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CLASSE MAJUSCULE

CLASSE MAJUSCULE

On le sait les prix n’ont que la valeur que l’on veut bien leur donner, mais ils ont le mérite d’exister et lorsqu’ils sont sans conteste, et d’avis unanime, alors ils n’en prennent que plus de valeur.

Séville est sans doute mon arène de cœur, avec Dax bien sûr. Ne me demandez pas c’est comme ça, j’adore Vic, Céret, et bien d’autres places Las Ventas, mais comme aficionado j’ai une partie toriste, et une partie toreriste, bien sûr à condition que l’une comme l’autre respecte le toro et le public.

Cette année je l’ai écrit par ailleurs, est l’année Morante. Serein, souriant, et plus présent en piste, à peu près partout, il fait peut-être la meilleure saison de sa vie.

Morante semble en totale plénitude de ses moyens. Bien sur il nous régale de détails auquel le grand public ne prête pas toujours attention, dans son positionnement (je parle souvent de ses talons ancrés dans le sol) c’est une montera a l’ancienne, l’épée de mort utilisée pour la faena, c’est une passe quasi oubliée que l’on ne trouve que dans des archives en noir et blanc, ou les bouquins des glorieux anciens, ce sont des bas blancs, une main plus basse et des passes plus profondes que le grand ‘’gouf de Capbreton’’.

Ce sont aussi ces détails de classe, durant la Vuelta, qu’il fait a Dax devant la demande insistante du grand public, il va trottiner estimant que cette vuelta n’est peut être pas tout a fait méritée vu l’échec à l’épée, il va refuser une oreille au public de la Maestranza de Séville, saluer au tiers, refuser à la présidence qu’elle ne cède a la pression. Morante sait la valeur de ce qu’il fait, les passes magnifiques données, ses échecs répétés a l’épée, le bonheur qu’il transmet.

Morante envoûte, il est sans nul doute le numéro un, aujourd’hui, dans sa catégorie. Autre signe des temps, il se fait prendre deux fois cette temporada. Comme ses pieds sont ancrés il n’a pas de recours, deux fois il vole dans les airs, bien entendu ses toros ne sont pas les tueurs que l’on voit par ailleurs, comment pourrait-il toréer comme il le fait ? Mais on le sait bien tous les toros tuent. Dans le temps pas si lointain d’avant confinement, un coup de cul du toro, et Morante cessait les hostilités, laissant le soin à ses subalternes de casser le toro quand ça n’était pas « massacre a la pomponeuse ». Dans la famille Picador, je prends l’assassin brésilien, vous savez ? Le Carioca. Et Morante déjà dans le camion…

Non, là, il se relève, vérifie l’état des lieux, puis reprend son attirail et se replace au même endroit pour continuer l’œuvre entamée.

Séville est en transe, le Guadalquivir vibre sous les ‘’olé’’ calle Serpies, les rideaux fermés des boutiques le resteront cet après-midi, et ce soir…Morante a triomphé.

 La statue du Pharaon sourit.

Une sixième larme, de bonheur celle-ci, coule sur la joue de la Macarena,

Rafael de Paula dit que le toreo de Morante coule de son âme et de son cœur, qu’il est son descendant en ligne droite…Que les dieux gitans le bénissent

De l’autre côté du fleuve, dans le bar ‘’las Golondrinas’’ de la calle Pages del corro dans Triana, les guitares abandonnées attendent dans leurs étuis clos,  que les mains agiles pincent leurs cordes pour chanter la gloire de celui de La Puebla…et faire danser les femmes jusqu’au plus loin du petit matin.

Grand triomphateur de la feria Sévillane : Morante de la Puebla.

Meilleure Faena de la feria Sévillane : Morante de la Puebla.

Son apoderado (rappelons qu’il est lui-même son propre apoderado) vient de signer pour Mexico…ça me fait plaisir pour mon ami Gaston.

Mais je suis persuadé qu’il a déjà en poche quelques juteux contrats pour l’an prochain, en sachant comme d’habitude que Morante reste Morante…celui de cette année est de classe majuscule.

CHF