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JUILLET DE TOROS

JUILLET DE TOROS

 Je n’aime pas vraiment analyser la tauromachie celle-ci étant très assujettie au ressenti et a l’intime profond. Bien sûr, partager ce ressenti est un plaisir quand il s’agit de le faire avec des gens suffisamment ouverts pour obtenir un échange.

Je n’aurais pas imaginé que la pandémie allait m’apporter une telle convergence de petites choses taurines qui allait probablement me permettre de penser a une saison réussie.

La pandémie, au final, avait obligé les deux places toristes que sont Vic, Céret, a enchainer les week-ends avec Mont de Marsan et la Corrida de Pedraza en clôture le dernier jour de Juillet.

Les nécessités pandémiques ont fait que tous les weekends de juillet étaient taurins. Pour ma part je ne pouvais être à Orthez, et n’en parlerais donc pas.

Est-ce la jauge ? Les abono ? et de ce fait les aficionados en tribune (peut-être moins de spectateurs) qui ont contribué au succès général Juilletiste ? Est-ce le fait que les toreros étaient affamés de toréer et triompher ? Toujours est-il que patience, compréhension, acceptation et plaisir sont les maitre mots que je retiendrai de ce que j’ai vu.

Patience et il en fallait avec la course de Miguel Reta, et son élevage au goût vintage, du temps ou la tauromachie consistait à faire essentiellement baisser la tête du toro, par la pique d’abord (ici remplacée par les banderilles noires) et les passes de châtiments, loin des fioritures circulaires de nos très chers amis figuras…

Certains ont titré :’’une course pour l’histoire’’ Condamnant définitivement cet élevage a la corrida, pour le ramener au monde des courses de rues…

Je proposerais plutôt de recommencer en novillada d’abord, avant de se projeter de nouveau en corrida, même s’il me semble avoir vu qu’une autre corrida était prévue en Espagne avec cet élevage…aucun de trois toreros présents à Céret ne pourraient s’imaginer reprendre ces engins…j’étais venu avec des questions, j’ai eu mes réponses,

 J’ai trouvé un grand intérêt à cette course parce que dans l’absolu, le point d’interrogation que doit rester le toro, et les solutions à apporter face à lui par le torero, étaient l’intérêt majeur de la tarde. Et a ce sujet, aucun ‘’truc’’ ne pouvait fonctionner, il fallait courage et honnêteté pour s’en sortir par le haut. Gloire à Sanchez Vara, torerazo et immense professionnel dans cet après-midi en enfer. Une pensée pour Pacheco soutenu par ses collègues qui passa très prêt de la correctionnelle, et une autre pour Chacon dépassé et brindant sous la forme d’excuses son toro a ses deux compères, leur expliquant qu’il ne maitrisait rien…ou comment franchir l’Himalaya vêtu avec des vêtements datant de 1950, sans oxygène, pendant la mousson.

Enfin une autre pensée pour André Roques président de cette course dont les décisions pesaient lourd ce jour-là…pour ma part je ne me souviens pas avoir vu dans ma vie autant de ‘’veuves’’ dans la même course. Celle-ci aurait pu être catastrophique, elle fut d’un immense intérêt pour moi, pour les raisons évoquées plus haut.

Le mois avait commencé par Vic, et si je devais retenir une chose essentielle, ça serait la leçon de lidia de Lopez Chaves à montrer dans toutes les écoles taurines, sans oublier son positionnement trois quart face qui a donné confiance au premier toro, avant de le plier peu a peu. Je ne l’ai pas encore revue en vidéo mais il doit y avoir peu de coups de muleta ou de capes inutiles…d’ailleurs le silence patient des gradins m’a fait penser qu’il se passait quelque chose d’important en bas. Le lot des Hoyo de la Gitana étant magnifique, la seconde leçon de lidia au second toro moins franc, mais tout aussi adaptée, aura octroyé une double vuelta au maestro ému de la compréhension des gradins, méritée, afin de pallier une oreille aurait pu ne pas être légitime et du coups contestée. Quand les trophées ne pèsent pas le même poids…éternelle histoire taurine.

Je retiendrai aussi, de Vic, le lot excellent de Raso de Portillo, hélas les novillero furent tous dépassés par la caste et la puissance de ce lot, on a eu même droit à un troisième avis avec puntilla en piste…je dirais aux détracteurs que peu de novillero auraient été capables de s’avaler ce lot, techniquement, j’entends. Ou, quand la protection, et l’attribution facile de trophées trop visibles empêchent le bagage technique de s’étoffer.

Enfin Vic clôturera par un dernier toro (il y en avait deux valables sur six chez Escolar) et certainement par le meilleur et ultime du cycle, encasté mais noble a souhait. Gomez del Pilar donnera probablement là, sa meilleure faena, courtes mais main baissée, de trois quart face, ancré au sol, avec notamment deux séries de naturelles Dacquo- Sévillanes…il y avait du toro, du vrai.

Le Moun, comment ne pas revenir sur le combat de Lamelas, quiconque autre que lui, aurait purement et définitivement été accrédité de superlatifs très certainement outrageusement épiques…las, quand il s’agit de Lamelas on a un préjugé immédiat. Grand-père me le disait, a chaque toro une nouvelle corrida commence. Bien sûr, la hargne de vaincre, bien entendu les petites erreurs, mais messieurs des séries ouatées, du fil a fil, des naturelles données sur la corne opposée, dans le terrain inverse, de la haute couture, du fin travail…Alberto devient Julien Jose Marie de la Puebla…et oui, on est d’accord, il doit écourter ses faenas, mais il veut tant prouver « EL TAXISTA » En tous les cas, la meilleure tauromachie du cycle montois, vu le danger, la difficulté et la qualité de ce grand toro de Pedraza. Oui, oui je sais Urdiales, mais je maintiens.

Bien sûr, il y eut aussi le festival Ferrera, grâce lui soit rendue, de ne pas nous avoir laissé nous engluer, dans une après-midi soporifique. Et après tout n’est-ce pas cela aussi la tauromachie, faire avec les éléments, donner du sens au geste que l’on veut faire (un contre six) mais six quoi ? Une autre forme de tauromachie, tancrediste, et pourquoi pas, si les circonstances s’y prêtent. Est-ce si vulgaire de bondir dans les gradins, embrasser les paralysés, sauter sur un cheval ou poser des banderilles en partage avec les deux meilleurs banderilleros de ses cuadrilla. Lui, peut le faire, car il est ce qu’il est, et il sait bien le faire…jamais le ridicule, jamais le trop loin…juste le bon dosage : « Que le peuple s’amuse ».

Enfin, Bayonne, et un Pedraza d’exception la ou les autres avaient été excellents. C’est bizarre, je n’ai pas entendu les mêmes critiques sur Salenc que sur Florès, et je n’ai rien contre Adrien, charmant garçon au demeurant, qui passa à Vic en fantôme, et fut mangé par son toro à Bayonne. C’est fou comme un Pedraza de classe est beau à voir charger de loin, répéter, faire l’avion…hauts, longs, braves au cheval, et nobles. On rêverait que certains s’y frottent, juste pour prendre des trophées de haute altitude. Adrien n’a pas démérité il a été honnête, mais il peut mesurer là, le chemin réel qu’il lui reste à parcourir. Quant à Sergio Florès il a cette fraîcheur et cette ingénuité qui autorise la création, comme quand la fanfare municipale de Santiago de Cuba joue les passantes de Brassens. https://www.youtube.com/watch?v=oSzeW8KFJV0

Un rien de léger, d’aérien, tout en étant soi-même écoutez jusqu’au bout, il y a de l’émotion pure dans cette muleta. Eh oui, il ne trouva pas la distance sur son deuxième toro, arrêté en cours de faena, mais est-il plus fautif que Adrien a toros comparés ???

Enfin pour conclure ce mois de juillet, merci à tous les professionnels pour ces grands moments taurins passés, et les fiasco ne sont pas graves si en miroir surgissent les plus grands moments de vérité. Aout sera plus toreriste, sans doute, y verra-t-on des grands toros et des triomphes ou des fiasco majeurs.

Mais je le répète avec délectation, Juillet fut un mois de ‘’toros’’.

 

En attendant, j’ai déjà dans ma besace des souvenirs accomplis, et si on faisait juillet comme ça tous les ans ?

CHF