Saint Martin de Crau, samedi 23 avril, la corrida de competencia d'élevages français

Ciel alternant nuages et éclaircies, mistral supportable, gradins garnis aux trois quarts.

Que faut-il entendre par “corrida de competencia” ? C’est, à la manière “Canada-dry”, une corrida qui a toutes les apparences d’une corrida concours mais qui n’est pas tout à fait une corrida concours, ne serait-ce parce que les lots ne découlent pas du strict respect de la chronologie de l’ancienneté des élevages mais sont composés par les cuadrillas et tirés au sort selon la méthode habituelle. La ressemblance avec une corrida concours tient au prix éventuellement décerné à l'animal qui a montré les meilleures qualités. Voir dans TOROS Y CACTUS l’excellente analyse d’Evelyne Lanfranchi à propos de la corrida de competencia 2015.

Par comparaison avec cette corrida de l’année dernière, tous les taureaux ont présenté de belles cornes bien développées dont les pointes ne se sont “astillées” que de manière discrète.

Encore une fois, je me plais à souligner la qualité des sorteos réalisés par “La Unica”. Je les reproduis parce qu’ils complètent utilement mes propos. Il s'y trouve, non seulement, le numéro des taureaux, leur nom, leur “guarisme”, leur poids, la couleur de leur robe, l'ordre de leur sortie, mais aussi la photo des maestros, leur biographie sommaire, le nom de leur apoderado, la composition de leurs cuadrillas avec couleurs des costumes et ordre d'intervention, le nom de l'empresa de caballos et celui des chevaux, la composition de la présidence, ... et, au verso, des renseignements sur les élevages. Qui dit mieux ?  

Le Tardieu qui “rompt plaza” développe de longues cornes pointues. Il reçoit des applaudissements.
Salvador Cortés, rouge et or, l’accueille par convenables véroniques.
Le bicho ira bravement quatre fois au cheval mais n’y déploiera aucune force :
Première pique, tête engagée sous le ventre du cheval mais sans la force de le bouger.
Deuxième pique en partant de loin mais sans s’engager.
Troisième en partant de loin avec alegría vers une brève rencontre.
À la muleta le Tardieu est noble et baisse la tête. Cortés n’en tire pas grand avantage, alternant quelques séries à droite avec des naturelles profilées et marginales.
Demi-lame, en avant et tombée, efficace.
Applaudissement à l’arrastre, salut au tiers.

Le Jalabert incombe à Manuel Jesús Pérez Mota, nuit et or. Il est, lui aussi, bien armé et reçoit des applaudissements.
Manuel Jesús torée par bonnes véroniques en gagnant le centre. Position que l’animal abandonnera immédiatement pour l’abri de la barrière.
Fuyant les capes, il sera ensuite difficile à mettre en suerte mais prendra quand même une première pique en arrière sur laquelle il poussera  par  à-coups, puis une seconde à peine plus soutenue.
Aux banderilles, ces fuites vers la querencia imposeront à la cuadrilla une lidia technique intéressante à suivre.
Avec beaucoup de mérite Pérez Mota s’efforce de le conserver dans sa muleta et parvient à tirer quelques passes puis, près des planches, à terrain inversé, deux ou trois bonnes naturelles.
Mort par demi-épée légèrement tombée et descabello.
Sifflets au taureau, applaudissements et salut au tiers.

Le pensionnaire des Frères Gallon est reçu amplement de cape, véroniques et chicuelinas, par Romain Fluet dit Román Pérezblanc et or.

À la pique, il s’échappe pour aller seul sur la première que Nicolas Bertoli place très bien dans la partie arrière du morrillo, c’est à souligner, et sur laquelle il pousse un peu.
La deuxième est du même acabit.
Román intercale trois navarraises.
Troisième pique, cette fois-ci placée au milieu du dos, c’est à réprouver.
Aux deuxième tiers rapidement conduit, Morenito d’Arles est à la brega tandis que Raphaël Viotti et José Gomez posent les palos.
Román Pérez double vers le centre un gentil animal dépourvu de mauvaises intentions et qui était à traiter avec délicatesse et “temple”. Las ! le tonitruant Román décroisé, plié en deux, maniant la muleta comme un coupe-coupe, maintient l’animal à bonne distance.
L’épée, enfoncée jusqu’aux doigts dans tout le haut, sera foudroyante et lui vaudra une généreuse oreille.
Applaudissements à l'arrastre.

 

L’animal des Héritiers de Christophe Yonnet est applaudi à son apparition en piste. Salvador Cortés lui administre de bonnes véroniques en gagnant vers le centre.
Il pousse fort sur une pique placée dans la croix, pique exagérément prolongée par le picador Cruz Macias. Il en sort estropié, boitant de sa patte avant droite si bien que le président Jacky Boyer fait sonner le changement de tiers.
Le taureau se refait progressivement une petite santé et développe un sentido à la manière Yonnet. La faena sera souvent heurtée mais Salvador saura allonger quelques passes sur les deux bords et adoptera la tactique de laisser un temps de récupération au taureau toutes les trois passes.
Epée entière d’effet rapide
Quelques applaudissements.

Le Pages Mailhan a pour nom Poderoso.
Pérez Mota, ne parvenant pas à lui imposer sa cape, choisit, pour attirer sur elle son attention, de la lui faire poursuivre en la balançant d’un côté à l’autre tout en reculant rapidement en zigzags grâce à un excellent jeu de jambes.
Poderoso ira à quatre reprises, sans rechigner, à la rencontre de la pique de Francisco Vallejo en étant chaque fois placé un peu loin. Pourtant, ses poussées ne seront pas franches mais hachées par un manque de complète bravoure.
La sortie du picador se fera sous l’ovation et la musique.
Muleta en main, Pérez Mota débute par de bonnes séries à droite tandis que l’animal s’avise, se retourne vite et devient menaçant. Le torero assume et prend la gauche pour donner des naturelles méritoires. Pour affirmer sa domination, il revient efficacement à droite avant de loger en bonne place une demi-épée efficace.
Deux oreilles.
Vuelta au toro.

Le dernier taureau est celui des frères Granier. Sa course chaloupée révèle une lésion de son onglon postérieur droit qui perdra sa corne au cours de la course. Román Pérez le reçoit par une larga afarolada de rodillas au ras de la barrière.
Le bicho prendra deux piques et chutera au sortir de la seconde. Le public, un peu amorphe, n'a pas demandé le renvoi au corral et nous pouvions craindre de cet invalide qu’il produisît un spectacle pitoyable. Pourtant, il tint debout, offrit à Morenito d’Arles l’occasion de deux bonnes paires de banderilles, fit resurgir sa bonne caste durant le troisième tiers, ne cessa d’aller a mas.
Román Pérez ne sut pas en profiter, reproduisant un toreo à grande distance fort ennuyeux. Il eut du mal à tuer, portant un tiers d’épée après un avis, suivi d’une flopée de descabellos, entendant un deuxième avis, donnant enfin le descabello efficace.

 

Cete tarde a été sauvée par Poderoso, de Pages Mailhan qui remporta le prix et par Manuel Jesús Pérez Mota qui sortit en triomphe. ,
Le Tardieu, le Gallon et le Granier ne déméritèrent pas. Que n'eurent-ils des vis-à-vis capables de mieux révéler et exploiter leurs qualités ?
Quant au Christophe Yonnet, bien que détruit par la pique, il conserva de beaux restes.

Finalement, les éleveurs français n'ont rien à envier à la plupart des éleveurs espagnols, si ce n'est que ces espagnols commercialisent plus facilement leurs produits.