La décadence…

 

Avec leurs 100% Domecq pour la première fois, les cartels l’annonçaient. Une année où, qui plus est, ils sortent mal. Le premier « novillo » sorti le vendredi matin, affiché à 460 kg. avec des cornes et une corpulence de joli becerro n’en fut, hélas ! que la confirmation anticipée. Le même jour de Pentecôte, il y avait à Nîmes et à Madrid une corrida de juanpedros : à l’affichage, quelque 30 ou 40 kg. de différence ; à l’œil, dans les 100 kg… Et tout à l’avenant.

Qu’on ne raconte pas de blagues. Avec un bon tiers de places en moins, quand Mont-deMarsan présente les mêmes vedettes, c’est avec des toros dignes de ce nom en présentation. Les organisateurs sont pourtant quasiment les mêmes. Où est le « schmol" ?...

De qui se moque-t-on ?

Ceux qui n’ont pas repris leur abonnement, et qui ont parfois préféré aller à Vic, ne se sont pas trompés. Hélas, trois fois hélas !

Si quelqu’un a compté les chutes, les avant-trains qui flanchent et les vueltas de campana -sans parler des 3 ou 4 pattes avant démises-, le chiffre sera édifiant. Pour ne rien dire de ces toros qui, après une sortie allègre bien dans le type juanpedro, s’avèrent sans caste et sans puissance.

Que prétend-on servir ainsi ?

On fausse la perception du grand public, on le chloroforme et il finit par gober presque tout. Nous allons vers le cirque !

Voilà qui tue l’authenticité qui, seule, la justifie la corrida.

Il faut oser le voir en face et le dire : soi-disant première arène de France, en réalité bonne dernière pour la présentation des toros, Nîmes, la première en effet, vient d’installer sans vergogne la décadence. Autrefois fier, l’aficionado nîmois ne peut plus guère qu’avoir honte ; on le regarde volontiers d’un œil narquois et compatissant.

Quelle tristesse !

En septembre, le desquite ou la Bérézina ?

Tout naufrage compte des rescapés… N’oublions pas de sauver les quelques meubles qui peuvent encore l’être. Ce ne sera que justice !

Côté toros, les cornes étaient plus conséquentes qu’à l’accoutumée et, cette fois, paraissaient intactes. Enfin !

Dans l’ensemble, les toreros ont fait leur maximum. Novilleros et matadors, les jeunes ont montré de belles promesses, à commencer par Andy Younès qui aurait dû recevoir, d’un jury moins dogmatique, sa 2e Cape d’or, après avoir tout donné - et avec qualité - à son second novillo. De l’excellent Juan Bautista, dans la lignée de son succès madrilène ; avec deux recibir d’école, d’une émouvante pureté. Juli en pleine bourre. Le bonheur d’un David Mora retrouvé, deux ans après sa gravissime cogida de Madrid, et le cariño du public à son égard (biéééén ! l’aficion nîmoise). Les magnifiques progrès et l’aisance communicative de Léa Vicens. La faena de grand maître de Castella, qui s’est joué avec aisance et sobriété du péril sourd de son dernier toro, le lundi. Et l’on pourrait en ajouter encore…

Bref, à condition de le vouloir, il reste de quoi enrayer la décadence et remettre les arènes de Nîmes au niveau qu’elles n’auraient jamais dû quitter. Espoir…

                                                                                     Jojo