AIGNAN – Dimanche 27 mars 2016 (matin)

NSP du CAMINO de SANTIAGO (1 et 2) et de L’ASTARAC (3 et 4), fers de Jean-Louis DARRE, pour Adrien SALENC (écarlate et or) et Baptiste CISSE (vert pomme et or).

Une présentation correcte, un peu de faiblesse, beaucoup de noblesse et, pour les deux Astarac, une recherche active des planches. Pour les hommes, Salenc torée beaucoup le public et prend l’épée au moment (théorique) du 1er avis ; Cissé m’a paru plus sincère et lui, au moins, mieux conseillé, arrête sa faena à six ou sept minutes.

1er (2 ans 9 mois) : ce negro un peu fermé d’armures bouscule Salenc sur une larga à genoux puis se montre brusque dans sa cape. Banderilles à la charge de la cuadrilla, correctes et avec poursuite. Dans la muleta, l’eral vient de loin mais chute par trois fois et se défend dans le leurre. C’est encore plus heurté à gauche, le novillero se croisant … à l’occasion … et surtout se faisant beaucoup promener, puis mettre en difficulté sur ses tentatives de circulaires inversées. Cette faena pléthorique de 11 mn 30 sans avis est conclue d’une entière en avant. Oreille gentille pour satisfaire la demande de cinquante mouchoirs.

2ème (2 ans 9 mois) : la réception est variée mais enregistre déjà deux chutes. Compétition aux quites, les deux en faroles, accroché pour Cissé. Les banderilles du novillero sont posées à cornes passées et les poursuites de l’animal franches. Faena correcte, débutée par trois passes changées, ponctuée d’une 3ème chute et terminée par manoletinas. Doblones pour placer l’eral et entière basse portée avec décision. Oreille pour répondre à une demande un peu plus importante et quelques hurlements pour l’octroi de la 2ème, heureusement sans effet.

3ème (2 ans 9 mois) : un costaud armé gacho qui trébuche et que Cañada s’appliquera à faire cogner au burladero à plusieurs moment du combat. Nouvelle compétition aux quites, Cissé intervenant par zapopinas. Salenc, peut-être « piqué » par son compañero, se décide cette fois à banderiller, plutôt moyennement d’ailleurs. Commençant sa faena à genoux, il est contraint de -ou il se contraint à- poursuivre, à genoux donc, un adversaire beaucoup plus intéressé par les planches que par la muleta : inesthétique ? ridicule ? (les deux). L’animal va où bon lui semble, mais le novillero réussit à lui maintenir la tête dans la muleta puis, comme surpris que des naturelles au demeurant fort laides ne déclenchent pas la musique, fait signe directement au chef des Armagnacs (peut-être une nouvelle forme de la « démocratie participative »). Il conclut par deux longues séquences dans les cornes, frôlant l’accrochage et tue par pinchazo et entière en avant. Avis à 12 mn 30 et oreille.

4ème (2 ans et demi) : un eral fin et bien armé qui désarme l’homme de suite. 2ème tiers long et nombreux capotazos pour trois paires à cornes passées avec poursuites. Cissé est lui aussi confronté à un opposant qui voit surtout les planches ; volontaire, il arrive à l’intéresser au leurre mais veut trop en faire, aves des circulaires à l’endroit et à l’envers. Il finit par toréer aux planches et en termine d’un quart de lame suivi d’une entière contraire et d’un descabello. Nouvelle oreille et sortie des deux jeunes a hombros. De là à parler de triomphe …

Présidence gentille, généreuse et laxiste. Le jour où ces novilleros seront présidés par un président qui préside, la sonnerie des avis va leur paraître précoce.

AIGNAN – Dimanche 27 mars 2016 (après-midi)

Corrida du Sr Marqués de ALBASERRADA pour Francisco Javier SANCHEZ VARA (rose et or), Alberto LAMELAS (blanc et argent) et César VALENCIA (violet et or).

À part le 1er, escobillé, les quatre autres toros du lot (malheureusement incomplet pour cause d’accident à l’embarquement) étaient superbement armés et en pointes. Pour ce qui est du comportement, le 1er était sans grand intérêt, les 3ème et 5ème durs et pas commodes, le 6ème le plus complet du lot sans être pour autant  un enfant de chœur ; quant au 4ème, au bénéfice du doute, peut-être qu’en d’autres mains … A la pique, plus rageurs, voire hargneux que baves, souvent tardos, mais au moins démarrant au galop (quand ils l’avaient décidé !).

1er (4 ans 3 mois) : bien armé mais avec les cornes escobillées. Deux piques levées de suite font bien sûr applaudir le picador. Les banderilles correctes du matador sont précédées d’un saut à la garrocha quasi avorté de Raùl Ramirez. Que retenir de la faena, si ce n’est des hurlements lassants ? Des cites sous le mufle, un toreo sur le voyage et un torero venu, comme le dit un voisin, « para cobrar la pasta ». Bajonazo, descabello avec démarrage, silence. 11 mn 30 sans avis …

2ème (4 ans) : sobrero de CAMINO de SANTIAGO râblé, bas sur pattes, astifino. Deux largas à genoux sont suivies de véroniques correctes. Après une pique basse et carioquée, le toro désarme un peon et va vers le toril ; la 2ème pique est correcte. Poursuite aux banderilles pour des poses diverses, avec un peon de brega dépassé et des capotazos en tous sens. Mobile sur la droite, l’animal se montre tardo à gauche puis cherche de nouveau les planches. Lamelas revient à gauche pour constater que ça passe mieux puis insiste bien assez. Demi-lame plate et mort au toril. Oreille sur pétition minoritaire, à moins que l’indécence d’un peon réclamant lui-même le trophée ne vaille pour X mouchoirs. Avis à 11mn 50.

3ème (4 ans 4 mois) : con trapio et bien armé, qui fait sonner les étriers à la 1ère pique, tarde à venir à la 2ème et tarde tellement pour la 3ème (placé trop loin les trois fois ?) que le président fait arrêter le tercio. Nouvelles poursuites aux banderilles. L’animal vient au moindre cite et avec violence dans la muleta de Valencia, qui se fait désarmer. On sent le « client » sournois, qui cherche le mauvais coup, et qui finit par l’asséner quand, avec une épée entière dans le corps, il raccompagne le matador aux planches pour le rattraper et lui infliger une cornada près de l’aine. Oreille méritée, pour le courage.

4ème (4 ans 3 mois) : mal piqué en trois rencontres : 1ère dans l’épaule, 2ème au même endroit, tardo puis venant au galop et soulevant le cheval, 3ème en devant être rapproché, au milieu du dos et replacée. 2ème tercio (très) moyen de Sànchez Vara. Le toro cogne dans la muleta, fait reculer l’homme à gauche et s’éteint rapidement. Deux pinchazos, entière tombée et silence.

5ème (4 ans 5 mois) : bien fait et plus léger, se défend sous une pique appuyée et revient après une mise en suerte laborieuse. Le 2ème tiers est long, long, très long, avec passages en faux devant un toro qui ralentit, voire s’arrête. Lamelas, toujours volontaire, arrache les passes à un adversaire à la fois un peu faible et dur, qui finit par l’avertir. Et commence le début des complications : le matador, voulant trop en faire, prolonge sa faena au-delà du raisonnable, manquant ainsi le moment de « donner la mort » et n’arrivant plus à arrêter son opposant. Celui-ci tourne la tête à droite, à gauche, avance d’un pas, démarre, poursuit l’homme … Un vrai calvaire qui se termine par une entière basse portée comme de guerre lasse suivie de deux descabellos, eux-mêmes entrecoupés de démarrages. 1er avis à 12 mn 30, 2ème à 16 mn, le toro tombant à 18 mn … Vuelta protestée à son début.

6ème (4 ans 4 mois) : beau liston reçu par farol à genoux et qui prend, lui, trois vraies piques : 1ère en fonçant sur le cheval en train de tourner, le picador récupérant bien une situation délicate, 2ème et 3ème propres, venant au galop après avoir attendu. Le cavalier sort sous les applaudissements du public, mérités cette fois. Salut d’un peon aux banderilles, lequel a bien failli se faire prendre quand, poursuivi, il sous-estime la vitesse du toro. Animal mobile et torero décidé pour une faena courte ; ayant payé d’une voltereta le fait que la corne gauche est infréquentable, Valencia revient à droite, croisé et citant de face, puis, toréant toujours avec sincérité, finit par faire passer le récalcitrant à gauche et conclut par passes aidées hautes. Pinchazo porté en se jetant et entière plate en avant avec poursuite. Oreille conquise de haute lutte et vuelta pour la dépouille du toro, peut-être un peu généreuse, mais au moins pas donnée à une larve collaboratrice comme trop souvent.

Quand on voit les cartels de certaines ferias, l’absence du jeune et vaillant César Valencia paraît bizarre …

Trois heures dix de course, avec quelques moments d’ennui, d’autres de tension et de nombreux autres plus intéressants. A noter l’effort fait par les organisateurs d’Aignan en terme d’information du public : sorteos distribués et panneaux annonçant chaque animal en piste, tant le matin que l’après-midi.

Présidence de l’ami Guy Tanguy (fâché avec l’horloge), assisté de J.-P. Castets et de J.-C. Bonneville.

Bernard Desvignes