DAX – Dimanche 14 août 2016

     Corrida de PEDRAZA de YELTES pour Rafael RUBIO « RAFAELILLO » (bleu ciel et or), Joselito ADAME (parme et or) et Juan DEL ALAMO (blanc et argent).

     Lot con trapio, long et haut, lourd, bien présenté et armé correctement voire plus, brave et souvent spectaculaire au cheval, de comportement plus mitigé par la suite mais toujours intéressant.

1er (4 ans 7 mois, 630 kg) : haut et long colorado « ojo de perdiz » liston, ensellé, qui se tord l’encolure dans le couloir de sortie, avec la corne gauche en pinceau ; Rafaelillo se fait désarmer à la cape. Ce toro pousse sous deux piques, 1ère en place après s’être échappé, 2ème plus en arrière et pompée. Quite d’Adame par chicuelinas et revolera, et le picador sort sous les sifflets. Banderilles correctes, 3ème paire bien, pas de poursuite. L’animal, noble et mobile, devient distrait lors du passage à gauche, cherchant les planches, après avoir été toréé de la droite sur le voyage, avec sortie par le haut. Quatre circulaires dans un sens puis dans l’autre amènent une fuite du cornu vers les planches, où il se sent bien et démarre quand le matador monte l’épée. Quart de lame, entière basse et le matador joue la grande scène de l’acte II, prenant le public à témoin de Dieu sait quel exploit, peut-être pour aider son toro (et le trophée) à tomber. Oreille de station balnéaire et applaudissements à l’arrastre.

2ème(4 ans 7 mois, 585 kg) : colorado bien armé qui lui aussi désarme le matador au capote et prend trois piques : 1ère en provoquant la chute, picador coincé sous le cheval ; 2ème en arrière et appuyée, en poussant ; 3ème en venant au galop, cheval présenté de travers. Bonnes banderilles de Fernàndo Sànchez (2ème paire), avec poursuite. Doublé avec décision par Adame, le toro s’agenouille et sort vite la langue ; faena marginale avec naturelles sur le pico et bernadinas. Le torero « fait des passes » en musique, mais torée-t-il pour autant ? Entière tombée, descabello, silence pour l’homme, nouveaux applaudissements pour l’arrastre.

3ème (5 ans un mois, 600 kg) : colorado bien armé mais bizco, qui cogne aux planches et se fait exploser la corne droite. Une pique trop longue avec poussée aux planches, une autre, venant en accélérant, levée de suite et changement de tiers demandé en piste, accordé par le palco et protesté par la partie aficionada du public. Tercio de banderilles magnifique entre loupés, ratages et poursuites, tout cela pour arrêter à deux banderilles (et non deux paires) plantées ! Le toro, montrant un fond de faiblesse, mais néanmoins difficile (« compliqué », comme diraient d’aucuns), revient sur l’homme et demande à être lidié ; las, Adame, dans un mauvais jour, ou sans envie, recule et se laisse dominer ; il se reprend sur une série à gauche, une autre à droite mais, comme dans un aveu d’échec, opte pour une succession de pechos pour enfin donner quelques passes de châtiment. Entière basse, une muleta et trois capes au sol, et le toro, relevé par le puntillero, tombe après un avis qui aurait dû être sonné et ne l’a pas été. Silence et nouvel arrastre « lent » applaudi.

4ème(4 ans 10 mois, 570 kg) : haut et fin colorado bien armé ; la réception est minimaliste. Avec une arrancada magnifique, le toro pousse puis fait sauter la pique ; placé au centre, il tarde puis vient au galop pour une 2ème pique bien tenue mais pompée ; à la 3ème rencontre, tardant de nouveau à venir de loin, le picador manque sa « cible », se retrouve en déséquilibre et chute ; placé de nouveau loin sur demande du public (!), l’animal revient après avoir gratté pour une 3ème (et non 4ème comme il a pu être dit) pique, courte. Juan José Esquivel, bien qu’ayant « pompé », sort sous l’ovation. 2ème tiers correct, avec poursuites molles. Dès le début de faena, le toro s’effondre, ce qu’il fera à quatre reprises, bien que restant bouche fermée, et devra être puntillé en piste, plutôt maladroitement d’ailleurs. Salut du picador, auquel se raccroche le matador. En fait, ce toro a été piqué trois fois ; si ces piques étaient trop lourdes, c’est d’abord la faute du matador, ensuite celle de son piquero …

5ème (5 ans 4 mois, 585 kg) : fin negro liston astifino, avec un chanfrein busqué, qui attend les hommes à sa sortie en piste. Il vient dès que le cheval bouge et pousse sous une pique en arrière, quasiment dans le flanc, rectifiée puis, replacé assez près, en prend une 2ème levée de suite. Au 2ème tiers, le toro, distrait et attendant les hommes, finit avec quatre banderilles clouées après deux passages en faux. Puis l’animal, mobile, reste distrait, tête haute et s’intéresse à la muleta … de temps à autre. Jamais dominé, il démarre bien sûr au moment de la mise à mort et meurt après demi-lame basse et descabello entrecoupés d’une attente de longueur respectable. Avis sonné en retard et sifflets polis.

6ème (4 ans 8 mois, 550 kg) : castaño bien armé qui met la tête lors d’une belle réception de Del Alamo. Il charge le cheval pas encore à sa place pour une pique courte puis vient de loin, tardo, en deux fois et finissant au galop lors des deux rencontres suivantes ; le picador, qui a piqué en place, est applaudi. Désordre en piste au 2ème tiers, avec poursuites et cuadrilla à la dérive. Après des doblones corrects pour l’amener au centre, l’animal charge avec brusquerie, voire violence et désarme l’homme. Et pourtant, en dépit de son caractère bronco, il met de nouveau la tête dans la muleta et conserve sa charge jusqu’à sa mort après pinchazo et entière tombée suivis d’une agonie longue et émouvante, probablement sur le 3ème avis (ou après ?) si les deux premiers n’avaient été sonnés avec deux bonnes minutes de retard. Silence pour l’homme et sortie de l’arrastre dans l’indifférence, indifférence qui m’a d’autant plus choqué que, pour ce toro à mes yeux le plus complet de l’envoi, j’avais songé au mouchoir bleu…

    Présidence laxiste de Franck Lanati, assisté de David Mora et de Gilles Duchon.

   A noter qu’à plusieurs reprises, les chevaux d’arrastre sont sortis au pas : serait-ce l’importation des « arrastres lents » pratiqués en Amérique latine ?