Malgré un vent à décorner les toros, seul Javier Cortés coupe une oreille.

On se serait cru dans les premières années de la Feria des Rameaux quand la corrida « d’art et d’essais » était programmée le dimanche avant Pâques. Une année mistral, la suivante pluie, l’autre la neige !

Et hier dimanche 24 avril 2016 un Mistral glacial à décorner… les toros, à ressortir de l’armoire les pelisses qui avaient été placées dans la naphtaline et à voir apparaître les pingouins place du foirail. Aussi, il semblerait que le public ait préféré rester à sa maison même si, à vue de nez, trois-quarts des places sont occupés. Dommage pour l’hommage à Hubert Yonnet et le retour des toros de la Belugo qui n’étaient pas reparus en piste depuis la feria d’Alès 2014.

De forts beaux toros d’ailleurs, tous âgés de 5 ans, pesant 550 kg pour le plus «maigre » jusqu’à 590 kg pour le plus costaud. Autant dire des toros pouvant sortir dans une arène plus importante que celle Louis-Thiers avec, en prime un magnifique exemplaire « negro burraco » autrement dit « noir avec de petites taches blanches ».

Si tout avait bien commencé avec la présence de Charlotte Yonnet, petite fille de l’éleveur disparu, encadrée par les demoiselles d’honneur de la Reine d’Arles, en costume d’Arlésienne, qui traverse la piste au milieu des groupes d’Arlésiennes de Saint-Martin-de-Crau et du président de la confrérie des gardians de St-Georges, du président des gardians salariés et du président des éleveurs de taureaux de combat, sur leurs montures pour aller recevoir des autorités locales la photo encadrée de Michel Volle représentant un toro et l’éleveur face à face et en retrouvant pour cet hommage Myriam Yonnet, fille du ganadero camarguais.

Mais ce coquin de Mistral allait ensuite bouleverser les choses. Tout d’abord avec Denis Loré qui, dès l’entrée en piste de « Paulet », glisse et se plaint aussitôt d’une douleur au genou, ancienne blessure qui le fait grimacer. Il laisse alors son picador s’acharner en trois grosses rencontres et la faena est rapidement abrégée pour rejoindre l’infirmerie où le chirurgien prit la décision de le faire rapatrier sur un hôpital nîmois.
Plus de Loré et donc trois fois Sérafin Marin, le Catalan qui n’a rien prouvé face à « Esperadou » après la dose des trois piques.

Heureusement, Javier Cortés montre les dents face à « Tempan » et démontre aux aficionados qui cherchent à se caser côté soleil, ce que toréer de face veut dire. Le Madrilène ne cherche pas trop les naturelles mais tente quand même et y trouve le succès. L’estocade concluante fera lever les mouchoirs pour l’obtention d’une oreille et un tour de piste tout à la joie de l’auteur des faits.

Et encore Marin en quatrième position avec « Esquino », toro dévolu au sorteo à Denis Loré mais qui ne l’intéresse guère.

Javier Cortés s’intercale pour recevoir « Faraman » qui, si ne lui apporte pas la lumière, lui permet de conquérir le public encore une fois. Gabin Rehabi piquera trois fois le toro, sans tricher, sans fermer la sortie, sans carioca, avec respect. Comme tout piquero devrait le faire. En quittant la piste et en s’adressant à la présidence il dira : « En hommage à Hubert Yonnet ». Et l’ovation l’accompagne jusqu’à l’arrastre.
En piste la faena de Javier montre encore la vaillance du torero et ses séries sont applaudies mais la mise à mort est longue et ce n’est qu’un nouveau tour de piste que le matador obtiendra.

Le vent redouble de violence dans les branches des platanes et le froid fait fermer vestes et coupe-vent. Il reste « Cayenne » ce toro de 590 kg à la robe poivrée. Le pôvre Sérafin n’est pas plus à son aise que lors de ses deux précédentes prestations.

Il ne reste plus qu’à retrouver la chaleur du foyer ou la bodega de la Unica.