il avait pourtant belle allure aux côtés des jeunots : Alberto Lamelas et Esau Fernandez. Il avait cette allure noble d’un guerrier, ce port de tête d’un prince, qui fait dire : « cet homme est torero » et qui le fait reconnaître entre tous. 

 

 

A 6 h 10 des Vêpres, Carlos Escolar « Frascuelo » venait de recevoir une « standing ovation »  de tous les aficionados qui remplissait le coso. Il ouvrit alors sa cape pour recevoir « Relampago », un toro couleur du ciel du Valespir de la ganaderia des héritiers de don Felipe Bartolomé Sanz pesant 540 kg, armé comme un samouraï. Un geste lent, mesuré, uniquement pour capter la bête dans les plis roses du capote. Une véronique et une demie, c’est peu, certes, mais déjà des notes majeures, supérieures, ciselées comme un diamant.

 

Photo Sophia Gabourdes

 

« L’Eclair » n’a pas été brillant aux piques, comme d’ailleurs tous ses frères, même si le picador reçut le prix décerné par l’Adac. Et puis, « Frascuelo » glisse et se retrouve par terre, « Relampago » le regarde mais ne charge pas, des regards qui se croisent seulement. La mise à mort sera  lente et le public garda le silence même si des « olés » profonds et gutturaux  ont accompagné les « remates », les vrais, ceux qui font tordre l’échine des toros ou des derechazos en mettant la jambe

 

 

Au quatrième « Cartuchero » qu’il brinda au ciel, sans doute à Jean-Louis puis au public, il fallait voir ses véroniques de réception tête penchée sur l’épaule dans ce geste que l’on accorde à cette femme pieuse qui offrit son voile à Jésus pour essuyer son visage. Il fallait voir ses naturelles, citées de face en mettant la jambe. Il fallait voir ses derechazos, ses doblones. Il fallait savoir goûter à ces gestes aujourd’hui disparus, ces moments de vérité tauromachiques. Il fallait être quelque peu romantique.

Tout le monde n’a pas compris. Quand la présidence lui accorda une oreille, les plus jeunes, ceux qui n’ont connu que les faenas insipides qui consistent à faire passer le toro, sans danger,  en tirant des passes et des passes, ont manifesté, ont sifflé. Ils venaient pourtant de vivre une tauromachie authentique, d’une autre époque certes, mais tellement sincère  d’un vieux-jeune homme de 65 ans et de 40 ans d’alternative. Après ?

 

Photo Dominique valmary

 

Il y eut Alberto Lamelas remplaçant David Mora et triomphateur de la Feria de Vic Fezensac qui reçut en premier un véritable « serial killer ». Il faut reconnaître qu’il s’est battu, mais son échec armes en main, ne lui  autorisa qu’un salut. Au cinquième si l’on note quelques séries valeureuses mais évidemment sur la tangente, là aussi échec total avec les aciers et silence. Quant à Esau Fernandez, qui se présentait à Céret, son renoncement face au sixième notamment, ne le classera pas au registre des souvenirs de cette fin de journée. Lui aussi use et abuse du toreo parallèle. Mais nous avons vu Carlos Escolar « Frascuelo ». Et cela ne s’oublie pas.

 

Paul Bosc