Quand les politiques manquent de courage les liberticides prospèrent

La récente décision de la municipalité de Gijón d’interdire une séance de toreo de salon en forme de jeu de plage, pourtant annoncée par voie d’affiche, pourrait passez pour un incident mineur s’il ne révélait l’irrésolution et la manque de courage du personnel politique. L’affaire est d’autant plus préoccupante qu’aussi bien la mairesse que le chef du parti régional s’affichent comme aficionados pratiquants et militants. André Viard qui, à leur invitation, avait prononcé le pregón de présentation de la feria, met la jambe en leur adressant une lettre ouverte dans laquelle il les invite à revenir sur cette déplorable décision.

En France, un effet de cette même peu glorieuse pusillanimité se manifeste dans la recommandation faite à nos ministres de ne pas assister à des corridas pendant leurs vacances. Tant pis pour eux !

Ci-après, la traduction d’un article paru  dans le journal ABC ou André Amoros rapporte l’affaire de Gijón et cite André Viard.

 

Une interdiction absurde

ANDREW AMOROS

06/08/2014 -19h

La Mairie de Gijón a empêché Miguel Ángel Perera d’enseigner l'art de la tauromachie aux enfants sur la plage de San Lorenzo prétextant des raisons de sécurité publique

JUAN CARLOS SOLER
José María Manzanares a pu expliquer l’art du toreo à ces enfants sur la plage d’Alicante au mois de juin.

Une lamentable décision de la Mairie de Gijón a interdit la leçon de toreo de salón que Miguel Angel Perera devait donner à des enfants sur la plage de San Lorenzo, le mardi 12 août à 11h. Seule la crainte de possibles protestations anti-corrida explique cette interdiction absurde.

Depuis toujours, de nombreux enfants espagnols ont joué au taureau. Bien sûr, sans animal, sans sang, sans cruauté. Dernièrement, des toreros ont animé cette activité dans de nombreuses villes en Espagne. À Gijón, c’était une festivité taurine supplémentaire dans le cadre de la grande Feria de Nuestra Señora de Begoña, qui est annoncée, avec une légitime fierté, comme "la meilleure feria du Nord" (Bilbao excepté, bien entendu). L'arène de Bibio est belle, a une longue histoire. Elle attitre de très nombreux aficionados, des Asturies ou vacanciers. La réussite de l'imprésario, Carlos Zúñiga, a donné à cette feria une importance taurine et touristique croissante.

La tentative de justification de cette interdiction a été que « la sécurité publique n'autorise pas, durant la période des bains de mer, une activité qui interfère avec celle des utilisateurs de la plage. » Quel désagrément causent à des baigneurs des enfants qui jouent pacifiquement au toro avec un professeur, un seul jour à un moment précis, dans une zone délimitée de la plage ? Dans tous les cas, il aurait été possible de négocier l'emplacement le plus approprié. Il est clair qu’il s’agit d’un prétexte. Mais il s’y ajoute des considérations qui en aggravent le ridicule.

Foro Asturias[1] gouverne à Gijón et son leader Álvarez Cascos a dit publiquement, à plusieurs reprises, qu'il n'est pas seulement amateur de corridas, mais qu’il a été critique taurin dans un journal local. Comment réagira-t-il quand il apprendra cette absurdité ?

En outre, Mme le maire de Gijon, Doña Carmen Moriyón, s’est déclarée aficionada a los toros. Depuis 1992 elle assiste aux corridas, dans le tendido 7 avec sa collègue, le Dr Pelletán. Elle a fait partie de la Peña taurine "La Bellota" et a été une admiratrice de Joselito. Je reproduis textuellement ses phrases : « Je vais toujours à la Plaza avec beaucoup d'enthousiasme. La tauromachie est art  émotion. La mode d’être antitaurin passera comme tant de modes. Le Feria taurine de Begoña est sacrée. Voir la Plaza radieuse m’enchante » Et,  cerise sur le gâteau : « Je m’inspire beaucoup d’Esperanza Aguirre. Son soutien à la fête  taurine est un exemple. »

Depuis le 12 Novembre 2013, la tauromachie est officiellement déclarée comme faisant partie de notre patrimoine culturel : un art que nous avons tous le droit de partager et de gouter, si nous le souhaitons. C'est pour tout le monde, je suppose, à l’exception des enfants de Gijón qui ne peuvent commettre l’horrible péché de jouer paisiblement au taureau sur ​​une plage.

Ont déjà réagi l’Union des Fédérations Taurines des Aficionados d’Espagne et le Président de l‘Observatoire National des Cultures Taurines de France, André Viard, Ce dernier (qui le 20 juin dernier avait prononcé le pregón taurin inaugurant la feria de Santa Begoña 2014)  a adressé une lettre ouverte au conseiller municipal Fernando Couto[2]. Nous en extrayons :

« Pourquoi avez-vous été si effrayés, au point de violer une liberté culturelle fondamentale ? Pour acheter la paix ou pour éviter de perdre des votes » ?

Il conclut, sans mâcher ses mots : « Vous allez encourager tous les liberticides à agir contre n'importe quoi, sachant qu’il suffit d’envoyer une douzaine de courriels de n’importe quelle partie du monde pour que la ville de Gijón capitule. Est-ce l'image que vous voulez donner de la démocratie en général et de votre municipalité en particulier ? ... Je suis sûr que non. ».

Cette dernière phrase n’est pas qu’un effet rhétorique,  elle  laisse une porte ouverte à la rectification. Nous verrons si la ville de Gijon réagit en annulant cette absurde décision.

 


[1] Les notes sont de la FSTF : 
Le Forum des Asturies (Foro Asturias) est la dénomination utilisée dans la communauté autonome des Asturies par le parti Forum des citoyens (Foro de Ciudadanos, FAC). Se présentant comme centriste, réformiste et autonomiste, il est présidé par l'ancien secrétaire général du Parti populaire (PP), Francisco Álvarez-Cascos.

[2] Fernando Couto, adjoint chargé du développement économique à la mairie de Gijón présidait, le 20 juin dernier, la cérémonie de présentation de la feria de Nostra Señora de Begoña 2014. Au cours de cette présentation André Viard prononçait le pregón et un hommage était rendu au maestro Curro Vasquez.