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...face aux vagues océanes

Ca y est après de longues batailles, maman vient de traverser une partie du miroir, elle ne me reconnait plus du tout, elle veut rentrer chez elle, rue de l'océan a Morcenx.

Seul bémol elle vivait là il y a plus de 70 ans...maman vit dans un fatras de souvenirs épars, entre mon père décédé il y a déjà longtemps, et mon frère emporté par une sale maladie il y a quelques années...elle leur parle a travers moi, me prenant pour l'un ou me parlant de l'autre.

Parfois, elle veut ''s'habiller'' parce que papa va venir la chercher, ses yeux le plus souvent éteints se rallument, elle se vêt de sa robe a pois bleus, qui lui allait si bien, et que les toreros de l'époque ''zieutaient'' en douce...elle sourit au sourire ravageur de Paquirri, elle sent que papa n'aime pas ça, alors elle se serre un peu plus contre lui...le yin et le yang... Mais au final, dans les couloirs fades et froids de l'hôpital, ou elle attend sans le savoir son déplacement vers un EPAHD spécialisé dans les maladies cognitives, elle erre.

j'ai clos mon compte Facebook il y a deux jours, trop de choses inutiles, trop de faux amis, et trop de pulsions agressives gratuites.

Les errances sont foisons, et la pandémie n'a rien arrangé bien sûr.

La reprise poussive des corrida se fait par le petit bout de la lorgnette, et l'aficionado heureux de se retrouver dans quelque arène subit le spectacle. Du medio toro, des choses vues oui, mais par intermittence, bon, personne n'ose vraiment dire.

Quelques papiers essaient d'enflammer l'imagination mais les flammes s'éteignent vite quand les présents racontent. Des indultos pour des toros de troisième tiers, encore et toujours, de la faiblesse, de la fadeur, les ''clients ne se précipitent pas dans les travées''. On le regrette, un sabot tombé par ci, une annulation pour cause administrative par là, un journal extrême qui fait le buzz, les bleus ne gagnent plus, une finale de rugby fantomatique, les ferias et les fêtes qui s'annulent, un variant qui pose une chappe de plomb sur la cime des pins, sous un ciel de couleur peau d'âne et pourtant ailleurs au football des tribunes pleines a craquer, des contrastes saisissants...de gens, en terrasse, les uns sur les autres, sans masque, sans les fameux gestes barrières, les appels des autorités a la vaccination...une place sur deux dans des placitas...

Vic, Céret, Dax, Bayonne qui arrivent, avec leur lot de questionnements, enfin des toros...

Et ces questions, comme celle-ci mais ou est passé Jose Tomas? Le verrons-nous cette année? Et ou est passé Bonijol, on le voyait partout il n'est plus nulle part? Quid de la bataille des piques, et des guerres larvées des associations et sociétés taurines et Mont de Marsan tout proche qui cherche un remplaçant de luxe au maitre Ponce qui se retire (enfin diront certains) des ruedo, mais sans dire qu'il arrête, vraiment...des blessures a répétition, chez les jeunes toreros...une oreille donnée a Morante qui disparait tant elle est petite dans sa main...encore du Pedraza? un Victorino de Madrid...la dernière émission taurine de FR3 disparue ...et un raton laveur.

La jauge est pleine, Baudelaire en son temps aurait pu appeler cela le ''spleen'' mais heureusement il reste les beaux jours a venir, les amis, des rires, on l'espère de la musique, et peut-être de grands toros avec des vrais ''types'' devant. Des repas animés à se bagarrer pour une naturelle, pas assez croisée, pour une épée des canons donnés, une charge franche, une poussée, sincère, une mort digne.

Je suis comme maman par moment, je regarde ce temps qui défile, un peu perdu dans mes pensées et face a l'océan qui bouscule indéfiniment les dunes mouvantes, de ses vagues océanes, j'essaie de trouver de la beauté à ce monde...

CHF