ISTRES, Joselito, des Hommes et peu de taureaux...

Les cartels proposés sont toujours attractifs avec la présence d’hommes qui comptent dans l’escalafon et une variété d’élevages pouvant provoquer du jeu. D’évidence, l’entregent de Bernard Marsella et sa connivence avec l’édile est pour beaucoup dans la construction d’un évènement annuel important et la réunion d’un plateau d’envergure pour une arène de 3° catégorie. Il reste les aléas habituels pour que la fête soit réussie et que prenne l’aïoli taurin. Bien évidemment on ne vient pas à Istres comme on va à Vic ou à Céret, chaque place ayant sa personnalité et aussi son public propre. Et comme il y a toujours quelque chose de positif à retirer d’une corrida le bilan de 2014 sera mitigé avec des moments intéressants et une présentation de bétail globalement insuffisante en trapio et en tête. Les taureaux anovillados et peu armés ont desservi les toreros comme si l’on avait assisté à un festival de fin de saison ; dommage.

Le temps a été de la partie avec toutefois une légère pluie pour l’apothéose attendue. Bonne fréquentation et no hay biletes le dimanche ; manifestation anecdotique des antis.  A noter la présence du bus du « Morante Tour », une initiative qui pourrait attirer l’attention pour faire parler de la corrida mais qui ne présente aucun intérêt au regard du pauvre contenu artistique !

Vendredi  18h30. 4  del TaJo 4 y  2 la Reina 2. Enrique Ponce – Morante de la Puebla – Juan Bautista. ¾ d’arènes.

Hommage rendu à E Ponce dont c’est la présentation à Istres et remise d’un taureau d’acier. Le bétail sorti en piste sera petit de conformation, peu armé et brocho ; tous vivront le troisième tiers à chercher de l’oxygène par 35° degrés toutefois. Ce sera aussi le règne de la mono-pique.

Enrique Ponce voit Capitan - n°15 - 500kg annoncés – castaño – el Tajo, s’employer à la cape. A la pique il soulève le cheval et pousse longuement. Brindis au public. Le maestro déroulera une lidia plaisante, enchaînant les passes avec souplesse et élégance devant un taureau résigné et docile. La mort sera délicate avec un pinchazo hondo, une entière tombée et une série de sept descabellos. Salut au tiers.

Morante de la Pueblase plaît d’évidence à Istres ; il reçoit Resabido – n°65 – 510 kg annoncés – negro – la Reina, qui sort plutôt allègre et permet de belles véroniques et une media inspirée. La pique posée dans le dos est longue d’application. Le taureau en sort affaibli et il chute. Il suit gentiment aux banderilles et ne permettra rien au maestro qui tente vainement d’en tirer quelque chose en insistant ce qui n’est pas dans ses habitudes. On retiendra de lui son application et quelques gestes dont une trinchera particulièrement soignée. Il le couche d’une belle estocade. Quelques sifflets à l’arrastre et palmitas pour le maestro.Son second, dénommé Arrogante – n°65 – 500kg annoncés – el Tajo, ne le sera guère. Il sort faible, bas des antérieurs et s’emploiera peu dans la mauvaise pique qui lui est infligée. Le maestro, décidé à couper, transformera l’impotent en toréant à mi-hauteur, en lui donnant de la distance et en le laissant régulièrement se reprendre. Le taureau ira a mas ce qui permet au torero de lécher ses gestes en particulier des redondos servis main basse avec la fente du bretteur et effectués dans le rythme de la musique qu’il salue. Final par abanicos. Un tiers d’épée suivi d’une entière desprendida lui valant une grosse oreille. L’infirmier a encore frappé mais l’insuffisance de l’adversaire a nuit à la démonstration proposée et appréciée du public d’où peut être la retenue de la présidence (qui semble par ailleurs avoir égaré momentanément le chronomètre ; peut être pour mieux savourer la leçon).

Visitador – n°17 – 485 kg annoncés – el Tajo, sort vif des chiqueros et remate aux planches. Après une pique où il pousse, il revient seul pour un picotazo. Ce bon taureau a de la présence en piste d’où un toreo heurté où seuls quelques gestes isolés peuvent être relevés. Peu convaincant le torero le tue d’une entière, précédée d’un pinchazo et conclue de deux descabellos.

Juan Bautista revient à Istres après sa bonne prestation de 2013. Son premier, Sedero – n°4 – 515 kg afichés - negro choreado – la reina, né en 2010, sort vif et s’inscrit mieux de la corne gauche dans le travail de cape. Il met le picador en difficulté qui finit la suerte à cheval sur l’encolure. Le taureau s’avère noble et consentira à l’envi aux sollicitations sur les deux cornes et vaudra des applaudissements nourris au maestro local. Il l’estoque d’une très bonne épée engagée, quoique delantera, à l’effet immédiat. Deux oreilles tombent du palco.

Son second, Sedero – n°55 – 520 kg annoncés – el Tajo, né en 2009 aura des réflexes de manso. Il permet une série de véroniques servies un genou au sol. Il vole la pique et revient sans mise en suerte sans s’employer. Il se révèlera tardo et irrégulier dan sa charge en restant sur la défensive. L’estocade tombée clôt la tarde dans l’indifférence générale.

Samedi 18h. 6 la Quinta 6. Manuel Escribano – Paco Ureña – Joselito Adame. 5/6 d’arènes.

Le mistral ne facilite pas le travail des homes en piste. Trois toreros affrontent dans trois styles différents de petits taureaux peu armés donnant un jeu distinct qui tous finiront bouche fermée.

Manuel Escribano accueille Pajaro – n°105 – 520kg – cardeno lucero – corne droite abimée, par deux largas aforalas de rodillas. Ce dernier provoque un batacazo en soulevant le cheval par la cuisse arrière droite. Les banderilles sont posées par le maestro sans succès ce qui l’amène à prolonger le tiers par une 4° paire al violin. Brindis au public et attaque par deux cambiadas au centre. Le taureau noble aurait pu être mieux exploité avec plus de dominio. Metisaca et bajonazo en viendront à bout. Applaudissements à l’arrastre et salut au 1/3.

Armé de cornes très étroites, Sardinero – N°33 – revendiquant 525 kg – cardeno coletero, met le torero en difficulté sur une larga de rodillas. Une pique posée dans le dos précède le tiers de banderilles à la charge du maestro qui conclue sur un quiebro et arrête le taureau la main sur le frontal. Accueil de rodillas à la muleta puis un toreo brouillon devant un bicho avisé sur la corne droite. Du mieux en fin de lidia mais redondo et desplante pour obtenir la faveur du public. Le taureau tombe d’une épée trop basse. Applaudissements à l’arrastre et deux oreilles dont la deuxième contestée par une partie du public.

Paco Ureña reprend après sa blessure de Madrid ; son style est basique, classique et est fondé sur un certain courage. Son premier opposant Sandiero – n°11 – 500kg – cardeno, est présent dans la cape ; il pousse peu à la pique posée trop en arrière. Dès la première passe il s’arrête, regarde fixement les gradins et devient intoréable. Le torero met fin au combat devant un taureau impossible à fixer d’un pinchazo et d’un bajonazo al encuentro.

Son second, Ermitano – n° 52 – cardeno, a moins de fond et d’allégresse mais il est noble. Une pique dans le dos et pompée. Brindis au public. Le torero déroule un toreo classique mais le taureau va se décomposer, serrer de plus en plus et prendre la main. 2 pinchazos et une entière tombée pour des applaudissements à l’arrastre et salut au tiers.

Joselito Adame a son fan club. Il a tiré au sort Miraflores – n°48 – 490kg – cardeno claro, qui accepte le travail appliqué à la cape en serrant l’homme. Deux piques lui sont administrées à distance progressive. Un quite chiffonné d’Escribano précède les banderilles où un péon se fait bousculer sans conséquences. Brindis au public. Le mexicain déroule des séries liées sur les deux cornes. Le taureau est noble mais avec des réactions de la tête sur les passes hautes. Il est applaudit avant de prendre l’épée de mort pour un pinchazo, une demie épée tendue et 4 descabellos.

Le dernier de la tarde, Mulerito – n°52 – 500kg – negro, ne sera pratiquement pas piqué, la vara ayant été cassée sur l’impact. Adame exécute un quite par zapopinas. Brindis au public. Le taureau s’engage sans trop d’allant dans les séries qui lui sont imposées sur les deux appendices. Le travail plaisant et sérieux est récompensé de deux oreilles et par des applaudissements à l’arrastre.

Dimanche 18h. 4 Garcigrande 4 y 2 D Hernandez 2. Joselito – Morante de la Puebla – Cayetano Ortiz qui prend son alternative.

Joselito s’offre une ovation en fin de paseillo. Les taureaux petits et cornicortos laissent planer un doute sur l’état des cornes. Le premier, Chillito (G) sera protesté et changé par le réserve  qui sortira en sixième. Il devra être tué en piste ayant refusé de retourner dans les corrales et n’ayant pu être puntillé. Ainsi le prétendant à l’alternative aura tué son premier taureau avant la cérémonie.

Cayetano Ortiz  fait preuve de détermination lorsqu’il accueille son taureau d’alternative, dénommé Creido (DH) – n°29 – 525 kg – castaño bociclaro. Celui-ci subit une vuelta de campana avant la pique servie par Tito Sandoval qui doit la recentrer. Le taureau plutôt faible est repris pour un quite par chicuelinas et revolera. Brindis à son père. Le néo-torero développe une faena intéressante sur les deux cornes et conclue par des manoletinas. Il tue d’un pinchazo et d‘une entière dans la croix. Mort lente. Une oreille.

Au sixième de la soirée , devant Desobediente le réserve (G) – n°21 – 500kg – negro, qu’il accueille d’une porta gayola mouvementée ; il s’accroche et propose une faena qui ne porte pas sur les gradins, il faut dire qu’il pleut, que la corrida a pris beaucoup de retard et qu’il succède à la prestation nostalgique de Joselito et à la présence d’un Morante, un parrainage prestigieux difficile à porter en piste.

Jose Miguel Arroyo JOSELITO a accepté de reprendre l’épée à la demande de son ami Morante qui se sent à Istres comme chez lui. Que dire ? Ceux qui l’ont connu ont retrouvé le Joselito de leur époque, les plus jeunes un torero qui actue dans une facilité apparente alors que la construction de la faena est particulièrement structurée.

A son premier, Bravucon (G) – n°11 – 515 – castaño claro, qu’il peine à fixer dans la cape et qui prend une seule pique il déroule des séries très pures sur les deux mains impressionnant  de calme et de temple. Il le tue d’une entière foudroyante après pinchazo et metisaca (blessure en seton). 2 oreilles.

La fête continue avec Floron (G) – n°5 – 500kg – negro, qu’il accueille de rodillas enveloppant le bicho dans une cape d’un grande lenteur. Après la mono-pique et le brindis à Morante le tiers de mort voit le taureau aimanté dans la flanelle pour des gestes variés et posés qui enthousiasment logiquement le public. Entière dans le rincon d’Ordonez pour 2 oreilles et la queue. Le retour semblerait devoir se poursuivre pour le bonheur de ceux qui pourront le voir exercer son art.

Morante de la Puebla sera plusieurs tons au dessous de son ami, mais il faut mettre à son crédit d’avoir cherché à extraire la substance de ses deux taureaux.

Caprichoso(G) – n°30 – 495kg – negro, mettra le torero à l’épreuve en l’avertissant à plusieurs reprises. Une pique après il se livrera dans la muleta dominatrice sur la corne droite et restera sur la réserve à gauche. Mort d’une entière contraire ; salut au tiers.

Pirado(DH) – n°52 – 520kg – colorado, sera délicat à fixer dans la cape. Le taureau ira deux fois à la pique sur le cheval titulaire et sur le réserve avec un quite de Morante fait de deux véronique set d’une demie. Quite enlevé de C Ortiz par tafalleras et revolera. Morante travaille le bicho par le bas au moyen de doblones qui le préparent au travail de muleta sur les deux mains. a noter plusieurs séries de naturelles étirées à l’infini et templées. La mort intervient par une entière contraire complétée d’un descabello. Une oreille récompense l’envie et le travail de fond.

 

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