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les jolies choses passées

Les belles choses…

Mon Dieu,

Les bras m’en tombent, la mâchoire avec, et tout ce qui est osseux également…

Quelle mouche a-t-elle bien pu piquer l’ami Morante de la Puebla pour qu’il se laisse aller à une telle déclaration.

Ainsi aurait-il déclaré : Jose Tomas ne saurait donc pas toréer.

Longtemps je me suis refusé de comparer untel a untel, en tauromachie comme ailleurs, pour la simple et bonne raison que l’on ne peut comparer que ce qui est comparable, et que, passé un certain niveau, les protagonistes sont tellement marqués de leur personnalité propre que les comparer devient impossible voire ridicule. C’est valable, pour les matadors, comme les chefs d’orchestre, les savants ou je ne sais quels grands sportifs.

Peut-on comparer Beethoven et Mozart, Hugo et Balzac, Karajan et Toscanini, Pelé et M’Mbappé, etc. etc… alors comparer Morante de la Puebla et Jose Tomas…cela tient plus de la subjectivité que les émotions prodiguées provoquent, et des critères que nous nous fixons et qui font de chaque aficionado une personne unique puisque nos émotions sont immanquablement personnelles.

Leurs différences apparaissent, et leurs similitudes aussi d’ailleurs…

En revanche j’ai pu argumenter des heures sur celui qui me parait, a titre tout à fait personnel comme mon préféré, car il correspond un peu plus a ce que j’attends de ma présence dans les gradins d’une arène.

Quels seraient les critères, si ceux-ci existaient sur quoi s’appuyer pour en décréter l’un des deux meilleur que l’autre …sa notoriété certes pas, le choix des toros, petits, faibles, plus petits encore, et plus faibles aussi, son courage, sa technique, sa placidité, sa lenteur, sa connaissance, sa maitrise, son duende, les pieds à plat, sa capacite à plier un toro…celle de l’immobilité, sa façon de tuer, droit, de travers, sur la corne, autour, son courage, ses peurs, sa couardise…son silence, ses déclarations, ses départs, ses retours, ses triomphes, ses Fracaso, dans la dignité,

Chacun d’entre nous, j’en suis certain, déjà dans ce court abécédaire, peut mettre l’un des deux noms à chacun de ces préceptes cités. Et parfois, (souvent) mettre les deux…du coup on n’est pas sortis de l’auberge.

La Déclaration de Morante fait face au silence de Jose Tomas, et elle me rappelle, une discussion à Séville, avec mes amis Mexicains et Espagnols…en fin de soirée…Bilan…rien…nada que tchi, une part de provocation, une part de mauvaise foi, une grande part de sincérité, a la fin match nul, chacun sur ses positions…

Il est admis, comme le dit Jacques Durand, dans un article que Jose Tomas n’est pas le plus dominateur sur un plan technique, le Juli semble la, tenir la corde. Morante et Manzanares sont certainement plus ...artistes. Et plus proches l’un de l’autre.

Ce qui caractérise Jose Tomas c’est la lenteur, l’épaisseur tragique, le minimalisme, le dépouillement et la pureté, pour envouter l’arène.

Morante est plus dans l’excès des fameux toreros dits gitans, dans le Théâtral, El Arte no tiene miedo dit le bus qui le suit, et sa capacite lorsqu’il le décide, lorsque tout est réuni, pour soulever l’arène.

L’un, déclare, parle, va au contact des anti taurins, l’autre est muré dans un silence assourdissant.

Alors cette déclaration dont je ne connais pas le contexte, est-elle de la part de Morante une déclaration de guerre, un simple ressenti au coin de la conversation, une vacherie taurine, un simple constat personnel…je n’en sais rien.

Je suis orphelin comme beaucoup de Jose Tomas, et voir triompher ou plutôt voir Morante se surpasser est d’une rareté absolue.

Pour avoir vu les deux triompher, et les deux se rater, je sais le bonheur et la frustration…

Les plus malins, ou taquins d’entre vous, l’auront compris, je tourne autour du pot, car je ne sais pas la définition exacte de ‘’savoir toréer’’ C’est technique ? C’est sensitif ? C’est émotionnel ? C’est plaire ? C’est déplaire ? un peu de tout ? Sans doute.

Je ne sais pas s’il existe réellement de mots pour décrire ce qu’est la corrida, ce théâtre ou la mort est réelle, ou l’instantané devient inoubliable, ou le vivant le confronte à la mort, le violent a l’intelligence et tout ce que tous ceux qui ont écrit sur ce fatras de sentiments ont jamais su ni traduire, ni expliquer, vraiment.

Morante est Morante, et de loin en loin on attend ses fulgurances, Jose Tomas se fait rare, et sa tauromachie, d’une autre planète, comme me le disait un ami Dacquois il y a peu…est comme un vide dans mon aficion.

La phrase ressemble à un teasing, comme si Rocky voulait remonter sur le ring et s’opposer a ce qu’il admire, jalouse, craint et déteste tout a la fois…un Mano à Mano des deux ? C’est l’obligation de re élargir la norme sanitaire au-delà du possible, casser sa tirelire, braquer Fort Knox, comme l’amoureux fou, se ruiner pour les yeux de la belle, mordre la poussière dorée, des événements sans lendemain car ils vous laissent exsangues, concevoir, et rêver le triomphe absolu, mais avec une incertitude telle…que la seule certitude est d’avoir approché de près l’hydre a deux têtes, et de pouvoir mourir de sa vie d’aficionado au soir tombant d’une corrida ou les deux opposés se sont fusionnés, laissant pantelante notre soif d’absolu

A moins que l’un des deux, ou les deux ne refusent…et ne nous obligent à noircir l’écran blanc des ordinateurs aux vains mots, aux palabres trouant le temps qui passe inexorablement, et nous obligent sans cesse a nous retourner vers les souvenirs fugaces des émotions vécues et des belles choses passées.

CHF