Manzanares, une fois encore

 

Cette corrida matinale et dominicale a attiré la grande foule des aficionados vers le théâtre romain, presque plein à l’heure ou Finito de Cordoba costume noir et ors à damiers comme celui de José Tomas pour son solo; Morante de la Puebla (déclinaison de gris presque blanc jusqu’à anthracite) et José Maria Manzanares (rouge et astérisques d’or) s’avancent en piste. Les toros sont de l’élevage de Zalduendo de la grande famille Domecq, ici Fernando, d’ailleurs tous les toros de cette feria des Vendanges sont de la même origine, bonjour la diversité…

On attendait, bien sûr Morante, tout le monde attend Morante. Il ne semblait pas très enthousiaste, plutôt bougon. On passe rapidement sur le premier Zalduendo, plutôt faiblard. Finito se distingue dans la série de véroniques et puis ce n’est pas le Pérou pour la faena même conclue d’une jolie estocade (salut).

L’artiste, aux cheveux gominés repousse du plat de la main une mèche derrière l’oreille. Il ne semble pas du tout décidé. On se demande bien pourquoi. Ce Zalduendo est une brave bête sans une once d’agressivité, sans mauvais gestes, mais il ne l’aime pas. La faena restera discrète, sans salir son beau costume. Estocade, descabello et le bel andalou se retire dans le callejon.

Heureusement Manzanares est là.

 

 

Le 3e Zalduendo est lui plutôt méchant et s’élance par deux fois sur le cheval de la cavalerie Heyral de belle manière. Le picador est applaudi, le banderillero le sera également. Puis en tout début de faena quand le toro s’élance, on entend un vilain « crac » et le toro se met à boiter salement. José Maria est prêt à le sacrifier mais voilà que miraculeusement, le toro repose son sabot en terre et repart se battre.

Manzanares dessinera alors une faena complète soutenue par le « concerto d’Aranjuez » interprété par l’orchestre des arènes. Il faut dire qu’apparemment ça aide beaucoup. L’estocade est concluante et deux oreilles sont venues récompenser ce torero exceptionnel. Le toro sera honoré d’un tour de piste posthume.

Pendant ce temps, dans le callejon, Morante s’est mis à l’ombre sous une ombrelle tenue par son valet tandis qu’il mâchonne un « puro » gros et long comme un bras.

Revient Finito qui touche un toro mansito allant d’un picador à l’autre. Il attaque sa faena genou plié par une série de muletazos en gagnant le centre, la faena sera à son image : fine et allurée, aidée ici aussi par l’orchestre qui sublime l’œuvre. Après l’estocade le péon relève le toro agonisant qui mettra de longues minutes avant de tomber. Par contre les 3 avis sonnent, le dernier à la seconde où le toro se couche. A Nîmes, les présidents ne sont pas très regardants sur les règlements et accordent 1 oreille. Belle bronca pour le palco.

 

 

Revoilou Morante qui a laissé s’éteindre son cigare. Les véroniques d’une seule main sont de hautes factures. Mais ce sont les seuls faits à noter. Le beau costume est resté propre. (Salut).

Bien sûr on attend le triomphe de Manzanarès. La foule réclame le changement du toro pour boiterie. Là aussi la présidence prendra une initiative hors cadre et attendra que le toro soit piqué pour le changer (*). Le remplaçant, un Zalduendo également sera accompagné du fameux « deguelo » de Fort Alamo mais la faena manque d’intensité et malgré une belle estocade ne sera pas récompensée.

Manzanares sortira par la grande porte a hombros.

Paul BOSC

 


(*) NDLR. Entendu dans une tertulia : en principe, le changement d’un taureau après la pique entraîne le double paiement du taureau changé et celui du sobrero par l'empresa…