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EL PANA

 

Lorsque l'officier de police Rodriguez se fait abattre comme un chien de quelques balles de révolver dans une rue misérable, il ne sait pas encore que sa progéniture va devenir une célébrité.

En effet, né en 1952 Rodolfo Rodriguez vit dans la pauvreté et la misère dans la province de Mexico...il partage avec ses 7 frères et sœurs le peu que leur veuve de mère arrive à leur fournir.

Dans ces cas là, il y a peu de chance de rencontrer la bonne fée au coin d'une rue, Rodolfo va devoir travailler.

Il se lance dans mille et un petits boulots qui de croque mort à Boulanger vont lui forger un caractère..et lui donner un nom.

Ici, comme en Espagne, la tauromachie est une issue de secours, la bouée à laquelle on se raccroche pour devenir riche...il pousse la porte. On le voit alors hanter les capeas se battre contre des vaches de sept ans, des toros déjà toréés, devant des publics hilares de le voir se faire attraper.

Son corps se barde de cicatrices et de blessures qui iront jusqu'à lui traverser l'âme.

Nom de scène: El Pana, “la boulange“..

Il va nourrir sa famille, devenir une figure.

Il est baroque, il est courageux, il a un répertoire incroyable de passes et des phrases définitives, il prétend être le dernier romantique, il dit des figuras d'aujourd'hui qu'ils alignent des passes (sauf José Tomas) qui est venu le voir lors de son triomphe à Mexico le 7 Janvier.

Il était vêtu comme Manolete dont il rêve la fin. Il s'est allongé dns le sable de la monumental...cigare cloué au bec.

On l'insulte, on l'admire, on le traite de clown, de pantin, de génie. On l'adule on le rejette, à Mexico il fera sept tours de piste, il sera félicité par Calderon lui-même..il triomphe...

Ce jour là, l'aide de camp remballe les ciseaux, la coleta bien en place il attendra encore..

Vêtu d'orange, de rose comme on n'en fait plus, d'argent là ou d'autres portent l'or.

Il se vêt de ponchos multicolores, se revendique figura, mythique, vieux fou.

Il fréquente les filles de petite vertu.

Il se réfugie dans la douceur de leurs corps, un retour à la matrice ?

Sur leur peau satinée, de cuisses en seins, il trouve le repos, elles sont de sa famille, celle de la misère et des beautés de l'âme... du stupre et des bontés..

Il s'enivre pour oublier.... oublie, un temps, d'ou il vient, et combien le chemin est pentu et dur qui mène à ce naufrage qu'est la vieillesse.

 

Son corps est lourd, un peu trop cassé, la main précieuse, et son jeu de cape et de muleta ferait rougir certains du G chose... et son rire traverse tout cela comme si sa vie oscillant de la misère à la gloire n'était qu'un vulgaire jeu...

Il fait passer les toros, il fait passer sa vie...il a des gestes d'un autre siècle.

Il est tragique, il est beau, touchant, risible...c'est le Pana.

 

Demain Dimanche, les ciseaux seront de nouveau dans la boîte à couture de l'aide d'épée.

Morante et Joselito Adame assisteront à l'évènement...qui coupera la coleta?

Peut-être lui?

Il aime tant s'aimer...A moins qu'un nouveau triomphe ...?

Ensuite ? Le gouffre, tel un Chenel, un Manitas de plata, finir miséreux dans un appart clope au bec, entre les cuisses d'une pute, ou au bout du canon d'un révolver, histoire de boucler la boucle... ?

Sauf si un toro...mais je n'ose y penser.

CHF