« Occitanie is not aqui » : voici la banderole qui nous attendait accrochée fièrement au dessus de l’entrée des arènes. Et dans cette hérésie historique on les comprend ! Moi le toulousain, je n’aurais pas vu d’un bon œil la région Midi Pyrénées annexée sous la bannière « Catalogne » !

L’ADAC devrait réagir et se mettre au diapason de la globalisation ! Il faudrait alors commencer par changer cette musique folklorique ainsi que cette langue dont on ne pipe mot. Quitte à agrandir encore plus la région, nous pourrions tout mélanger dans un melting-pot: Identités, Cultures et Traditions dans le même pot … pourri. Pour bien faire, Je suggérerais quelques polyphonies corses lors du paseo, pourquoi pas la marseillaise au 6ème toro (état d’urgence oblige) et des drapeaux bretons flottant par-ci par-là. Pour nous sustenter sur les gradins : des vendeurs de patxaran / choucroute froide (ou pastaga / tête de veau sauce gribiche ?). En guise de présidence, je proposerais uniquement des éleveurs réunionnais de coqs de combat et je réserverais pour l’Aficion Basque l’intégralité de la partie ombragée des arènes. Enfin, pour stopper le monopole hémorragique des encastes étrangers, j’intégrerais, petit à petit, des races françaises comme la Blonde d’Aquitaine, la noble Limousine, la brave Charolaise, sans oublier les meilleures : la Salers et l’Aubrac. Ainsi l’identité Catalane serait fondue dans la masse et nous ne pourrions plus affirmer avec vous : « Occitanie is not aqui » …

En ce Céret de toro 2016 la canicule était au rdv. Pas de vent c’est bien pour la muleta mais moins pour nous. Il ne s’est pas pointé, et même les ombragés, face à nous, actionnaient avidement leurs ventilateurs. Dégoulinant, je me remémorais le suant fracaso de 2015 et n’avais pas du tout l’envie de revivre la même chose. Le demi-dieu Minotaure a à demi répondu à mes attentes.

3 ganaderias intéressantes : une première mansada, une seconde plus jeune et noble (que je ne commenterai pas), une dernière plus ou moins lisse.

3 événements notables : le changement douteux du 5ème toro d’Hernando, la présidence rebelle refusant l’oreille à Aguilar, et Robleño mouillant sa muleta en l’absence de vent …

 

Samedi 16 juillet - 18h - Corrida

Los jaboneros mansos, « Les savons couards » :

5 toros d’Aurelio Hernando et un sobrero (6ème) de Miguel Zaballos.

Curro Diaz : vuelta - salut

Fandiño : silence - salut

Perez Mota : silence - oreille

¼ d’heure de retard … sous le cagnard.

Une minute de silence pour Francis de l’ADAC, le torero Victor Barrio, le ganadero Palha et Nice …

Le 1er toro de la feria nous accueillera avec une armure de respect tant en envergure qu’en finesse. Côté piques, il sortira directement de la 1ère, ne poussera pas la 2nde, n’hésitera pas à la 3ème tout en ressortant instantanément et s’en prendra une 4ème. Un molosse musclé, armé, mais pataud dans sa course. Curro brindera au public puis au ciel, un étonnant mélange … Après un début où les deux parties se jaugeront, une succession de trincheras / derechazos libéreront un bon combat. 

Averti sur sa D par ce manso très encasté, l’ensemble se transformera en pelea. On aime ça, on en oublia la chaleur, le public vibrera de peur. Sans y parvenir, mais avec sincérité, Curro Diaz se croisera devant ce rude sumo (mais musclé), manso (mais con casta), de peu de charge (mais dévastatrice) et se fera attraper à la mort au niveau de l’aisselle (mais pas de bobo). Une 2/3 de lame caïda très efficace, une vuelta au torero. Et je le répète pour le plaisir : « mais quelle envergure de corne ! ».

Son 2nd manso jabonero emmorillado se fracturera au 1/3 la corne G à la 3ème pique : tristesse. Le public applaudira les douteuses naturelles exécutées sur cette même douteuse absence de corne. Voilà mon premier coup de gueule ! Le danger réduit, l’essence du combat est anéantie ; autant toréer un chevreuil. Et, face à cet amputé de coiffe, il fallait soit nous proposer une faena dominatrice de la tête à la queue, soit abattre l’animal. Curro aurait donc dû l’abattre… Après beaucoup de pas grand-chose, pinchazo puis desprendida mettront terme au calvaire. Curro tardera, un peu scandaleusement, à prendre le verdugo, le toro finira par mourir cette fois-ci sans caste. Applaudissement, et pour contrebalancer on m’entendait siffler.

Un autre jabonero, cette fois corni veleto, entra en piste.

La 1ère pique sera moyennement poussée et trop longue ; malgré son bel élan la 2nde sera avortée par faute du picador ; la dernière confirmera le manso. Mais, comme pour se rattraper, ce bicho nous offrira sa belle alegria lors du tercio de banderilles. Fandiño le brindera au public. Voici un toro dangereux, bondissant de caste qui permettra au torero de réaliser … une non-faena sur le voyage : « Cargar es torear ! ». Epée pasada, silence.

Son 2nd, robe savonneuse très sale (un paradoxe), sera astifino veleto. Il nous foutra un vrai bordel dès son entrée. Décontenancée, la quadrilla, avec des yeux de merlans frits par la chaleur, suivra avec respect et sans bouger la course effrénée de l’animal. Ce toro sera changé ! Voici mon second coup de gueule ou « l’épizootie du toro boiteux » : les plus avertis (se manifestant par 3 claps dans les mains) verront d’entrée de course une légère boiterie. Le reste du public (dont je fais partie) y regardera à deux fois pour justifier la chose. La mayonnaise monte et maintenant sous l’impulsion du « je l’ai vu avant toi » les claps-claps-claps pour le changement de toro s’incrémenteront fortement de quoi réveiller, bien prématurément, assesseurs et président qui, sous le conseil du véto, adouberont l’assistance bruyante avec un mouchoir vert. La parole du véto fait loi. Mais quand même je continue à penser que ce toro méritait un tout autre sort … un petit boiteux, grand manso … peut-être perdido, mais l’histoire ne le dira pas.

Observation : la boiterie était présente seulement dans ses premières courses, pas dans les suivantes ; on peut donc parler simplement d’engourdissement, tout comme la quadrilla dans sa passivité …

Le sobrero, du même élevage, accompagnera les banderilleros jusqu’aux planches. Les passes passeront sans aucune émotion, le bicho s’éteindra et Fandiño nous ennuiera. Après des manoletinas inappropriées, l’épée contraire et efficace soulèvera des applaudissements. Fandiño entamera une vuelta mais se fera instantanément rembarrer dans ses pénates.

Le jabonero de Perez Mota ne présentera aucune bravoure à l’épreuve des piques et refusera la 4ème. Lors du tercio de banderilles (exécuté par la quadrilla de Mota), le chef de lidia, Curro Diaz, responsable du bon déroulement de la course, trouvera le moyen de se faire arracher par 3 fois la cape ! Explication : un jour dans ta vie de torero tu deviens « chef », mais ce n’est pas comme à l’armée où tu dois passer un concours. T’es chef parce que ça fait plus longtemps que tu roules ta bosse ! Alors c’est pas sa faute au mec si y a pas plus vieux que lui. Il a rien demandé à personne le type en bas là, et encore moins de se faire désarmer 3 fois en 3 minutes … Militaires ou pas, nous sommes définitivement en état d’urgence !

Songeant fortement au sabotage de Curro, le brindis de Mota s’adressa au ciel. Le début fut doux et assez bon. Par la suite, muleta accrochée, Perez Mota nous leurrera en effectuant ses passes uniquement à la voix. Ce qui signifie que dans le « templar / mandar », le templar étant absent, la profondeur du mandar, de la passe en quelque sorte, sera imprimé par le « cite à la voix » nous faisant écouter, durant ses petites passes écourtées, un profond  « torooo bonitooo héhéhéhéhéhéhé » bien trompeur … Un toro fadasse à la ½ charge sans caste, une épée pasada tendida sous cutanée, une autre mete y saca, une delantera, un descabello et un silence. Suivant !

Le dernier, d’un magnifique mimétisme couleur sable des arènes, effectuera au ralenti une tout aussi magnifique vuelta de campana. Sortant boiteux de cette expérience, il sera remplacé par un Miguel Zaballos. Un provoquant corni abierto, qui, par sa vivacité, réveillera le public. Après hésitation face au cheval, il poussera puis s’en ira seul et à genoux. Suspicieux, il nous fera languir dans une interminable attente pour la 2nde pique, poussant même le groupe équestre à se déraciner pour s’approcher à 50 cm de lui. Les étriers sonneront sous une mauvaise pique. Il recevra la cocarde du « savon couard de la féria » lors de la pose des banderilles, ne chargeant pas ou peu au pas … Muleta en main, Perez se démerdera bien de cette tête chercheuse qui aura la particularité inverse de charger corps en ligne droite ; un étonnant et très intéressant toro. Croisé en naturelles, mais averti à deux reprises, le valeureux torero perdra naturellement du terrain face au danger. Un danger public qui finira par apprendre très vite et se retournera, maintenant corps entier, sur l’homme. Congelé comme la glace, Mota reprendra confiance et se livrera toujours et encore plus face aux cornes … mais il perdra 10 mètres à chaque bouchée. Il aurait dû s’arrêter là, car dans son insistance son adversaire du jour se fermera physiquement. Il tirera encore quelques passes d’un toro maintenant sans charge. Aplomado : a matar. Pinchazo et cogida sans bobo. Après une grosse épée le toro se relèvera, marchera péniblement sur un demi-tour d’arène avant de se recoucher à vie. Oreille.

Note personnelle : OK Mota s’est mis, comme il se doit, devant ce toro. OK les cornes étaient tournées vers l’infini. OK pour la nature du danger. OK bravo pour le gladiateur. Mais, quitte à passer pour un Ayatollah ou un obsessionnel bien froid et cartésien, j’ai compté : Perez Mota a reculé d’environs 80 mètres sans en gagner un seul. Alors pour moi, l’oreille non merci. Mais il se l’est gagnée à la sueur car il a compris que même de profil, sur le voyage ou loin du toro le résultat aurait été du tout au même : marche arrière toute ! Devant ce sentido !

 

Dimanche 17 juillet - 18h - Corrida

Des footballers qui dévissent face à des ballons pas très lisses

6 toros de Saltillo avec deux fers, le nouveau et le vieux : O, M « droit au but ! »

Robleño : salut - silence

Aguilar A. : vuelta - salut

Venegas : salut - silence

Aucun but, stade à 99 % plein, chaleur de Canebière.

On aurait dû inviter quelques toreros portugais (champions d’Europe en titre !) pour affronter ce bel élevage, car seul Alberto Aguilar sortit ses crampons du sac laissant Robleño et Venegas sur le banc de touche. Et comme lors de la novillada matinale, j’eus l’impression que l’on avait à faire à des poussins, sans maillot, ratant la douloureuse séance de tirs au but, ballon glissant, dévissant leurs frappes. Les espagnols (Robleño et Venegas) ne furent pas sortis, cette fois-ci, à coups de botte italienne, mais par la modeste et rugueuse équipe de l’OM. Bière fraîche à la main et confortablement assis dans mon canapé, jambes allongées (les 1% de stade vide se situaient à mes pieds), je montais le son pour le paseo : je ne voulais certainement pas rater les hymnes. « Il va y avoir du sport mais moi j’reste tranquille ».

A Céret, le matador Ronaldobleño est vraiment Ballon d’Or. Tout ce qu’il touche est applaudi : à son 1er toro le plomb se transformera en métal précieux : sa cape aveugle et sans timbre en deviendra magique, ses passes hargneuses et accrochées se révéleront émouvantes et lisses, son pico et son cul en arrière ont même été sculptés par les applaudissements : sa statue devant les arènes n’est pas loin, en attente de despedida. Un bajonazo carrément hors-jeu d’un demi-mètre (et pas besoin de ralenti !) clouera le bec au chauvinisme du bouillant chaudron cérétan. Oreille perdue, les fervents applaudissements continueront.

Mi-temps avant le 4ème. Et sous cette éprouvante canicule l’arroseur de terrain aura, auprès des supporters, beaucoup de succès : rappel ; le traceur de ligne beaucoup moins …

Dans sa belle course, le 4ème de l’envoi se dépoussiérera le corps et dans cette volute recevra trois piques dans un même temps : dans la patte, puis plus haut dans l’épaule, et enfin où il se doit ! La deuxième, tout aussi vicieuse, effectuera 3 trous pour une même pose … picador sifflé à juste titre. Tout aussi mauvaise, la quadrilla s’essayera à 4 reprises pour seulement 2 paires plantées. Décontenancé, Robleñaldo, en fin renard, a bien suivi l’affaire : on a arrosé la piste, donc il y a du vent ; mon toro sort, s’ébroue, de la poussière s’en échappe en volutes, donc il y a du vent. Il mouillera sa muleta. De mon côté, je regardais la cime des arbres les plus proches et au loin la belle et verte colline en contrefort des Pyrénées : rien, pas un souffle. Il mouillera sa muleta. Interloqué, je fis de même avec mon doigt. C’est alors qu’une insoupçonnable et discrète brise le touchât ! Ronalbleño en « Messi » avait vu « Just » et fit couler la « Fontaine », quel renard ! Confronté à ce violant mistral arlésien, à en faire décorner toute la camade camarguaise, le coquin avait donc lesté son étoffe… Sa faena fut composée de quelques belles passes de pechos et d’une série tirée sur sa droite. La suite fut une belle daube, sans riz pour les amoureux, facile, de loin avec pico et par le haut. Avec un os dans le plat Fernando pinchera puis placera une épée un peu verticale et devant. Un bon silence bien mérité, le public ne s’est pas trompé et c’est tant mieux. Agacé, dans mon canapé, je changeais de chaîne …

Sur la 2 on me proposa un tout un autre match : Alberto Aguilar et son équipe me surprendront. Ses véroniques plus que correctes se termineront par une belle revolera. Bravo. On fut libéré de la chaleur, on se concentra, la partie pouvait commencer. Les 3 piques bien posées à la base du morillo s’effectueront en deux temps : le toro s’arrêtera net dès la pyramide placée puis s’engagera pour une poussée au cheval : curieux. Après un brindis aux vivants puis aux morts, Aguilar entamera, avec souplesse de poignet, un bel enchaînement de passes face à un adversaire non coopérant qui connaît le latin et ses déclinaisons. A ce moment là, Alberto, encore dominateur, nous sortira avec science des passes de las flores et nous fera roucouler à droite. Certains réclameront la musique, mais ici, en Occitanie, c’est comme à Madrid : pas d’orchestre, pas de pub, « canal + toros » oblige ! Au plus grand bonheur de mon père : « seulement la musique du Silence ou celle de l’Aficion ». S’emmêlant les trastos, le final d’Aguilar sera malheureusement brouillon et fera taire l’absence de musique. Gesticulant à la mort le toro le chargera par deux fois, et, tuant à la « Julipied », on retrouvera une épée très verticale et contraire. La première puntilla relèvera le toro, la deuxième l’assommera définitivement. Malgré la pétition du public Aguilar n’obtiendra pas d’oreille et, sous la manifestation grimpante, il sera encouragé pour un second tour de piste.

Note : je ne blâmerais certainement pas la présidence, rebelle, de ne pas avoir cédé à ce quart d’arène secouant le mouchoir blanc. Elle aura écouté une belle bronca mais les faits sont là. Faut-il les rappeler ? Il faut la majorité pour la première, le reste est à sa discrétion. Cependant il est vrai qu’un ¼ voir 1/3 de supporters agitant un mouchoir blanc constitue presque une diarrhée lingère quand on pense que les plus gros succès en récoltent difficilement plus de la moitié (comme cette Corrida nîmoise du dimanche 16 septembre 2012 à 11h30, vidéo à l’appui). Et en état d’urgence, au lieu de fouiller les sacs à l’entrée, il serait plus raisonnable de distribuer des mouchoirs voire des kleenex, parce que dans cette cacophonie entre ceux qui demandent l’oreille en vociférant et agitant leurs bras, et ceux qui n’en veulent pas en vociférant et agitant leurs bras on ne s’en sort plus ! Résultat : pas d’oreille là dessus et, pour contrebalancer la bronca, j’applaudissais la courageuse présidence.

Le second d’Aguilar se pavanera de cornes aussi longues que sa queue. Il fut présent dès la première pique, moins à la seconde et on aura du mal à le décoller de la troisième. Sa charge aux banderilles se révélera peu évidente. Dur au démarrage, Aguilar devra appuyer les cites pour allumer son toro. Ce 5ème exemplaire s’avérera le plus complet du lot, lisse et rond comme un ballon et pour notre bonheur il rencontrera un titulaire. Un OM assez brave et bien noble, bouche toujours fermée. Après une allonge plus que correcte à D, Aguilar nous présentera, croisé et muleta à plat, une série à G, comme on dit, de belle facture. Sa faena ira a mas et, épée en main, il nous régalera d’ultimes droites. Malheureusement la mort fut laborieuse. Un recibir réflexe, non prémédité, enfantera une épée tombée et verticale. Le matador reprendra son arme pour un pinchazo puis une demi-lame. Six descabellos sans enlever l’épée seront entrecoupés du second avis. Il finira par la retirer, et, harassé, le bicho s’écroulera à point nommé : Alberto n’avait plus de bras et le 3ème avis pointait le bout de son nez. Applaudissements.

Une devise placée en bajonazo dans l’épaule accueillera le 1er toro de Venegas … Le picador s’essayera à 4 reprises pour la première pose … Sans forcer sous la monture le toro se déplacera en crabe à la 2nde et sortira directement de la 3ème sans avoir touché le cheval … un bon et vrai dur manso con casta qui décidera de se prendre, toujours sans poussée, une 5ème pique ! Changement de tercio. Suite à la pose de banderilles qui sera applaudie, le peón attendra sagement l’autorisation pour saluer. Brindis au ciel, Venegas se défoncera d’entée de jeu mais subira le toro et, à l’aide de son épée, aidera ses gauches. Les droites seront d’abord chantantes mais par la suite, tout en cherchant le public d’un regard hagard, le maestro déchantera rapidement. Dans sa charge tête haute et rectiligne, le toro décidera et Venegas ne pourra pas aligner deux passes sans temps mort. A recibir (je pense sans le vouloir) puis desprendida contraire. Applaudissements.

Maigre de postérieur mais paré d’une belle armure (abîmée aux planches : suspicion), le dernier de la Féria s’usera sous le 1er fer, moins au 2nd puis foncera sur le 3ème directement relevé par le cavalier, bien. Placé à l’autre bout des arènes, le bicho s’avancera au pas puis au trop mais dans un dernier mouvement sournois chargera la monture en travers … Aux commandes, Gabin excellera et posera où il se doit… Torero ! Le festival se poursuivra avec Adalid aux bâtons : torero también ! Venegas entamera main basse et à D, mais la chose fut un peu compliquée. Malgré de correctes naturelles, Venegas ne pèsera jamais sur ce toro qui nous ennuiera en s’échappant à plusieurs reprises. Faena inintéressante avec un OM désintéressé. Le matador louchera ses mises à mort. 1ère épée non engagée : pinchazo. 2ème al encuentro : pinchazo. 3ème a volapié : ¾ d’épée pescuecera verticale. 4ème on sait plus comment : golletazo. Silence de clôture.

 

Une bien triste nouvelle : aujourd’hui la corrida ne fait plus partie du patrimoine immatériel de la France[*] : « Ce fut un long combat : cinq ans de lutte acharnée pour obtenir une évidence, la corrida, séance de torture et d’agonie, n’a rien à faire avec la tarte Tatin » … Ils n’ont pas entièrement tort ces Schtroumpfs de CRACoucass, car, moi non plus, je ne vois pas le rapport entre une corrida et une tarte Tatin ! Mais pour plus de certitude, ne sachant pas s’ils étaient dans la dérision ou dans l’ironie et ne voulant pas donner raison à ces cons, j’ai ouvert mon Larousse.

tarte tatin nf Tarte aux pommes recouverte de pâte, puis retournée au moment de servir.

corrida nf Spectacle au cours duquel des hommes affrontent des taureaux dans une arène.

J’eus beau tourner le problème dans tous les sens, les mecs avaient raison ! À part un petit « air » commun (avec dans les deux mots un « a », un « i » et un « r ») je n’avais strictement rien à redire. Désœuvré je me couchais. Après une nuit assez agitée, au petit matin dans mon bain, tel un saumon, l’Eurêka surgit ! « Corrida » et « tarte Tatin » sont tous les deux des noms féminins (nf) ! En effet on dit une corrida et une tarte Tatin ! Voilà le lien, voici le point commun ! Mais je n’étais pas entièrement satisfait, quelque chose me restais encore coincé en travers de la gorge, comme un air de « séance de torture et d’agonie». Une seconde nuit passa. Au réveil je relisais mes notes de la veille : l’évidence était là, écrite, sous mes yeux … La communion entre la tarte Tatin et la corrida, le mariage, la fusion des deux : il suffisait tout simplement d’inverser les mots. Faire « agoniser » une tarte aux pommes en la retournant cruellement juste avant de la servir, c’est une « séance de torture » pour le gourmand ! « Ce fut un long combat : cinq ans de lutte acharnée pour obtenir une évidence, la tarte Tatin qu’on te renverse dans l’assiette au moment de servir, séance de torture et d’agonie, n’a rien à faire avec la corrida ».

Dominique, cette bataille est en effet perdue. Mais la corrida n’est pas une histoire d’inventaire immatériel. Les passions locales sont bien ancrées. L’Observatoire et l’Union des villes taurines veillent toujours au grain. Cependant, il est vrai que cette politique de globalisation fait bien peur, et peut-être qu’un jour ceux qui font la guerre la gagneront. Leurs enfants vivront dans un univers aseptisé, tous végétaliens sans œufs et sans tarte Tatin, faisant la queue dans un ordre parfait et veillant à emprunter le passage clouté … Et pas sûr que dans ce monde ils pourront encore jouer à la pétanque (toujours inscrite au patrimoine) à cause des nuisances sonores que cela peut causer.

 

La Féria se termine. Je jette un dernier coup d’œil à cette belle et verte colline. Rongeant notre frein et ceux de ma voiture, comme à l’aller nous tomberons dans de sérieux bouchons : aller-retour en 8h au lieu de 5 … tout au bout de l’Occitanie, Céret il faut se la gagner ! Et dans ce cul à cul de bagnoles, coincé avec mon père dans ces vestiaires : « on refait le match ». Et comme l’an dernier, nous finirons par nous dire : « l’an prochain nous reviendrons ! »

 

Jean Garipuy

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[*] NDLR : La corrida fait toujours partie du PCI de la France mais, effet du courage de notre personnel politique, de manière cachée. Cf. communiqué de l'ONCT