Dimanche 30 avril 2006 - Non piquée et corrida à Saint-Martin-de-Crau

.......Le matin novillada sans picador, 4 erales de Jacques Giraud pour Patrick Villebrun du Centre Tauromachique de Nîmes, Marie Barcelo et Thomas Joubert "Tomasito", les deux de l'école taurine d'Arles.

.......Vent violent et frais, une demie arène. Public éclairé et compréhensif. .......Ces non piquées sont toujours intéressantes et le jeune Jordan A., 12 ans, qui en remontrerait déjà à beaucoup d'aficionados qui se croient connaisseurs, fut un spectateur particulièrement attentif. Il a inspiré, en partie, les lignes qui suivent.

.......Les petits taureaux de Giraud se montrèrent solides, très mobiles et diaboliquement "intelligents", c'est à dire qu'ils apprenaient vite et qu'ils débordèrent, sous un mistral bien gênant, des adversaires trop tendres. Ils furent tous applaudis à l'arrastre.

.......Patrick Villebrun, souvent désarmé, céda le terrain au premier novillo et ne parvint pas à exploiter la corne gauche qui paraissait un peu plus abordable. Il conclut par une épée atravesada, une profonde très en arrière et le descabello au 3ème essai.

.......Marie Barcelo, arc-boutée contre le vent, constamment désarmée tant à la cape qu'à la muleta, se montra bien trop verte devant un adversaire particulièrement retors. Elle eut cependant le mérite de ne jamais s'affoler et de subir l'épreuve avec courage et dignité. 2 bajonazos, un avis, descabello au 4ème essai.

......."Tomasito" fit preuve de plus de maîtrise et de domination. Sa faena au 3ème eral, le plus gros, fut très valeureuse et lui mérita très logiquement d'estoquer le 4ème. .......Il se tira très bien de ce nouvel exercice ce qui lui permit d'accomplir la vuelta une oreille en main qui récompensa l'ensemble de son travail. .......Jordan, enthousiaste, lui lança sa casquette avec un geste large et dans la posture solennelle que n'auraient pas désapprouvé les dignes caballeros à sombreros qui hantaient les tendidos des arènes de Séville ou de Mexico au début du siècle dernier.

.......Après midi, corrida : 3 toros de Tardieu Frères et 3 des Héritiers de Christophe Yonnet pour José Ignacio Ramos, "Rafaelillo", Sanchez Vara.

.......Temps ensoleillé et frais, mistral heureusement calmé, trois quart d'arène. Excellent public, comme à l'accoutumée ici.

.......6 toros magnifiques, costauds mais sans graisse inutile, tous terriblement encornés, comme il ne s'en voit qu'à Madrid ou Céret, le prix de beauté revenant au dernier sorti, un Yonnet si joliment choreado que sa robe faisait penser à celle d'un tigre. Les six furent applaudis à leur sortie. Tous montrèrent du tempérament au cheval avec quelques nuances. .......Les trois Tardieu sortirent d'abord. Le premier prend une pique en faisant chanter les étriers, suivie d'un picotazo, le second une pique de mansote, puis un pique trasera dont il sort seul, le troisième se fait enfermer dans une longue carioca qui suffira. .......Pour ce qui est des Yonnet, le quatrième sorti obtient une chute et prend 3 sévères piques de brave, le cinquième 3 piques moins appuyées mais en brave, le sixième une pique très poussée puis s'endort, une deuxième en partant de loin, une troisième imposée par la présidence sur laquelle il se montre plus hésitant et dont il sort seul sans s'être employé. .......Tous ces taureaux eurent le défaut de s'éteindre très rapidement après les piques, les 4ème et 6ème dès les banderilles. Un lot qui se prête tout à fait à alimenter le genre de tertulia qui enflamme les aficionados parce que, dans ces cas-là, personne n'a ni tout à fait tort ni tout à fait raison, voir les échanges qu'il suscite sur le forum de ce site.

.......Avec ce matériel, chacun des maestros fit ce qu'il put : .......Ramos se dépêtra dignement d'un premier (Tardieu) très compliqué qui se retournait très vite (palmitas) et d'un quatrième (Yonnet) assassin qui se défendait sur place (silence).

......."Rafaelillo" hérita de deux taureaux qui durèrent un peu plus que les autres. Il distribue quelques bonnes passes des deux mains au deuxième, un pinchazo, une épée entière, avis et vuelta honorée de l'envol de la casquette de Jordan. .......Au cinquième, le meilleur, il donne de bons derechazos avant d'être débordé à gauche, et termine par un pinchazo suivi d'une épée profonde un peu verticale, descabello. Une oreille.

.......Sanchez Vara torée le troisième, compliqué, a muleta retardada et en rectifiant la position après le passage des cornes. Un pinchazo, une épée profonde. Vuelta au torero, encore une fois ponctuée par la casquette de l'enfant savant. Applaudissements au taureau. .......Il porte au dernier, sans aucune charge, dangereux, pratiquement intoréable, une excellente estocade en bonne place qui fut certainement la meilleure de la tarde. Silence.

.......Nous laissons la conclusion à Jordan : "C'était difficile, quelquefois pénible, mais devant les toreros, les jeunes de ce matin et les vieux de ce soir, chapeau bas !" Il avait joint l'exemple à la parole.