Le mythe du taureau, du Minotaure à la corrida

 

La culture du taureau est une des plus vieilles cultures encore actuelles de l’humanité.

Les premières traces de tauromachie remontent à la Préhistoire. La tauromachie est l’art d’affronter le taureau, mais cela s’applique également à tous les jeux et spectacles taurins.

En -23 000, en Dordogne, dans la grotte de Villars, un homme sans arme défie un auroch, l’ancêtre du taureau, sans doute pour l’esquiver.

À Lascaux, -18 000, un dessin préhistorique (ci-contre) représente un auroch, ou un bison, blessé par un homme lui-même mortellement touché par l’animal.

L’Antiquité regorge de témoignages de formes taurines. On a retrouvé des images de chasses, sacrifices, luttes, esquives et sauts en Mésopotamie, en Turquie, en Égypte, en Grèce, en Gaule ou encore en Espagne. Dans le premier mythe écrit de l’Histoire (-6 000), le héros Gilgamesh se bat contre un taureau et le sacrifie. Ci-contre, en Crète, les acrobates sautent au-dessus de l’animal. C’est l’ancêtre de la course landaise.

Dans les civilisations antiques méditerranéennes il y avait un véritable culte du taureau sauvage.

La légende du Minotaure en est un bon exemple. Mi-homme mi-taureau, ce monstre dévoreur d’enfants vit dans un immense labyrinthe. Thésée, demi-dieu et futur roi d’Athènes, doit l’affronter pour survivre. Il tue le Minotaure. Thésée représente l’homme qui combat le taureau sauvage pour prouver son courage et sa puissance, devenant ainsi un héros glorieux.

Le taureau représente beaucoup de monarques et divinités antiques. Au Proche-Orient, Baal, roi des dieux et symbole de vie et de fertilité, est vénéré pendant 3 000 ans. Belzébuth et Zeus en sont inspirés. Zeus, qui se change en taureau pour séduire une jeune fille. Des dieux et pharaons égyptiens sont également représentés par des taureaux sauvages. Le demi-dieu grec Héraclès, ou Hercule chez les Romains, doit affronter un taureau crétois dans ses 12 travaux.

Le taureau est synonyme de force, fertilité, fascination, respect, crainte, combat et mort. Il ne faut pas oublier que l’humain, d’hier et d’aujourd’hui, joue sa vie face au taureau.

Souvent divinisé, le taureau est même à l’origine de l’invention de l’alphabet phénicien. Ce système d’écriture est apparu en -1 000 en Phénicie, région qui correspond à peu près au Liban actuel. La première lettre « aleph » signifie « taureau ». Cette lettre, qui a donné A, représente d’ailleurs une tête de taureau à l’envers.

Le taureau est au centre des cultures et religions des sociétés de la Préhistoire et de l’Antiquité. Cette fascination va continuer au Moyen-Age et à la Renaissance. L’Église tentera, sans succès, d’interdire les tauromachies, mais ces fêtes et jeux taurins sont extrêmement populaires. Des types de tauromachie très divers se propagent partout.

C’est à la période romantique (milieu du 19ème siècle) que les spectacles taurins vont progressivement évoluer vers la corrida moderne et les autres formes de tauromachie actuelles, codifiées, moins sanglantes et plus esthétiques, qui évoluent encore aujourd’hui.

La corrida n’est donc pas sortie de nulle part. Elle est un fruit de cette culture du taureau apparue depuis au moins 23 000 ans. C’est une forme aboutie d’un combat entre l’humain et cet animal hors du commun qui fait fantasmer l’humanité depuis les premières civilisations.

La corrida et les autres formes de tauromachie actuelles (corrida à cheval, tourada portugaise, rodéo, course camarguaise, abrivado, encierro, course landaise…) sont l’héritage de ce mythe millénaire, populaire et universel du taureau.

Se priver de cet héritage, outre les conséquences écologiques désastreuses sur des milieux naturels fragiles où vivent les élevages de taureaux sauvages, serait une grosse perte culturelle qui nous priverait d'une partie constitutive de notre humanité.

 

Axel, 16 ans